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Les Justes de France

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Des citoyens de Belleville, de La Villette et de Ménilmontant sauvent l’honneur



« Quiconque sauve une vie sauve l’Univers tout entier »
Talmud (Sanhédrine IV)

Le jeudi 18 janvier 2007 à 17 heures,Le Président de la Ve République Jacques Chirac, accompagné de Simone Veil, Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, en présence de 200Justes survivants, dévoile l’inscription rendant hommage aux 2.725 Français Justes parmi les Nations. Les cérémonies de « l’Hommage de la Nation aux Justes de France » reconnaissent l’héroïsme secret de celles et de ceux qui, sur l’ensemble du territoire national, sauvèrent de l’arrestation, de la déportation et de la mort, au péril de leur vie et de celle de leurs proches, des Juifs de toute nationalité en les hébergeant, en les cachant, en les nourrissant et en les aimant, pendant l’Occupation et la période de l’État français (1940-1944).

Les biographies des 2.725 Justes français honorés au Panthéon des grands hommes et par le Mémorial Yad-Vashem de Jérusalem sont à joindre à celles des quelques 21.310 personnes identifiées auxquelles l’humanité doit la reconnaissance éternelle d’avoir à la fois sauvé l’honneur et la vie en préservant l’existence de Juifs que chacun d’entre-eux, en silence et dans le secret, protégeait de la barbarie nazie. À l’exemple de la population du village du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), animée par le pasteur André Trocmé et sa femme Magda, quelque 3 000 inconnu(e)s français(es) appliquèrent le principe : « Nous ignorons ce qu’est un juif, nous ne connaissons que des hommes ! » tandis que les séides de la Collaboration traquaient les Juifs afin de les livrer à la Gestapo allemande pour le seul crime d’être nés. Avec le village de Nieuwlande aux Pays-bas, c’est le seul cas d’une population urbaine toute entière qui reçut le titre de Juste. De son côté, le Danemark est la seule nation bénéficiant du titre de Juste pour avoir sauvé la quasi totalité de sa communauté juive (environ 7.200 personnes sur un total estimé à 8.000), au cours d’une seule opération en octobre 1943, en l’évacuant secrètement par le détroit d’Oresund séparant le Danemark de la Suède


Yad-Vashem considère que ceux qui répondent aux critères suivants sont des Justes parmi les nations :

  • Avoir apporté une aide dans des situations où les Juifs étaient impuissants et menacés de mort ou de déportation vers les camps de concentration.
  • Le sauveteur était conscient du fait qu’en apportant cette aide, il risquait sa vie, sa sécurité et sa liberté personnelle (les nazis considéraient l’assistance aux Juifs comme un délit majeur).
  • Le sauveteur n’a exigé aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l’aide apportée.
  • Le sauvetage ou l’aide est confirmé par les personnes sauvées ou attesté par des témoins directs et, lorsque c’est possible, par des documents d’archives authentiques.

Germaine Duchauffour habitait Belleville lorsqu’en juillet 1942, la police française veut arrêter les époux Pejsakowicz et leurs huit enfants. Après le départ des aînés entrés en Résistance elle s’occupe de ceux qui restent. « J’ai simplement aidé une famille juive à cacher ses quatre plus jeunes enfants, ceci par simple humanité » dira-t-elle lorsqu’elle recevra le titre de Juste (dossier 8529). Le 16 juillet, Laurence Fages cache pendant plusieurs semaines ses quatre voisins Szejnbaum, dont la mère enceinte, dans son minuscule logement de la rue des Chaufourniers. Ils pourront se réfugier en province et échapper à la déportation après la naissance du bébé (dossier 7665). Marie Ménérat et Suzanne Leulier louent à leurs noms un petit logement de 20 m2 dans l’immeuble dont elles occupent la loge dans le XIXe arrondissement. Lors de la Rafle du Vel’ d’hiv’, elles y abritent la famille Minczeles jusqu’à la Libération(dossier 6029).

Tandis que près de 44 millions de Français attendaient la fin des hostilités, dans l’indifférence ou la Collaboration, des femmes de Belleville, de Ménilmontant et de La Villette accomplissaient, de leur point de vue, de simples gestes d’humanité. Avec les 300.000 résistants actifs et quelques milliers d’inconnus accomplissant des actions humanitaires anonymes, elles sauvaient l’honneur de la Nation, honneur perdu le 10 juillet 1940 quand le maréchal Pétain reçut les pleins pouvoirs votés par les deux Chambres (569 voix pour, 80 contre et 17 abstentions) réunis en Congrès au casino de Vichy.

Une voie du 4e arrondissement, entre les rues du Pont-Louis-Philippe et Geoffroy l’Asnier, porte le toponyme d’allée des Justes de France, depuis le Yom Kippour d’octobre 2000, inaugurée par Jean Tibéri, maire de Paris.

Au Panthéon : À gauche du caveau VI abritant les cendres de Jean Moulin est gravée l’inscription « Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les Nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes , de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ».


Jean-François DECRAENE


Bibliographie :

Lucien Lazare, sous la direction de Israël Gutman, Dictionnaire des Justes de France, Fayard, 2003.
Hubert Hannoun, L’épopée des Justes de France, Connaissances et Savoirs, 2005.
Irena Gut Opdyke, Mémoires d’une Juste, Ramsay, 2002.
Danièle Lemmel, Les veilleurs de l’humanité, hommage aux Justes de France, Musnier-Gilbert, 2001.
Philippe Boegner, Ici on a aimé les Juifs, J.-C. Lattès, 1982.
Valérie Perthuis, Le sauvetage des enfants juifs de Vénissieux, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 2001.

Autres lieux de mémoire

Mémorial de la Shoah - 17 rue Geoffroy l’Asnier - 75004-Paris - 01.42.77.44.72.

Grâce à l’action silencieuse des Justes, 62 % des 200.000 juifs français purent échapper à la Solution finale. Le nom de chacun des 75.000 fusillés, déportés, assassinés dans les camps d’extermination nazis est inscrit sur le mur du souvenir au Mémorial de la Shoah. Le Mur des Justes détaille les noms et prénoms des « Justes » et le lieu où ils ont agi et rend ainsi hommage à 2.693 français qui ont sauvé ou protégé des juifs durant l’occupation nazie. Neuf plaques vierges ont été prévues afin d’accueillir le nom des personnes qui seront rajoutés. Le 14 juin 2006, le Premier ministre Dominique de Villepin précise : « Le mur que nous inaugurons ensemble élève et grandit le cœur. Car il porte le souvenir d’hommes et de femmes qui ont sauvé, au péril de leur vie, d’autres femmes, des enfants, leurs voisins, des amis d’amis, la plupart du temps des inconnus et qui l’ont fait au nom d’un seul et unique devoir qui nous est rappelé aujourd’hui à tous : le devoir d’humanité ».


Site internet : http://www.museeprotestant.org

En allant sur la page consacrée au village du Chambon-sur-Lignon, le navigateur trouvera le fonds de la philosophie humaniste qui anima tous les Justes qui, Protestants ou non, dans le secret de leur coeur s’unirent pour que l’essentiel de l’âme humaine fût sauvé par leur action humanitaire.

Sur http://www.col.fr/yadvashem/comite.html le chercheur, l’historien, le curieux sauront tout sur les Justes en France et trouveront le formulaire à remplir pour témoigner de l’action encore ignorée d’unJuste qui aurait mérité de recevoir l’Hommage de la nation aux Justes de France agissant ainsi selon la parole d’Isaïe (56) : « Et je leur donnerai, dans ma maison et dans mes murs, un mémorial (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés ».


Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en 2014.

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