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La chasse aux sans-papiers et leurs enfants


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Dessin Marcel Créach.

Jusqu’à quand allons-nous accepter sans bouger :

LES EXCLUSIONS… Les reconduites aux frontières, les séparations des familles, les mises en centres de rétention, les enfants refusés dans les écoles ?… Que sommes-nous devenus pour supporter cela ? On ne met pas dehors des familles sans conséquences pour l’équilibre de notre société. Certes des associations se battent : RESF (Réseau éducation Sans Frontières), le MRAP, la LDH, etc., mais c’est à nous, citoyens, de savoir quelle société nous voulons, dans un monde où l’argent est le moteur de toute action. C’est une troisième guerre… et il faut la gagner contre l’égoïsme, le racisme et la lâcheté.

Cet été en France, des dizaines de milliers de familles sans papiers ont vécu au rythme des démarches auprès des préfectures, et surtout dans l’angoisse d’être expulsées vers leurs pays d’origine.

C’est notamment le cas pour Adiela Médina et sa fille Marina, qui habitent dans le 19ème arrondissement de Paris. Il y a cinq ans, elles quittaient la Colombie pour venir en France, alors que Marina n’avait qu’un an. Elles espéraient alors que la vie leur serait enfin un peu plus « douce ». C’était sans compter avec les récents projets de loi Sarkozy qui durcissent à nouveau les conditions d’entrée et de séjour en France et surtout, la campagne de « rafles » et d’expulsions lancée cet été par notre ministre de l’Intérieur, en direction des familles sans-papiers et de leurs enfants scolarisés en France.

Régulièrement inscrite à l’école élémentaire de la Rue Rampal, la petite Marina est une enfant comme les autres, à un détail près : sa maman n’a pas de papiers. Une situation dont elle a pleinement conscience et qui l’inquiète plus que ne l’imagine sa mère. Dans le cadre d’un projet de dessin animé au sein de son école, elle fait la connaissance d’Anaïs Vaugelade, auteur de livres pour enfants, qui habite par ailleurs dans le 20ème arrondissement voisin. Par un « heureux » concours de circonstances, cette dernière apprend en toute fin d’année scolaire, la situation de la mère de Marina. Or depuis plusieurs semaines déjà, l’actualité des expulsions d’enfants scolarisés et de leurs parents défrayait la chronique. C’est donc sans aucune hésitation qu’Anaïs Vaugelade et Julien Netter, l’instituteur de Marina, décident d’apporter leur soutien à cette famille.

Comme pour 7000 autres familles parisiennes, et près de 30 000 dans toute la France, Adiela Médina et sa fille reçoivent « la protection » du Réseau Education Sans Frontières (RESF), auquel appartient l’instituteur de Marina. Pour ce dernier, « c’est une manière de ne pas être d’accord avec la façon dont les choses sont faites actuellement par le gouvernement et le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy ». Et leur engagement s’est concrétisé par le parrainage de Marina et sa mère, lors d’une cérémonie républicaine à la mairie du 19ème arrondissement le 19 juillet dernier. L’occasion pour cette maman et sa fille, d’exhiber fièrement les 600 signatures qu’a recueillie la pétition de soutien qu’elles ont fait circuler. Ce qui atteste de leur parfaite intégration dans le quartier.

C’est donc avec beaucoup d’espoir que leur dossier a été constitué, avant d’être déposé le 5 juillet dernier, lors d’un dépôt collectif du Réseau éducation sans frontières à la préfecture de police de Paris. Convoquées ensuite le 13 septembre dernier, Médina et sa fille attendent toujours une réponse de la Préfecture de Police de Paris, alors même qu’elles répondaient à l’ensemble des conditions fixées par la fameuse circulaire Sarkozy. Pour le RESF, la Préfecture de Police de Paris, comme beaucoup d’autres, a eu une lecture partiale de la circulaire.

Datée du 13 juin 2006, cette dernière énumère six critères différents : la famille doit résider en France depuis au moins deux ans, les enfants doivent être nés en France ou y être arrivés avant l’âge de 13 ans et être scolarisés depuis septembre 2005, l’essentiel de la vie familiale doit se situer en France, les parents contribuent effectivement à l’entretien et à l’éducation de l’enfant, et enfin, la famille doit manifester une réelle volonté d’intégration.

La mairie du 19ème comme la mairie du 20ème soutiennent les familles sans papiers. Le 28 juin, dans le 20ème, 70 familles ont été parrainées, et plus de 90 le 14 septembre. 5photos C. Éboulé, Isabelle Ab.).


