Aller au contenu | Aller au menu

1539 visites sur cet article

Belleville : terre d’enfance, paradis d’hier, Clément Lépidis


Parler de Belleville c’est parler de son histoire, de sa physionomie, de vieux métiers d’antan, de son âme populaire, de son cosmopolitisme, de sa vie communautaire et familiale.

Il est fascinant de voir comment ce territoire situé hors de Paris avant 1860 et annexé alors à la capitale, issu de deux communes - Charonne et Belleville - a pu jouer un rôle si important dans l’âme et l’esprit de ses habitants. Clément Lépidis fut de ceux qui, nés à Belleville, se sont pris d’amour pour ce quartier plein d’immigrants venus de nombreux pays. Il y a vécu intensément et, pour en garder intacte l’image il n’a pas cessé de l’évoquer dans ses livres et de la photographier.

JPEG - 75.8 ko

Dans un café…


Tracer les lieux d’enfance de Clément Lépidis demande premièrement de délimiter ses frontières. Si, pour certain, Belleville aujourd’hui se résume au nom d’une rue et d’un boulevard et à leur voisinage, pour beaucoup c’est encore le Belleville d’autrefois qui ressurgit. Pour Clément Lépidis donc, ce sont quatre arrondissements qui le délimitent :

Côté jardin, le 19e : de la place du Colonel Fabien, la rue de Meaux, l’avenue Secrétan, les Buttes-Chaumont, la rue Botzaris, la rue Fessart, la place des Fêtes, la rue des Bois et la rue Haxo. Côté cour, le 20e : encore la rue Haxo, la rue de Borrégo, la rue Pixérécourt, la rue des Cascades, la rue de la Mare, la rue des Couronnes et la rue des Maronites. Enfin le boulevard de Belleville. Mais Belleville, qui a mordu sur les 10e et 11e arrondissements, plante son poteau frontière en bordure de l’avenue Parmentier. Versant 10e toujours le Colonel Fabien pour la rue de la Grange-aux-Belles. Versant 11e retour à la rue des Maronites par la rue Jean-Pierre Timbaud.

Une chose est le quartier tracé par les urbanistes sur un plan une autre est celui de l’habitant. Ce dernier le vit ; il est présent dans son esprit de façon imaginaire - avant toute autre considération - parce qu’il le pratique et qu’il y est attaché. Espace vécu, porteur de significations pour sa propre histoire, ses relations avec les autres, sa vision du monde, il est donc "interprété" différemment selon chaque individu.

Pour Clément Lépidis le Belleville des années glorieuses est celui d’un peuple typiquement bellevillois : avec des traits précis, avec ses problèmes, ses besoins et ses aspirations.

La musique enregistrée est omniprésente. Elle déborde des cafés, des voitures, des échoppes. La richesse du rythme quotidien, de la musicalité, de l’intonation "capture" les habitants de ce territoire singulier, leur attribuant des caractéristiques particulières.

Par définition, un bellevillois est un parisien, à vrai dire un "titi" parisien. Ces gens s’unissent avec des liens très forts, vivent beaucoup dehors, aiment bavarder chez les commerçants qui jouent un rôle essentiel dans la cohésion du quartier et considèrent le travail comme une valeur, une nécessité vitale, l’unique moyen de leur survie.

Son enfance est également marquée par les cafés, les rues, aussi bien que par les cinémas du quartier, les théâtres, les usines, les guinguettes, les marchands de quatre saisons, les cabarets, les bals musettes, les music-halls. Toute une série d’endroits de socialisation où se tenaient des réunions, de grands débats, parviennent à le marquer pour la vie.

JPEG - 69.9 ko

Dans un café…


Le Point du jour face à La Vielleuse, un pan de la porte qui s’ouvre sur le quartier, le Vieux Saumur, le Floréal, Belleville-Pathé, le renommé Ça Gaze, le passage Kuszner, les Folies -Belleville, le Ciné-Paradis, de la rue Piat, de la rue Saint Vincent.

