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Chronique d’un reportage à la librairie « Le Presse-Papier »

Suivie d’une interview presque réelle de Guy Marchand
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Photo Yves Géant.


Le 14 mars, ma rédac’ en chef bien-aimée, Antoinette, et moi, son humble pigiste, nous nous étions rendus à la librairie de madame Juin, Le Presse-Papier. [1] , bien connue des Bellevillois, avec l’intention d’effectuer un reportage de la séance de dédicace du livre Le Guignol des Buttes- Chaumont. [2] par son auteur, Guy Marchand, alias Nestor Burma à l’écran. Nous étions arrivés avant l’heure prévue pour le commencement de la fête dans l’espoir d’approcher Guy tranquillement et de lui poser quelques questions pour Quartiers Libres. Mais un beau lot de monde nous avait précédés et l’étroite petite boutique enserrait déjà les fans de l’auteur comme des feuillets sous un… presse-papier. Guy n’était pas encore là ; le questionner devenait fort improbable car, dans l’attente prolongée de l’arrivée de la vedette, la foule n’arrêtait pas de s’amasser le long de la rue de Belleville, piaffant d’impatience. En guise de reportage, voici des échos de l’ambiance trottoir :


« Vous ne savez pas ? il est né comme moi au 162, rue de Belleville, à la clinique d’accouchement du Groupe des œuvres sociales de Belleville, chez les sœurs…
– Ah bon, et en quelle année ?
– 1937, ça lui fait aujourd’hui 70 ans.
– Non ? Il ne fait vraiment pas son âge ! Je lui donnais autour de 60.
– Il y a des tas d’autres choses qu’on apprend sur lui en lisant le livre. Tenez, qu’il avait été officier à la Légion étrangère au temps de la guerre d’Algérie.
– C’est étonnant, je ne le voyais pas ainsi. J’avais plutôt, comme ça, le sentiment qu’il n’était pas très d’humeur militariste… Voire un peu anarchiste sur les bords.
– Il n’est pas spécialement pour l’armée et, attendez, ce n’est pas tout. Il joue au polo, danse le tango et pilote des motos de compétition. C’est un crac dans ces domaines…
– Comment fait-il tout cela en même temps que sa carrière de chanteur, de
musicien et d’acteur ?
– Eh oui, il n’a pas l’air comme ça, mais c’est un sacré personnage, le Guy
Marchand. Avec ses fausses allures de dilettante, ses façons de ne pas y toucher, il a bien rempli sa vie.
– Et toujours simple avec ça, et gentil. Moi, je trouve que c’est un type bien. Dans son livre, on sent qu’il a des avis sur les gens et le monde, pas forcément complaisants, mais il ne les dit jamais avec méchanceté. Je me rappelle son interview piégée avec Raphaël Mezrahi, à la télé ; il aurait pu, comme d’autres, se montrer méprisant face aux questions ineptes qui lui étaient posées et, au lieu de cela, il avait presque un regard attendri sur le pauvre journaliste bidon.
– C’est vrai. Son bouquin est d’ailleurs très agréable à lire. Sobre et plus profond qu’on ne peut le croire au premier abord. Pas le genre à se pousser du col, Guy, à se faire donneur de leçons sur la vie. C’est un honnête homme, quoi.
 »


Et puis, quand Guy, en tenue de sport, arriva enfin, précédé de la rumeur : « Le voilà ! » :
« C’est marrant, je l’imaginais plus grand que ça !
– Il est bronzé en tout cas. Il sort certainement d’un tournage de film au soleil…
 »

Après de si bonnes et justes paroles, quelles questions aurais-je pu encore poser ? J’en avais essentiellement préparé deux. Et je crois pouvoir imaginer ce que Guy Marchand aurait répondu si je l’avais réellement interviewé :


Guy Marchand, pourquoi avez-vous intitulé votre livre Le Guignol des Buttes-Chaumont ? Parce que, dans votre enfance, vous faisiez le guignol aux Buttes ?

JPEG - 32 ko« J’y ai fait certainement le zouave avec les garnements de mon âge, comme sur les fortifications de la porte des Lilas. Mais ce n’est pas la raison. Vous verrez, en lisant le bouquin, que j’y relate une scène de ma jeunesse, à la Libération de Paris, en 1944, qui se passe en effet aux Buttes, près du guignol Anatole, où j’ai été témoin, en compagnie de ma mère, de violences infligées par de prétendus résistants à une femme. Elle m’a profondément marqué et a déterminé pour le reste de ma vie mon rapport au beau sexe. Surtout que cette scène, je l’ai revécue en Algérie, où j’ai vu deux fatmas lâchement abattues par de soi-disant patriotes… C’est là une clé importante de mon, je n’aime pas employer des mots pompeux, mais, enfin, disons : mon autobiographie ».


Guy Marchand, ne peut-on affirmer que votre enfance bellevilloise a façonné d’une manière ou d’une autre votre personnalité d’homme ?

« Oui, c’est sûrement vrai. Je ne vous apprends pas que Belleville a une forte image ; c’est un village chargé d’histoire et de symboles populaires. C’est une âme, c’est une culture, toute une attitude, comme dirait mon compatriote le rocker Eddy Mitchell, presque mon copain de jeu et de classe car nous avions cinq ans de différence d’âge. Sa maman et la mienne se parlaient. Alors, Belleville, on l’emporte forcément avec soi quand on grandit et que les circonstances de l’existence, bien sûr, vous éloignent de lui et de son univers. Regardez d’autres fils et filles de Belleville comme Piaf, Chevalier, Odette Laure, Suzy Prim, et même Michel Serrault ou Fernand Raynaud, qui ne sont pas véritablement des natifs, il y a quelque chose dans leur port d’adultes qui se rapporte à ce que j’appellerais très volontiers une aristocratie populaire. Et ça, c’est la marque de Belleville. Il y a au moins une chose que ma carrière lui doit, et je l’ai écrit, c’est l’amour du cinéma, qui s’est forgé dans les salles de quartier, le Floréal, le Pathé-Belleville, le Danube, et tant d’autres cinoches, hélas, disparus. Je les ai énormément fréquentés dans mon enfance. Comme Eddy. »


Merci pour tout, cher Guy.


Maxime Braquet

Photos : Yves Géant


Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en juin 2014.

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[2Ed. Michel Lafon. janv. 2007. 187 p., 18,50 euros.

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