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Max Mandelbaum : un expressionniste aux Buttes-Chaumont


Il trouve son inspiration aux Buttes-Chaumont depuis trente-cinq ans. Qui le savait ?

Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, nous lui consacrons enfin un article bien mérité.


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Un peintre discret, une œuvre puissante

Il y a des peintres du 19e arrondissement qui échappent à la stimulation des portes ouvertes des Ateliers d’Artistes de Belleville pour des raisons purement géographiques. C’est sans doute une bonne raison pour laquelle nous n’avions pas encore rencontré Max Mandelbaum.

Pourtant, la Porte de Pantin, son fief, ne manque pas d’ateliers, notamment dans les allées Darius Milhaud et Arthur Honneger, depuis la construction, en 1990, de la coulée verte sur le tracé des voies de chemin de fer de la petite ceinture.

Max Mandelbaum fait partie de ces talents secrets, nichés dans un atelier tout aussi discret où l’odeur de peinture elle-même semble évaporée. C’est pourtant dans ce contexte qu’il crée son œuvre aux ambiances fortes, aux impressions puissantes et aux couleurs éclatantes.

Les pinceaux sont rangés et les toiles soigneusement empilées dans la mezzanine, surtout les premières périodes.

Max y accède par une échelle et, depuis la plate-forme, il montre ses tableaux à son visiteur, contraint de les regarder en contreplongée et dirigeant parfois un lampadaire pour ajuster l’éclairage qui fait défaut à la tombée de la nuit.

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"La dame du 1er étage" - Max Mandelbaum.

Ainsi, je me suis crue à un spectacle de marionnettes figées sur toile et présentées à bout de bras par Max. Il procède avec une motivation généreuse, entrecoupée de pauses silencieuses pour laisser l’admirateur capter, puis digérer ses ressentis.

Max se dit avoir été principalement inspiré par Edvard Munch, peintre et graveur norvégien (1863 - 1944), que l’on dit précurseur de l’Expressionnisme, avec Vincent Van Gogh et Ensor.

Il s’est rendu célèbre par ses thèmes angoissés, ses sentiments intenses et ses singularités expressives que l’on peut aujourd’hui voir dans son musée à Oslo et à l’étranger. Depuis plus de trente ans, Max se place parmi les nouveaux peintres expressionnistes. Et comme Munch, il a expérimenté les techniques de la gravure, à l’eau forte et au carborandum qui utilise de la poudre d’acier pour produire du gaufrage. Un travail de recherche qui s’avère fort long, parfois de plusieurs mois.

C’est pourquoi, depuis sept ans, Max est revenu à la peinture à l’huile de façon quasi exclusive. La raison en est simple, Max préfère saisir l’instant, étudier le mouvement et la matière.


Max, peintre "sur le motif"

De tout temps, Max a peint sur le motif, principalement au parc des Buttes-Chaumont, mais aussi dans les cafés, dans le métro ou à Fontainebleau car il a besoin du contact avec la nature.

Il essaie de tout saisir : le dessin, la lumière et la couleur, puis reprend l’ensemble en plus grand à l’atelier.

Qu’importe les conditions de travail à l’extérieur ! Il s’exécute tantôt sur son chevalet, tantôt sur ses genoux, ou carrément sur l’herbe. Ce qui compte, c’est ce qui se dégage dans le temps présent.

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"L’été" - Max Mandelbaum.

Quelles sont les impressions d’un paysage en fonction de la saison, de la force du vent qui agite les feuilles des arbres, du moment de la journée ?
 
Quelle est l’atmosphère qui règne dans ce groupe de personnes se rencontrant sur un banc ? Quel est le sentiment qui émane d’un couple couché dans l’herbe ?
 
Voilà ce qui intéresse Max avant tout.

Aussi, on ne s’étonne pas que ses personnages soient dépourvus d’yeux, d’oreilles et de bouche. Non, l’important, c’est qu’est-ce qu’ils attendent sur un banc sans se parler, on ne sait pas. Peu ou pas de communication est un thème fréquent chez Max. Certaines toiles pourraient illustrer la pièce "En attendant Godot" de Samuel Becket.

La solitude et l’oisiveté interpellent Max qui soulève parfaitement le concept du temps qui passe et capte l’immobilisme des personnes. Celles-ci nous invitent à deviner ou à percer le secret de leurs conversations. Le temps destructeur se désagrège dans le tableau par des sortes de taches et des ombres.

Inlassablement, Max est captivé par l’homme dans son environnement qu’il traite avec force par la lumière et les couleurs afin de n’exprimer que l’émotion de l’instant. Est-ce là pour lui une occasion propice pour la méditation ? En tous les cas à faire le vide, ce qui n’est pas forcément triste. C’est assurément son grand questionnement devant le concept du néant, du rien qui finit par être le tout.

Max avoue humblement se projeter dans cette démarche philosophique. Tantôt il recherche la solitude et tantôt la solitude intérieure l’accable en dépit du fait d’être apparemment très entouré.

