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Sécurité et prévention

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Lauzin-Rébeval-Atlas : un secteur du 19e qui régresse !


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"On n’habite pas seulement une chambre, un appartement, une maison… on vit aussi les escaliers, les cours, les jardins, les rues, le quartier, l’arrondissement,… le département, le pays, le monde… " (H. Gaudin, architecte)

Rondes de vigiles avec chiens, et bientôt une antenne de police au 27 rue Rébéval. Pourquoi donc une telle démonstration de force vis à vis de jeunes qui n’ont rien à voir avec un gang de malfaiteurs ? Les craintes des riverains sont-elles fondées ?

Le bas de la rue Rébéval, depuis le boulevard de la Villette jusqu’au niveau de la rue Lauzin, se caractérise par une concentration importante de population avec, côté impair, les HLM de la Ville de Paris qui regroupent 375 logements, et côté pair, l’importante résidence des immeubles de la Caisse des dépôts et Consignations qui en comprend autant - environ 3 500 personnes vivent là sur une superficie de 1 km2 dans des bâtiments de huit à douze étages… la rue, relativement calme dans la journée, devient rapidement grouillante de jeunes adolescents qui s’y donnent rendez-vous vers la fin de l’après-midi, et reste bruyante et animée jusque tard dans la nuit, dès que les beaux jours reviennent.

Dans la journée, les enfants qui jouent dans la rue se retrouvent plutôt au niveau de l’amphithéâtre au coin de la rue Jules Romains et sur l’aire piétonne de la rue Hector Guimard. Apparemment ils ne gênent personne. A partir de 17h, ce sont les adolescents que l’on peut voir, par petits groupes, occupant les bancs de bois de chaque côté de la rue ou, dans un rassemblement plus imposant, à l’angle de la rue Rébéval et de la rue Jules Romains. A pied, à mobylette, ils sont plus remuants, ils chahutent entre eux et occupent les trottoirs. Plus tard, un troisième groupe apparaît, composé d’adolescents et de jeunes adultes : de seize à vingt-cinq ans environ. Ce dernier est peut-être le plus gênant pour les habitants de la rue. La plupart d’entre eux sont extérieurs au quartier : « ils arrivent en voiture immatriculée 93 ou 95 » fait remarquer un riverain. Certains ont de l’argent car ils « friment » dans leur Mercédes ou sur leur Harley Davidson. Où trouvent-ils l’argent ? Telle est la question qui intrigue le plus les habitants qui spéculent volontiers : « pourquoi sont-ils ici, loin de chez eux ; est-ce bien honnête tout ça ? ».

Et la drogue ? Dès que l’on parle de jeunes, on se méfie, le tapage des médias et la renommée de Belleville aidant, on voit facilement de la drogue partout.

Cependant, la rue Rébeval a connu une période difficile qui reste dans les mémoires et qui rend la population méfiante.

Dans les années 1981 à 1983, l’immeuble du 27 fut littéralement squatté par des drogués, venus d’on ne sait où, n’ayant en tous cas aucun lien avec la jeunesse du quartier. Malgré les descentes de police répétées, ils étaient là comme chez eux, vivant dans les escaliers, les caves, les vide-ordures. On pouvait retrouver des petits sachets de poudre blanche, cachés dans les gaines des tuyaux de chauffage, en échange d’argent. De quarante-cinq à cinquante personnes se piquaient presque au grand jour, « pas seulement des jeunes », précise un résidant, « quelques uns pouvaient avoir quarante voire cinquante ans ».

Il a fallu l’insistance de pétitions, le refus de payer les impôts locaux, le blocage des charges locatives des habitants pour qu’une opération de grande envergure soit mise en place par la Préfecture de Police et par la société gérante des immeubles (SGI-CNP). Cette dernière fit appel à une entreprise de gardiennage dont les maîtres-chiens montrèrent leur efficacité. Les halls d’entrée furent ensuite fermés à clé et on installa des interphones. « La lutte a été dure » raconte un témoin, « on a bien mis plus d’un semestre pour en venir à bout tout à fait ». Si aujourd’hui il n’y a plus de problèmes, nous restons néanmoins vigilants.



