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D’un lycée abandonné à un pôle culturel espéré


JPEG - 107 koAlex Stalenberg, sculpteur d’origine hollandaise a travaillé dans plusieurs lieux artistiques de Paris : rue jean-Pierre Timbaud, rue des Cascades, ainsi que dans plusieurs villes d’Europe comme Berlin, Amsterdam, ou Londres. Ces expériences riches d’enseignement et de création lui ont sans doute permis d’investir plus facilement des lieux laissés à l’abandon et de soutenir avec d’autres "dénicheurs de friches urbaines" (Yabon, Titou), bon nombre d’artistes en quête de "havre" artistique. Aujourd’hui nous les retrouvons dans l’enceinte de l’ancien lycée Diderot 60, bd. de la Villette 19e, fermé depuis 1994 et investi par une multitude d’artistes en tous genres depuis le mois de septembre 1996.

Sa mission : assurer avec une équipe la direction artistique, coordonner le travail de 350 artistes, JPEG - 74.4 koréorganiser et remettre en état un espace de 20.000 m2, qu’ils veulent avant tout être un espace de vie et de travail. Une tâche d’envergure menée avec une équipe de choc engagée "jusqu’aux bout des doigts" dans la réalisation du projet pôle culturel PI déjà enrichi de bonnes dispositions et expressions.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de "squatter" le lycée Diderot ?

Dans le cas présent le terme de "squatt" est inapproprié. Ce lieu est avant tout un pôle culturel qu’un collectif d’artistes a décidé d’ouvrir afin de se donner les moyens de faire vivre son art. Dans les grandes métropoles les artistes souffrent d’un manque d’espace notoire. Les ateliers tout comme les appartements sont trop chers et cela handicape forcément tout un essaim d’artistes vivant déjà, de par leur statut, dans une précarité sans égale. D’autre part les musées et les galeries ne peuvent accueillir tous les artistes contemporains qui pour la plupart souhaitent d’abord élaborer leurs techniques avant de viser une éventuelle reconnaissance publique. Tous ces lieux abandonnés chargés d’une histoire, d’un patrimoine sont en plus un véritable "laboratoire" pour les artistes amants de matières nobles (briques, bois etc… ). Ils exploitent tout de ces bâtiments avec un respect profond des structures originelles. Ce que nous voulons essentiellement c’est que les artistes puissent s’exprimer, exposer leurs créations et que cet art soit mis à la portée d’un public peut-être intimidé par des structures plus conventionnelles. Nous recevons aujourd’hui de nombreuses demandes de créateurs "sans ateliers fixes" et il nous faut pour cela jauger continuellement de la motivation de chacun pour attribuer aux plus persévérants des ateliers souvent bien mérités.

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Cour d’entrée.


Comment organisez-vous tout ce collectif d’artistes ?

Le très grand nombre d’artistes résidents (350 environ) affiliés pour l’ensemble à des associations, nous a contraints à opter pour une structure de type fédératrice qui puisse assouplir et mettre en transparence tous les canevas organisationnels de pôle PI. Ce type de fonctionnement nous permet de déléguer aux associations le pouvoir d’une certaine autonomie quant à leurs objectifs de développement. Des assemblées où les représentants des associations les plus actives siègent, sont organisées 1 à 2 fois par semaine pour établir le "cahier des tâches et travaux", la liste des objectifs réalisés et le programme des activités artistiques hebdomadaires. Ce grand creuset d’artistes fait nécessairement place à une large palette de disciplines comme peinture, sculpture, musique, photo, théâtre, danse, cirque, stylisme, poterie, architecture, cinéma, vidéo et nouvelles technologies pour lesquelles un délégué par champ disciplinaire se fait le porte-parole, sans aucune ingérence d’ordre artistique. Nous demandons aux créateurs une présence constante dans les lieux et un respect total des méthodes de travail. Ce qui est important pour nous c’est de pouvoir regarder et comparer nos travaux parce que nous savons par expérience que l’échange est source d’enrichissement et qu’un trop grand individualisme est voué à l’échec.

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Une partie des collectifs d’artistes (1996) - photo Laurent Starzynska.


Avez-vous rencontré des problèmes d’organisation ?

