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Henri Chuna Bajtsztock, l’âme du nouveau lycée Diderot


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Il allait avoir vingt ans. Il était un brillant élève de l’école Diderot et voulait devenir ingénieur électricien. Il était très estimé de ses professeurs et de ses camarades. Il n’a pas eu le temps de vivre.

Le 6 octobre 1943, Henri Bajtsztock fut fusillé par l’occupant nazi avec trente-deux frères d’armes. Inauguré voici trois ans, le récent lycée technique Diderot de la rue David-d’Angers s’est substitué à celui du boulevard de la Villette devenu trop exigu. En hommage au jeune martyr, et malgré les premières réticences de la mairie de Paris, l’amphithéâtre porte désormais son nom. Dès 1941, Henri Chuna Bajtsztock, fils d’immigrés juifs polonais, s’engage dans la résistance. Avec son ami d’école, Jean Kerchbron, réalisateur de télé, aujourd’hui retraité, ils partent dans le sud de la France et sabotent les lignes de chemin de fer et les panneaux routiers pour détourner les convois allemands. Puis Henri revient à Paris et rejoint les Francs Tireurs et Partisans. Alias Henri Périchard, il s’infiltre dans le RNP, (Rassemblement National Populaire), mouvement pro-fasciste de Marcel Déat, pour avoir une carte d’adhérent qui en imposerait à la police. Mais le 1er juin 1943, le jeune membre des FTP, qui vient de tuer un collaborateur, tombe sur deux policiers français qui l’arrêtent et le livrent aux Allemands.

Après cinq mois de détention à Fresnes, la sentence tombe et il écrit à ses parents : "Condamné à mort, j’ai le moral très élevé. Ne vous faites pas de mauvais sang pour moi. Ce qui m’arrive est normal. Si j’étais soldat, je serais peut-être mort beaucoup plus anonymement. Je vous demande d’avoir du courage et de penser que je ne suis pas tombé pour rien. J’écris très calmement, l’esprit tranquille et la conscience en repos… Je vous demande, si vous voulez satisfaire mon dernier désir, de ne pas porter mon deuil car c’est contre mes idées. Courage et vive la France !". Le jour de son exécution, il écrit également à monsieur Peyreigne, son professeur de Diderot auquel il veut exprimer sa reconnaissance : "Je ne pensais pas à avoir à vous écrire un jour dans de telles conditions et un tel texte. Je vais en effet être exécuté dans trois heures. Je me dois de vous remercier d’avoir essayé de me détourner de cette voie où vous pressentiez que je m’engageais… mais, mon cher ami, je me sentais un peu autrement que la majorité des jeunes et j’ai toujours voulu faire ce que je disais, une fois mes décisions prises. Je ne regrette rien. Je crois que ma mort sera digne de ma vie. Je sais pourquoi j’ai vécu et péri". C’est ce professeur qui remettra plus tard sa lettre à l’école Diderot.

A l’inauguration de l’amphithéâtre de trois cent soixante cinq places, étaient présents, outre les membres de l’association nationale des anciens combattants de la Résistance du 19e, l’oncle et le frère cadet d’Henri, Eloi, qu’il chérissait tant. Voici un passage de l’éloge qui fut prononcé. "Les morts sont des vivants mêlés à nos combats… La vie du jeune Henri n’appartient pas qu’au passé. La jeunesse puisera dans son exemple matière à réflexion, pour défendre à sa manière et dans les conditions d’aujourd’hui des valeurs universelles qui font le progrès humain".


Laure POUGET



Article mis en ligne en mars 2015.

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