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À Belleville, on souffle le verre et le rêve…

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Xavier de Mirbeck : une vocation initiatique


Nait-on artiste ou le devient-on ? Don ou aboutissement d’un travail acharné, la révélation d’une passion quelle qu’elle soit ne peut-elle pas aussi résulter d’une rencontre ? C’est ainsi que Xavier de Mirbeck a été séduit pat l’art du feu sacré. Du bout de sa canne magique il sculpte le verre : alchimie de l’air sur la matière.

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Photo Chris Kutschera.


Sans les journées portes ouvertes de mai dernier, je n’aurais peut-être jamais découvert l’atelier de verre du 44, rue des Cascades. En effet, qui, en parcourant cette rue, peut imaginer son existence au fond d’un jardin par delà les hauts murs de pierre ?

Xavier de Mirbeck partage l’atelier avec jean-Pierre Seurat, un ami souffleur de verre ; tous deux issus des ateliers de l’adac. Xavier découvre la passion du verre en 1983, à 37 ans. Lui qui, jusque-là, touchait à toutes les disciplines : gravure, tissage, peinture, décoration, dessin sans s’y attarder davantage dès qu’il en maîtrisait bien la technique.

Le verre l’a stoppé net dans sa polyvalence. Le verre, contrairement aux autres matériaux, commande l’homme. Il impose une discipline personnelle rigoureuse, le respect et surtout l’humilité. Xavier a trouvé son maître. Le verre lui demande un travail très physique et beaucoup de concentration, de finesse aussi. De ces deux contraintes opposées, il trouve son équilibre.
De surcroît, il vit avec les éléments : le feu qui émane du four, l’air qui part de ses poumons pour ressortir au bout de sa canne, l’eau qu’il doit boire pour ré-hydrater son corps qui transpire à grosses gouttes et lui, l’artiste debout qui est relié à la terre. De l’éther, trouve-t-il la source de sa subtile créativité ?

Plus concrètement, il tire son inspiration des dessins préhistoriques, vestiges de civilisations révélées par la magie d’artistes pas si primitifs que cela. Pour lui, leurs dessins représentent l’art suprême. Aussi, à sa façon, il invente sa civilisation personnelle. Sa canne lui permet de canaliser ses rêves d’enfant et sa poésie. La nature, animale ou végétale, lui parle sans cesse. Sa liberté, c’est de choisir ses thèmes : actuellement, un bestiaire. Comme par hasard !

J’ai assisté à la création d’un coq aux couleurs brun-doré. Xavier obtient la couleur de base à partir d’une ballotte ou barre de verre plein qu’il fond dans la masse. Il fait ensuite cinq cueilles ou paraisons pour réaliser une œuvre. À l’avant-dernière, il choisit son mélange de poudres de verre de différentes couleurs qu’il dispose sur un marbre. Puis, il enveloppe l’ensemble dans une dizaine de feuilles d’argent qu’il chauffe à plusieurs reprises à plus de 1200° pour que les couleurs se fondent entre-elles, intimement, car chacune a une tensionvariable. Ensuite, il brûle complètement l’argent et le fait réapparaître par le jeu de l’oxydation et de la réduction obtenue par un ventilateur situé dans le four de réchauffe et qui permet de modifier les couleurs sous l’impulsion de l’air.

Précision, le souffleur de verre possède trois fours. Le four de fusion, sans cesse en activité, cuit les 50 kilos de pâte de verre prête à la cueille (action de prendre la quantité de matière nécessaire au travail à l’aide de la canne). Le four de réchauffe, quant à lui, permet de ramollir le verre et de le former avec des outils rudimentaires, la mailloche de bois et la mouillette (journal humide plié en quatre).

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Le lapin - Photo Anne Schaefer.