C’est l’époque où ses rues populaires et animées ont été chantées, peintes et "gueulées". Pour Aristide Bruant, Charles Trenet, Eddy Mitchell et Daniel Pipard, Yves Montand, Maurice Chevalier, Mouloudji, Damia, Gilles Elbaz, Jo Privat et Edith Piaf, Belleville fut un souvenir qu’ils ont aimé et où ils ont puisé leur inspiration. Le music-hall des "Folies Belleville" fut l’une des premières scènes parisiennes qui accueillit en premier Damia, Edith Piaf, Yves Montand avant qu’ils ne deviennent les immenses vedettes que l’on connaît.

JPEG - 65.1 ko

Dans un bal-musette de la rue de Lappe à l’époque de la Java, vers 1935.


L’évolution pourtant de Belleville entraîne sa démolition ; des reconstructions et des changements d’aspect suscitent une perte de repères de la géographie mentale des Bellevillois natals, des passants, des amoureux de Belleville. Le manque d’hygiène, l’insalubrité et la sur-densité ont été d’ailleurs les causes de la rénovation de ce quartier historique.

Je me sens étranger au nouveau Belleville qui a détruit l’ancien crie Clément Lépidis. Il ne lui reste plus que la nostalgie d’un passé. Comme lorsqu’un parfum s’est évaporé, on le recherche et on le regrette, Clément Lépidis le fait ressurgir par ses souvenirs, à travers ses beaux livres sur Belleville. Son œuvre fait rêver pour ces traits que Belleville a perdus ; il fait rêver les gens qui y habitent et qui y ont vécu enfants comme lui, les personnes d’un âge avancé, d’autres plus jeunes qui en ont entendu parler et qui retrouvent un petit peu quelques reflets de la gentillesse du passé.

Vivre dans le Belleville de cette époque, c’est accumuler ses coins, ses gens divers, ses valeurs humaines, bref, s’identifier à son territoire en tant que Bellevillois et accumuler l’expérience de vivre, une expérience cosmopolite ; c’est cela qui a poussé Clément Lépidis et nombre d’autres écrivains à décrire l’image vivante et fleurie d’une façon d’être, d’un comportement, ralliement pour se reconnaître entre soi et affirmer son appartenance.

L’initiative également de Quartiers Libres s’inscrit dans le même sens : sauvegarder à jamais l’image de Belleville et lui reconnaître sa valeur, son intérêt

Katerina SPIROPOULOU
Doctorante à Paris 13-Villetaneuse, prépare une thèse sur "Belleville et Clément
Lépidis", sous la direction de J.-L.Joubert et de V. Bonnet.

Photos : archives familiales © Roger VIOLLET



Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2014.

Quartiers Libres, le canard de Belleville et du 19ème (1978-2006) numérisé sur le site internet La Ville des Gens depuis 2009.

Consultez les archives et les nouveaux articles jamais parus dans la version papier de Quartiers Libres numérique

Toute utilisation en dehors du cadre privé ou scolaire doit faire l’objet d’une demande auprès de l’association Quartiers Libres et/ou de la Ville des Gens

Quartiers Libres - Contact et renseignements :

Michel Fabreguet et Richard Denis :quartierslibr1 chez gmail.com

La Ville des Gens - Salvatore Ursini

Rédacteur – Chargé des relations avec les publics

Téléphone 01 77 35 80 88 / Fax 01 40 36 81 57

Nous contacter

Consultez nos archives sur :
Quartiers Libres Numérique sur la Ville des Gens

Partagez cet article :


Réactions
modération a priori

A cause du SPAM ce forum est modéré :

- Votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.
- l'insertion de code, ou la mise en forme de votre texte est désactivée
- les commentaires comportant des liens sont supprimés.

Si vous souhaitez faire connaitre votre activité, contactez nous plutôt que de poster un commentaire, ce sera beaucoup plus valorisant et efficace pour votre activité.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Thematiques Quartiers Libres par Thèmes
Archives des numéros