Se sentant figé dans son monde intérieur, Max a besoin de peindre pour avoir l’impression de s’extérioriser. Une façon de vivre ses ressentis en direct, en "live" comme disent les anglais.

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La blessure - Max Mandelbaum.

À ce propos, c’est pendant l’exécution intime du tableau que le titre s’impose à lui. Il ne comprend d’ailleurs pas les peintres qui donnent le titre après. Pour lui, le titre résulte d’un ressenti, il correspond à une impression liée au cheminement de l’exécution et à l’histoire d’unmoment, mais il n’est pas le résultat intellectuel du travail. De même, il entraîne le spectateur à ressentir et à imaginer en fonction de ce que lui évoque le tableau.

Pour réveiller les émotions du spectateur, Max aime à utiliser les couleurs franches comme les verts et les rouges, mais selon son humeur ou son état d’esprit, elles peuvent virer aux tons sombres et durs, notamment dans son tableau "Hommage à Munch".

Plus douloureux dans son expression, le tableau "L’homme qui sort de la terre" rappelle la petite enfance de Max, endeuillée par la mort de son père décédé à Auschwitz et troublée par la séparation d’avec sa mère à deux ans, à cause des circonstances de la guerre.

Lui-même atteint de tuberculose osseuse, il sera soigné dans un préventorium, puis dans des maisons de jeunesse.
 
C’est là qu’il découvre sa passion pour le dessin et qu’il est encouragé à exprimer son potentiel.

En ce qui concerne les couleurs vives, c’est lors de voyages en Turquie, en Tunisie ou en Égypte qu’il s’est le plus régalé.

Frappé comme beaucoup de peintres par la lumière méditerranéenne, - citons Delacroix, Fromentin ou Manet en Algérie -, il a fait exploser sa palette des jaunes et des rouges. Ce qui l’a inspiré encore dans ces pays, c’est l’aptitude des gens à prendre le temps de vivre, simplement.

Son tableau, représentant les buveurs de thé autour d’un jeu de cartes, transpire de sérénité et pourtant les couleurs sont gaies et violentes tant on ressent la chaleur accablante du soleil sous un ciel plombé d’un bleu franc.

Et même lorsque Max peint des paysages, il respecte toujours les contextes et non les détails des éléments.

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"Femmes" - Max Mandelbaum.


Max aujourd’hui pour demain

Dès 1975, il donne des cours dans le cadre des loisirs des salariés de grandes entreprises. Actuellement, Max enseigne à Dijon à des particuliers en quête de développer leurs talents cachés.

La peinture ne nourrit pas toujours son homme, et la reconnaissance se fait parfois attendre. Mais il tire de chaque expérience l’avantage des rencontres et des sentiments vécus dans l’instant, conformément à son expression artistique. Lui et les autres dans un contexte donné, selon sa fidèle quête. Aujourd’hui, il a envie d’autre chose, il sent le changement pointer à l’horizon.

Ce qui l’intéresse désormais, c’est le travail sur la matière à travers des personnages et très peu de paysages. Ce travail est très tactile, peu figuratif avec des contours atténués comme le montre son tableau "L’homme cassé".

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"L’attente" - Max Mandelbaum.

Pour ce faire, il utilise du carton collé sur lequel il repeint toujours à l’huile.

Ses nouveaux tableaux révèlent une certaine audace dans les contrastes des couleurs ou au contraire un doux décliné de tons de matières naturelles, allant du beige foncé au blanc cassé.

Mais il y a une autre raison qui semble ne plus faire de doute à Max. Ce travail sur la matière lui rappelle ses premières sources artistiques, dans la sculpture. Il a en effet débuté par la sculpture dans l’atelier de Robert Couturier après l’École des Beaux-Arts de 1964 à 1970. Et pour lui, utiliser la terre constitue peut-être un moyen inconscient de retrouver sa mère biologique et de se relier à la Terre, la Mère universelle.

Par ailleurs, quel artiste ne s’exprime pas au quotidien avec la partie féminine de son être ? Voilà comment évoluer en revenant à ses premières amours ou refermer une boucle pour terminer un cycle d’évolution. Tout est possible !


Max a déjà eu l’occasion dans le passé, de revenir au vitrail en suivant les cours des Métiers d’Art rue de Thorigny, là où se trouve l’actuel musée Picasso.

C’était, inconsciemment, pour élever à un niveau professionnel, l’approche qu’il avait eu à l’âge de dix ans. Il excellait dans la reproduction exacte des couleurs des vitraux de Chartres - le fameux bleu -.

C’est dire aussi que son inspiration spirituelle est présente dans son œuvre, même si ce thème n’est pas visible concrètement. Il est bien là question de la recherche du vide intérieur pour rencontrer le grand Soi, relié au Tout de l’univers, après que tout se soit tu à l’extérieur.


Texte et photos : Sylviane MARTIN



Article mis en ligne en novembre 2014.

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