La ville des gens : 22/novembre
Mots d’hier, Actualité brulante !

Quand les murs reprennent la parole…

Esprit éclairé (du moins faudrait-il le croire… puisque régulièrement, au premier claquement de doigts, les télévisions françaises accourent lui tendre à domicile, micros et caméras !), il nous explique qu’il faut juste moraliser un peu le capitalisme, et qu’ensuite, pour notre plus grand bonheur, tout ira bien ! À l’en croire, on peut compter sur lui pour s’atteler à la tâche. Vous l’avez reconnu…

c’est Superman que j’évoque ici, l’homme sans qui rien n’est possible !

Pour l’heure, nombreux pourtant sont ceux que ses explications aux allures de belles promesses, déjà maintes fois entendues font sourire… mais un peu jaune il faut dire ! Nous connaissons en effet trop de gens de nos entourages, en situation de si grande difficulté qu’ils doivent recourir aux « Restos du cœur », et autres espaces solidaires de ce type (ou se résoudre à glaner [1] à la fin des marchés), pour accorder le moindre crédit à quelqu’un qui lorsqu’il annonce une chose, s’empresse ensuite de faire l’exact contraire !

Dans le même temps, les banques qui depuis belle lurette ont su s’imposer comme indispensables, au point qu’il a récemment fallu les tirer du mauvais pas où elles s’étaient, elles même, mises, continuent d’encaisser d’archi-copieux bénéfices, et de rémunérer grassement leurs agents surexcités des salles de marchés. Dans ces conditions, comment s’étonner que le sentiment d’injustice progresse ? J’en connais pourtant… qui apparemment n’arrivent pas à comprendre !

Mais ne désespérons pas, même au seuil de l’hiver… malgré les pressions diverses, la parole essentielle, tenace et vigoureuse refleurit ! Preuve en est, ce matin à Belleville… j’ai lu ceci sur les murs du quartier où j’aime à respirer, belle idée qu’a eue là… celui qui nous fait cet heureux rappel en mémoire :

« Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines ! »
Eugène Varlin

Eugène Varlin était ouvrier imprimeur, il fut un membre important de La Commune de Paris [2] , et l’une des plus nobles figures du mouvement ouvrier français.

Et comme pas moins aujourd’hui qu’hier, rien ne s’obtient, ni ne se gagne sans lutter… il convient aussi de rappeler cette invitation plus récente, mais puissamment inspirée :

« Résister est un verbe qui se conjugue au présent ! »
Lucie Aubrac
 [3]

A l’heure des retraites-chapeaux et parachutes dorés pour les uns, du travail contraint pour les autres, si nous n’avions de tels exemples pour nous fortifier et nous encourager, nous pourrions parfois être tentés de nous demander, devant tant de cynisme affiché :

Ne serions nous libres vraiment… que de nous ruiner ?

A ceux qui succombent et se posent, démoralisés, cette question… une seule réponse possible :

C’est à chacun d’en décider !

Autant dire qu’aussi maigre qu’il soit… l’espoir est pourtant immense, oui je pèse mes mots, immense !

…il ne tient qu’à nous !

Au-delà de leurs objectifs du moment, les résistants d’hier ont aussi forgé les résistants du lendemain, ne les décevons pas ! Nous n’en avons ni le droit, ni les moyens !

- Gram Manège (Novembre 2010)