Enfin, le four de recuisson reçoit la pièce terminée pour uniformiser les tensions dans le verre. Par exemple, le blanc est plus compact, donc plus tendu que le bleu, plus liquide, donc plus malléable. Il faut recuire pour obtenir une bonne répartition de la masse moléculaire ; le verre change de structure durant trente-six heures avant d’atteindre la température ambiante. Quand il est froid, la dernière étape consiste à surfacer le fond pour que la pièce tienne debout et bien sûr, à signer l’œuvre. Instant délicieux.



Un art solitaire qui rend sociable

Sculpter le verre revient à moduler son souffle, l’apprivoiser. Le souffle émane de l’énergie qui naît au cœur de l’homme, un peu comme celle qui part du centre d’un volcan pour se projeter hors du cratère. D’ailleurs, la violence se compare, elle prime souvent sur l’esthétisme ; le travail sur le verre est une permanente interaction entre l’intérieur et l’extérieur, selon le dosage de l’artiste. Son va-et-vient s’apparente à l’approche et à l’éloignement que l’on vit avec les autres ; il apporte une meilleure capacité à déterminer le contact juste.

Cependant, le souffleur a le sentiment d’aller au bout de lui-même, d’être intègre, d’être bien avec lui, donc mieux dans ses relations avec les autres. Peut-on aller jusqu’à dire que le verre est thérapeutique ? C’est tout à fait admissible car la précision calme, la chaleur sécurise. "Inconsciemment, l’atelier surchauffé me rappelle sans doute le bien-être du ventre de la terre" confie Xavier. Le verre l’a transformé. Comme il redonne un sens à l’existence des jeunes désœuvrés qui s’accrochent à leur professeur, conscients de la passion qui grandit en eux. Histoire d’une rencontre ! C’est aussi l’indispensable recherche du trésor caché au fond de chacun de nous. "On se nourrit de ce que l’on fait", précise Xavier. Pour la petite histoire, quand il découvre son coup de foudre pour cette activité, il travaille le verre filé et soufflé au chalumeau qui ne permet pas vraiment de réaliser de grosses pièces. Alors, il décide, en 1987, de fabriquer un petit four pendant ses weekends, tout en continuant à suivre ses cours à l’adac.

En 1989, il crée le centre du verre rue Jules Romains et en 1990, il installe son atelier, rue des Cascades. En 1992, il publie Les techniques du verre édité chez Dessin et Tolra. Aujourd’hui, le verre connaît un regain d’intérêt, tradition oblige !

Xavier se sent un maillon de la lignée ancestrale des souffleurs et n’a qu’un désir, transmettre cet art vivant. En effet, y-a-t-il un matériau plus animé que le verre ? Il faut absolument regarder un souffleur pour en être convaincu. Par contre, s’engager dans cette discipline n’est pas une décision légère car elle demande un gros investissement physique. Ceci dit, cette discipline plaît beaucoup aux femmes. L’adac, rue Jules Romains en témoigne.



Son atelier rue des Cascades

Il installe son atelier au fond du jardin de son habitation, à droite du kiosque à musique. Un lieu ô combien voué à la création mais, bien qu’il y vive depuis 1974, il ignore qu’ici-même, Jacques Becker a tourné certaines scènes de Casque d’or avec Simone Signoret et Serge Reggiani. Il n’y a pas très longtemps, et tout à fait par hasard, Xavier et sa femme regardaient le film ,à la télévision, tous deux reconnaissent leur maison, les marches de pierre qui conduisent au perron et Simone Signoret de frapper à la porte. C’est dans un même élan qu’ils se sont levés pour ouvrir la porte à la star évaporée…

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Le papillon - Photo Anne Schaefer.

Cette anecdote est somme toute bien bellevilloise. Derrière une façade, une maison, puis un jardin, enfin un atelier et quelquefois une autre surprise, parfois mythique, qui caractérise la richesse de notre beau quartier. Les journées des ateliers portes ouvertes m’ont toujours permis de dénicher de tels lieux.


Sylviane Martin



Article mis en ligne en janvier 2014.

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