Alors qu’en juin et au début du mois de juillet, certaines préfectures comme celle de Paris justement revendiquaient une lecture plutôt libérale de la circulaire, expliquant « qu’à priori, les critères ne seraient pas appliqués de manière cumulative », Nicolas Sarkozy a fait une mise au point fin juillet, en affirmant que les critères étaient cumulatifs. Pis, il a rajouté un septième critère dont la formulation est particulièrement floue, puisqu’il parle d’étrangers « dont il avait demandé de suspendre l’éloignement jusqu’à la fin de l’année scolaire 2005-2006 » On peut donc s’interroger sur le fait de savoir si la régularisation n’était pas réservée aux personnes ayant déjà fait l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière. Ce qui pourrait peut-être expliquer les 6000 régularisations annoncées à l’avance par Nicolas Sarkozy et confirmées par lui en août dernier. Un chiffre considéré par les associations d’aide aux sans papiers comme un quota fixé à priori par le ministre de l’intérieur, alors que les autorités préfectorales ont reçu au total près de 30 000 demandes de régularisation sur l’ensemble du territoire. (Le 18 septembre, sur France 2, Nicolas Sarkozy annonce le chiffre définitif de 6924 régularisations).

Pour Stéphane Maugendre, avocat spécialisé dans le droit des étrangers : « L’annonce de Sarkozy fait naître beaucoup d’espoirs chez les familles de sans-papiers. Or, ces critères sont cumulatifs et la plupart en induisent d’autres, implicites. C’est un entonnoir. » « On y entre volontiers, mais on en sort au compte-gouttes. Le nombre de régularisations est marginal ! C’est surtout de la poudre aux yeux. Une loi hyper répressive sur l’immigration est votée, puis une circulaire est publiée, qui vise à montrer que Sarkozy est humain ». Et comme pour prouver son humanisme, le ministre de l’Intérieur a nommé l’avocat Arno Klarsfeld médiateur dans ce dossier. Lorsqu’on sait que ce dernier n’est autre que le fils de Serge et Beate Klarsfeld, fondateurs de l’Association des fils et filles de déportés de France, il est légitime de s’interroger sur une éventuelle instrumentalisation d’un « symbole ». D’ailleurs, de nombreuses associations s’étonnent que ce fils de « chasseurs de nazis » ait pu accepter de servir de caution morale à ce qu’elles considèrent comme une véritable opération de chasse aux enfants.

De plus, certaines associations considèrent qu’il est sorti de son rôle en accusant les associations de démagogie, dans Le Monde daté du 13-14 août, emboîtant ainsi le pas à des propos identiques tenus par le ministre de l’Intérieur. « Comment peut-on être médiateur et porter un jugement sur l’une des parties ? Entre qui et qui peut-il désormais faire office de médiateur ? » s’interroge Laurent Giovanonni, secrétaire général de la CIMADE, service œcuménique d’entraide. De son côté, Nicolas Sarkozy souffle le chaud et le froid. Après avoir occupé le terrain tout l’été pour essayer de calmer le jeu, face à la mobilisation contre « l’immigration jetable », il a brutalement serré la vis en août dernier, en faisant expulser par la police le plus grand squat de France situé à Cachan, en région parisienne. Le 17 août dernier à 9 heures, alors que la plupart des hommes viennent tout juste de se rendre à leur travail, la police fait évacuer un ancien bâtiment universitaire occupé depuis trois ans par des centaines de personnes, principalement des Ivoiriens et des Maliens.

Cet immeuble de cinq étages situé dans le campus de Cachan appartient au Centre régional des œuvres universitaires. Les trois cents chambres qu’il compte étaient occupées depuis avril 2003, par près d’un millier de personnes, dont la moitié environ sont sans-papiers. La préfecture du Val-de-Marne a précisé que l’évacuation avait été décidée à la demande du recteur de l’académie de Créteil en raison « des dangers d’incendie » qui pesaient sur l’immeuble. Mais lorsqu’on sait que le tribunal de Melun avait ordonné l’évacuation du bâtiment le 14 avril 2004, l’on peut raisonnablement s’interroger sur le choix du ministère de l’Intérieur de procéder à une évacuation maintenant, sans aucune concertation et sans avoir étudié des solutions de relogement pour tous les squatters. D’ailleurs, le Réseau éducation sans frontières n’a pas hésité à dénoncer « une opération médiatique de Nicolas Sarkozy, destinée à souligner sa fermeté à l’égard de la question de l’immigration »


Christian EBOULÉ

Pour avoir des informations, pour aider ceux qui sont menacés d’expulsions,prendre contact avec le Réseau éducation Sans Frontière :

Éducation sans frontières
RESF 19e : 06 76 13 71 92
RESF 10-11-20e : 06 82 84 50 56

Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en juillet 2014.

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