Non ! nous ne sommes pas en mai 1995 !
On croit rêver ou cauchemarder en lisant ces lignes parues à l’automne 1986, dans le N"33 de Quartiers Libres, enquête menée à l’époque par J. ARTUS et M. CORBIN.

La création du Centre Culturel du bas-Belleville, rue Jules-Romains, puis rue Rébeval (le Casal) avaient alors aidé à protéger la population jeune du quartier.

Un terrain vague, aménagé « vaguement » en terrain de sport servait également au défoulement… Une MAISON DE JEUNES AVAIT ÉTÉ PROMISE, un GYMNASE serait peut-être envisagé sur ce terrain… et puis…

L’enquête continue :

Le conseil municipal vient de voter sa mort (celle du gymnase) et d’accepter un projet de 7 immeubles de 5 à 7 étages, soit 130 logements (pas de logements sociaux bien sûr), et des locaux commerciaux et professionnels ; sans scrupule l’ensemble sportif prévu dès l’origine est remplacé ; seul un petit espace de jeux est envisagé au milieu de cet ensemble.

L’aménagement de l’Est parisien, pour le bas-Belleville, c’est la concentration humaine, c’est aussi l’entassement sans aucun espace culturel… sportif et social, du béton, toujours plus.

Cependant, ces petits équipements sont bien insuffisants, sans rapport avec les besoins ; peu de salles, peu accessibles, dispersées et trop petites… Nous nous souvenons tous des fêtes de quartier où l’on essayait de s’entasser à 400 et plus dans la plus grande salle qui contient 70 personnes au plus.

Les habitants ne recherchent pas le prestige mais nous devons constater que cet équipement va bientôt « frôler » la misère.

Les milliers d’habitants de ce quartier de Paris n’ont droit qu’au mépris des élus municipaux.

« Les enfants, y a qu’à les faire jouer sur le trottoir ou sur la chaussée… » Ne serait-il pas bien de penser à la prévention de la délinquance et de la drogue dans ce quartier…

Le projet reprend bien sûr l’idée d’ensemble sportif, mais une fois de plus on se moque de nous :

D’abord on construit les immeubles et ensuite, peut-être… l’équipement sportif… une promesse…

D’équipement sportif, il n’y a plus ; il est prévu un petit vestiaire de 150 m2 et 2 petits terrains de jeux (surface totale 2 400m2), FINI, englouti complètement dans ce dernier béton.

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Et aujourd’hui ?

Ce mépris des élus municipaux exprimé dans l’article cité, on ne peut pas dire exactement que c’est cela qu’ont ressenti les délégués de l’Amicale des Résidents du Groupe Lauzin-Atlas-Rébéval (regroupant les habitants des 5-6-7-8-12 allée Louise Labé et 17-17bis rue Rébéval.) venus le 19 avril à la mairie du 19 ’ pour y rencontrer Monsieur Butté, Maire. A cette délégation s’étaient joints des représentants des propriétaires : AGIFRANCE (Caisse des Dépôts et Consignation) et CGRPCE (Caisse Générale de Retraites des Personnels de la Caisse d’Epargne). Reçus par le Directeur de cabinet de M. Bulté et le Commandant des forces de police en uniforme de, l’arrondissement, (M. Bulté très pris par sa nouvelle charge à l’Hôtel de Ville comme Président de la SEMIDEP (Société anonyme d’Economie Mixte Immobilière Inter Départementale de la Région Parisienne) et le Commissaire de Police de l’arrt. étant en vacances).

Ce qui a frappé les personnes présentes, c’est le discours d’impuissance des pouvoirs publics, se renvoyant les responsabilités : la municipalité sur l’Etat, la police sur le manque de moyens… Le tout avec courtoisie…


Rappelons les faits

Depuis que dans un grand coup de force très médiatisé, la police a vidé la place Stalingrad de ses "dealers", ceux-ci se sont répandus avec leurs clients, dans tout l’arrondissement, constituant des îlots de vente de drogue avec tous les inconvénients connus pour la population jeune et pour les résidents. Les arrondissements limitrophes 18e, 20e… n’ont pas échappé à cette répartition. Il suffit de lire la presse quotidienne :


Le Parisien

« … les riverains de la gare du Nord crient à l’insécurité… »

« … chassé de la place Stalingrad, le trafic de crack s’est replié au fond d’une cour au 35 de la rue de Torcy 18e… »