Oui évidemment et surtout d’ordre technique et matériel. Lorsque nous sommes entrés dans les lieux, des rôdeurs intéressés avaient déjà pillé toute une partie de l’installation sanitaire (tuyauterie etc… ). Sans eau ni électricité, difficile pour les résidents de travailler. EDF nous a déjà posé quelques compteurs et 1 ligne haute tension, insuffisante à l’heure actuelle pour alimenter tout le bassin d’ateliers. D’autres branchements sont prévus pour les mois à venir. L’installation et la consommation incombant bien entendu au collectif d’artistes. Une équipe de plasticiens téméraires en charge de l’entretien des espaces doit régulièrement aller chercher l’eau à l’extérieur et monter les seaux aux étages pour assurer un minimum d’hygiène dans les locaux. Nous tenons tout particulièrement aux notions d’accueil et de respect des espaces collectifs. Et puis il ne faut pas oublier l’équipe qui doit toutes les nuits assurer la sécurité de ce grand navire quels que soient les prévisions météorologiques et impératifs personnels. Les fêtes de fin d’année, à moins 10°, n’ont pas toujours été réjouissantes pour les Cerbères de service.

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Quels rapports entretenez-vous avec la mairie ?

Elle n’est pas du tout hostile à notre projet culturel et essaie lorsque cela est de son ressort d’apporter des solutions aux problèmes rencontrés. Elle souhaite avant tout que les riverains ne soient pas gênés par l’occupation de ce lieu désaffecté. Notre rencontre avec le conseil régional d’Ile de France en janvier dernier, a abouti à une proposition de bail précaire, une des formes possibles de légalisation de notre occupation des sols. Nous espérons que ces premières négociations suffiront à réconforter les instances officielles chargées de ce dossier. Nous sommes très motivés pour proposer des projets culturels au quartier de Belleville et au 19e arrondissement et sommes disposés à rencontrer toutes les personnes souhaitant collaborer à notre projet pôle culturel PI.


Qu’en est-il du voisinage ?

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Peint sur un mur dans un couloir - photo M.A.A.

Tout d’abord inquiétés par ce remue-ménage inhabituel, les gens du quartier ont fait circuler une pétition. Nous les avons très vite informés de notre projet par un courrier déposé dans les boîtes aux lettres et par nos explications données lors des conseils de quartier, pour les rassurer et les convier à passer dans ce lieu que nous voulons le plus possible ouvert et attractif. Nous proposons des visites accompagnées le matin et mettons d’ors et déjà en place des stages de cirque, sculpture, danse, peinture, poésie avec toutes les mesures de sécurité que cela présuppose. Rien ne pourra se faire si nous n’obtenons pas la mise en conformité de ces normes de sécurité. Un calendrier de séances cinéma, théâtre, concerts et animations pour enfants est prévu pour le début de l’année. Lors des conseils de quartier du Bas-Belleville, nous avons constaté une attente très forte d’activités culturelles et associatives dans cette partie du 19e qui semble souffrir de son isolement. Nous savons que les petits commerces du coin ont dû revoir leur budget à la baisse depuis la fermeture du lycée. Les journées portes ouvertes, les expositions permanentes et les manifestations ponctuelles pourront amener un large public et apporter au quartier, nous l’espérons, une nouvelle dynamique.


Quels sont vos projets pour l’année 1997 ?

JPEG - 103.6 koTout d’abord un gros projet "PI POLE 2000" à l’aube du troisième millénaire qui sera lancé au jour J moins 1000 le 5 avril 1997. Ce sera l’occasion d’une grande manifestation artistique organisée dans un seul lieu autour de 300 artistes. Au programme, la préparation de plusieurs expositions, spectacles multiples, plus un projet collectif surprise réunissant, le savoir faire de chaque artiste travaillant au sein de la fédération. Néanmoins nous ne voulons pas perdre de vue que cet espace doit rester et demeurer un lieu de travail où chaque créateur individuellement puisse aspirer au travers de projets plus personnels à une ouverture sur le monde professionnel artistique. Afin d’entretenir dans un premier temps une dynamique interne, des expos, concerts, stages, parades, défilés seront organisés. Lorsque nous aurons l’assurance d’une totale sécurité nous pourrons nous ouvrir un peu plus à l’extérieur. En attendant nous continuons d’espérer…


Marie BESNARD
Attachée de presse

Cette enquête a été suivie par Stéphanie DE LARA qui a réalisé une vidéo. Jacky MACÉ, ancien élève du lycée Diderot, photographe, a depuis ses débuts photographié l’installation des artistes.



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Atelier de chaudronnerie (1933) - collection privée Christian Schall.

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Atelier d’instruments de précision (1933) - collection privée Christian Schall.

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Electricité. Salle des machines (1933) - collection privée Christian Schall.

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Façade du Lycée Diderot (1953) - collection privée Pierre Picou.

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Cour de récréation (1992) - photo Thomas Toucheteau.

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Cour de récréation (1992) - photo Thomas Toucheteau.



Article mis en ligne en mai 2015.

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