La ville des gens : 30/octobre

A La Villette


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Vidéo de la chanson en bas d’article

De son métier i’ faisait rien,
Dans l’ jour i’ baladait son chien,
La nuit i’ rinçait la cuvette,
A la Villette.

Une silhouette (chapeau noir, écharpe rouge) immortalisée par les affiches de Toulouse-Lautrec, une voix nasillarde, des mélodies lancinantes, des textes souvent crus et réalistes : Aristide Bruant reste l’une des premières grandes figures de la chanson parisienne, au tournant du 19e et du 20e siècles.

Affiche de Bruant, par Toulouse-Lautrec.Beaucoup de chansons de Bruant portent sur un territoire, un quartier précis de Paris, il suffit d’égrener les titres : « A Grenelle », « A la Goutte d’Or », « Belleville, Ménilmontant », « A Saint-Lazare », et ici « A La Villette ».

Bruant compose ici le portrait d’un personnage, un petit maquereau qui finit guillotiné place de la Roquette. L’histoire, racontée du point de vue de sa gigolette (prostituée), est classique. Mais elle est servie efficacement par la verve de Bruant, son sens du langage populaire.

Bruant maniait bien l’argot, dont il avait même composé un dictionnaire, et emprunte même pour désigner son personnage le jargon des bouchers de la Villette, le louchebem (Laripette est la traduction de Paris en louchebem).




Il n’avait pas encor’ vingt ans,
I’ connaissait pas ses parents,
On l’app’lait Toto Laripette,
A la Villette.
Il était un peu sans façon,
Mais c’était un joli garçon :
C’était l’pus beau, c’était l’pus chouette,
A la Villette.
Il était pas c’qu’y a d’mieux d’mis,
Il avait pas des beaux habits,
I’ s’ rattrappait su’ sa casquette,
A la Villette.
Il avait deux p’tits yeux d’souris,
Il avait deux p’tits favoris,
Surmontés d’eun’ fin’ rouflaquette,
A la Villette.
Y en avait pas deux comm’ lui pour
Vous parler d’ sentiment, d’amour ;
Y avait qu’ lui pour vous fair’ risette,
A la Villette.
Il avait un gros chien d’ bouvier
Qu’avait eun’ gross’ gueul’ de terrier,
On peut pas avoir eun’ levrette,
A la Villette.
Quand i’ m’avait foutu des coups,
I’ m’ demandait pardon, à g’noux,
I m’app’lait sa p’tit’ gigolette,
A la Villette.
De son métier i’ faisait rien,
Dans l’ jour i’ baladait son chien,
La nuit i’ rinçait la cuvette,
A la Villette.
I’ f’ sait l’ lit qu’i’ défaisait pas,
Mais l’ soir, quand je r’ tirais mon bas,
C’était lui qui comptait la galette,
A la Villette.
Quequ’ fois, quand j’ faisais les boul’ vards,
I’ dégringolait les pochards
Avec le p’ tit homme à Toinette,
A la Villette.
I’ m’aimait autant que j’ l’aimais,
Nous nous aurions quitté jamais
Si la police était pas faite,
A la Villette.
Y a des nuits oùsque les sergots
Les ramass’nt comme des escargots,
D’la ru’ d’ Flanche à la Chopinette,
A la Villette.
Qu’on m’ prenn’ grand ou p’tit, rouge ou brun,
On peut pas en conserver un :
I’ s’en vont tous à la Roquette
A la Villette.
La dernièr’ fois que je l’ai vu,
Il avait l’ torse à moitié nu,
Et le cou pris dans la lunette,
A la Roquette.





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