« … les policiers de la 3ème DPJ ont interpellé 17 personnes dans une cité HLM du 19e à deux pas de la Porte Brunet… »


Le Monde

« Dans les ensembles de logements sociaux de la ZAC St-Blaise, de la ZAC des
Amandiers et des Hauts-de-Belleville, des bandes rivales s’affrontent… »

« Les habitants dans le 19e sont inquiets, le trafic de stupéfiants et la petite délinquance se développent autour d’eux… »


France - Soir

« … Expulsés de la place Stalingrad … dealers et délinquants sont allés gangréner d’autres quartiers de la capitale… »


L’Ami du 20e

« Saint-Blaise - les Amandiers - Ménilmontant - Fougères - Porte des Lilas - Gambetta - Porte de Bagnolet : Les points chauds du 20e ».


Le 18e du mois

« Le quartier de la Chapelle face à l’irruption du trafic de crack…. ».

etc…


Aussi on est surpris de lire dans France Soir cet interview de Monsieur Bulté :

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Pour ce qui concerne le secteur Lauzin-Rébéval, les faits qui se sont produits en 1981-1983 et sont relatés en début d’article se sont exactement reproduits, avec occupation des halls des immeubles 27, rue Rébéval, puis 17 et 17bis - caches de drogue - détériorations etc. Divers incidents ont ponctué les années 93-94 et 95. Plaintes ont été déposées auprès de tout ce qui peut représenter des pouvoirs publics ou privés : propriétaires-police-mairie-préfecture-responsables politiques auprès de l’Hôtel de Ville - services d’hygiène etc.

Les organismes propriétaires ont mis longtemps à comprendre la gravité des événements, et ont décidé enfin de clôturer la Résidence avec des portes, des interphones, des digicodes, etc. Les travaux devaient commencer le 15 mai pour être terminés avant les vacances… rien à ce jour et l’insécurité et les nuisances continuent de sévir dans la rue et le quartier. La police, alertée par les particuliers et l’Amicale, a réagi par petits coups (présences des cars de police ou C.R.S.) mais trop ponctuellement et brièvement pour que ce soit efficace.

Avant d’en arriver à l’entrevue du 19 avril à la Mairie, il y avait eu le 22 mars, une réunion du CICA consacrée à la sécurité. Nous laissons la Ligue des Droits de
l’Homme
, qui avait également profité de cette occasion pour poser les questions
utiles sur ce thème, nous donner son point de vue sur ce Conseil d’Arrondissement élargi aux Associations.

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Nos édiles et la sécurité

Le Conseil d’Arrondissement, réuni en CICA (élargi aux associations) le 22 mars 1995 avait pour ordre du jour la sécurité, problème évidemment près des préoccupations de chacun, et qui aurait pu donner lieu à d’intéressants échanges de vue.

Hélas, le nouveau maire, M. Bulté n:a pas fait montre de plus d’ouverture que son prédécesseur, et nous avons eu droit à un long panégyrique du tout sécuritaire cher à M. M. Chirac et Pasqua.

Tout d’abord, un long exposé de M. Goujon, Adjoint au maire de Paris, qui devait nous informer des « actions de prévention et de sécurité » menées par la mairie.

Selon la recette du pâté d’alouette, nous eûmes droit pendant près d’une heure à un cheval de répression pour une alouette de prévention !

Pour la répression : moyens accrus des différents services, nouveau dispositif législatif pour donner des pouvoirs supplémentaires aux policiers et aux magistrats, répression féroce contre les dealers, lutte contre le travail clandestin (méthode et moyens non décrits), répression de la délinquance liée à l’immigration clandestine, avec restriction de la protection sociale, (il y aurait 80% d’étrangers parmi les détenus de la Santé), renforcement de la présence policière sur la voie publique (de combien ?), stationnement permanent de 300 C.R.S. à Paris, droit pour la police de pénétrer dans les parties communes des immeubles.

Pour la prévention : ouverture de 9 centres d’hébergement pour drogués (52 lits en 1974, 1 600 à ce jour) et îlotage spécifique sur les lieux et aux heures criminogènes ! également textes prévoyant un minimum de gardiens d’immeubles dans les grands ensembles.

