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Coup de cœur

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Voyage au quotidien dans Belleville


Mai 1987. J’habite depuis trois ans rue St Maur à la limite de Belleville, et décide de partir à la découverte de ce quartier, de façon plus intime : avec un appareil photo. Pour mon voyage, pas besoin de charter, une bonne paire de tennis suffit. Le lointain est à ma porte. L’autre, il habite à côté de chez moi, et ce n’ est pas nécessairement un immigré.

JPEG - 92.2 koN’ayant jamais vécu à Paris auparavant, j’ai le sentiment qu’habiter un quartier précis fait échec à l’anonymat de la grande ville. C’est son quartier. 0n est en territoire connu. On y a des relations quotidiennes. Le quartier à une échelle humaine, celle du piéton pour l’espace, celle des associations pour les échanges et l’action sur l’environnement.

L’appareil photo dans ce voyage n’est pas un instrument de voyeur. Sans téléobjectif, ni zoom, on ne peut se cacher pour faire les photos. L’appareil devient occasion, prétexte parfois, d’un échange.

Certains me demandent pourquoi je photographie. Pourquoi je les ai pris eux ? Pourquoi j’ai pris telle porte enchaînée ? certains me demandent une photo d’eux. D’autres au contraire refusent que j’en fasse. Le refus peut aller du simple signe de tête à la menace d’un coup de marteau, comme ce fut le cas pour le vitrier qui arpente chaque jour les rues du 18ème et du 19ème, et qui me parla ensuite de son amertume en peu de mots : "oui, c’est un dur métier et il n’ y a plus de jeunes qui veulent le faire".

L’écrit devient cri.

Place au quotidien dans ce voyage. Un voyage qui n’intéresse pas les médias parce qu’il n ’y a rien de spectaculaire ou d’exceptionnel.

Un homme nettoie les graffitis rue RébévaI.. Deux femmes discutent sur le boulevard de Belleville après le marché. Deux hommes parlent sur un banc au jardin de Belleville, à l’ heure du déjeuner avant de reprendre le travail. Des enfants jouent, rue de l’Orillon, après l’école. Des hommes et des femmes font le marché un vendredi, sur le boulevard. Des femmes travaillent dans un atelier de confection à la lumière artificielle, dans une ancienne boutique aux volets fermés, rue Jouyé Rouve. Et dans la rue de Belleville que l’on utilise chaque jour pour aller au travail, faire les courses, ou rendre visite à des amis, si l’on lève la tête Ben rappelle que tout le monde peut avoir une idée.

De la simple signature à la fresque murale, la volonté de s’approprier un espace anonyme froid, et impersonnel se propage.

JPEG - 90.8 koLes graffitis, tradition d’écrit, remplacent les chants dans la rue, tradition populaire orale. Le mur a remplacé le papyrus pour certains hiéroglyphes. L’écrit devient cri. Pour tous, à tous, de tous.

L’art dans la rue, c’est les couleurs pour égayer la cité grise, des créations de l’instant qui ne sont pas enfermées dans des musées, ni objets de propriété, des incitations à l’éveil, à l’expression, à la révolte ou au rêve. Un don qu’on prend ou qu’on prend pas…

Belleville a une histoire, et nous sommes témoins de celle qui s’écrit aujourd’hui, parfois acteurs.

Après avoir été le "creuset des mouvements révolutionnaires" et la "nouvelle patrie des exilés, des émigrés" depuis les Auvergnats au début du siècle, "métèques de France", jusqu’aux derniers arrivants de Honk-Hong, Belleville devient l’un des lieux d’une ambition : le grand projet de l’Est Parisien. Les photos d’immeubles aux issues murées avant démolition témoignent du résultat d’une certaine politique du logement dans les quartiers populaires qu’on laisse se dégrader pour mieux spéculer, après le grand nettoyage par le vide. C’est peut-être oublier que l’uniformité ne fait pas l’unité d’un quartier.

Ce voyage au quotidien dans Belleville ne fait que commencer, pour moi, et j’espère que le rideau ne sera pas tiré trop tôt sur la grande scène qu’est la rue,. comme ce fut le cas pour d’autres quartiers.


Sylvie Le Roux



Article mis en ligne par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2013.

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