Après ce satisfecit sur l’action de la Mairie, trois commissaires eurent la parole :

Le commissaire Jobic, chef de la 3ème division (10e, 11e et 19e arrondissements), fit part de la baisse de la criminalité depuis un an : entre 14 et 22% selon les types de délinquance. Le quartier Stalingrad a été nettoyé, grâce à une meilleure présence policière, les drogués et les dealers ont dû se déplacer sur les arrondissements voisins ! M. Jobic a cité plusieurs coups de filets récents contre les délinquants de la drogue. D’autre part il a appelé à la vigilance contre les faux policiers qui s’introduisent chez les vieillards pour les escroquer ou les dépouiller.

Le commissaire Reynaud, sous-directeur du 3ème district pour la police en tenue a décrit son dispositif concernant les lieux fréquentés par les toxicomanes et les cités à risques. Il a insisté sur le rôle des îlotiers, mais sur une question précise a donné leurs effectifs : 11 agents, (sur 448 policiers dans l’arrondissement).

Enfin M. Pages, ler substitut du Procureur a donné à son tour un bilan de l’action répressive de la magistrature, en particulier pour la drogue où notre arrondissement serait en troisième position derrière le 18e et le 10e pour le trafic. Il a indiqué l’effectif des magistrats qui s’y consacrent : 11 membres du Parquet, 20 juges d’instruction, 2 chambres correctionnelles spécialisées.

Cette séances de monologues s’est conclue par l’escamotage des principales questions posées par les associations, MM. Bulté et Féron, estimant que les réponses avaient été fournies au cours des exposés.

La qualité des orateurs montre le peu de cas fait à la prévention : pas un éducateur, pas un médecin, pas d’autre action que celle des corps répressifs.

Nous n’avons plus qu’à attendre la mise en place d’un Conseil Paritaire de prévention qui a été annoncé par M. Goujon et qui devrait donner lieu à une concertation pour aider notamment les associations de jeunes dont quatre sont actuellement subventionnées dans notre arrondissement si nous avons bien compris (nous écrivons d’après nos notes, le compte-rendu n’étant pas disponible avant 6 mois).

Il est à noter qu’une enquête d’un grand hebdomadaire sur la vie à Paris place notre arrondissement au 18ème rang sur 20 pour la qualité de la vie, au 5ème pour la sécurité, mais au 14ème pour les effectifs policiers, notamment derrière le 16e, le 7e et le 8e, et même le ler ! On voit que les citoyens de Paris n’ont pas la même protection selon l’arrondissement qu’ils habitent : 1 agent pour 7 délits dans le ler ou le 5e, un pour 20 délits dans le 19e.


Ligue des Droits de l’Homme, 75019 Paris



Depuis l’entrevue avec le Commandant de la police le 19 avril 95, les forces de police ont augmenté leurs rondes et stationnements rue Rébéval. Le malaise subsiste, car dès le départ des forces de police, les indésirables reviennent, et le problème de base n’est pas résolu.

Nombreux sont les habitants de ce secteur qui pensent que s’il y a vente de drogues c’est qu’il y a une clientèle et que ces consommateurs sont pour la plupart des jeunes désœuvrés et déstabilisés.

Si la RÉPRESSION est indispensable pour rendre vivable le quartier, le PRÉVENTION doit être mise en place de TOUTE URGEN- CE : TERRAINS DE SPORT - PISCINES - ACTIVITÉS DE PLEIN AIR - ACTIVITÉS DIVERSES FORMATRICES, avec le concours d’ÉDUCATEURS, le tout adapté aux besoins des jeunes et des adolescents et pas seulement du foot de rue, qui si l’on en croit Le Monde du 14 avril devrait bientôt fleurir dans nos quartiers en commençant par la place Stalingrad, sponsorisé par Adidas, Coca-Cola, Orangina, etc.

Les MUNICIPALES sont là. A nos politiques de prouver qu’ils sont conscients de problèmes de base.

Les ASSOCIATIONS doivent s’unir, s’entraider, se renseigner les unes les autres et ainsi obtenir plus et mieux pour la vie de tous les jours.

QUARTIERS LIBRES est à la disposition des associations qui ont quelque chose à dire !

A bon lecteur, salut !


Article mis en ligne en juin 2015.

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