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Roman

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Arnaud Florand : « Le mensonge d’Axelle »


Le roman raconte l’histoire, au quotidien, de deux personnages, Axelle et Adrien, qui sortent l’un et l’autre d’une expérience antérieure éprouvante, et semblent avoir tout pour vivre une union heureuse.

Adrien est organisateur d’expositions scientifiques pour la jeunesse. Axelle, assistante d’édition, est militante féministe et écologiste. Son engagement entreprenant et désintéressé lui vaut parfois des déboires.

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Editions Scripta 2007.

C’est ainsi qu’une malheureuse déconvenue passée rattrapera la jeune femme. Doit-elle avouer à Adrien que son ancien compagnon, Bertrand, s’est suicidé, bien après leur rupture, pour ne pas mourir… du sida ? Le silence de sa compagne et la hantise, illusoire, de la contagion, inciteront son compagnon à prendre la fuite, quand il apprendra la chose par un pur hasard.

Le récit explore, tantôt avec tendresse et émotion, tantôt avec lucidité et humour, les ballottements de deux êtres, pris entre un solide attachement réciproque et la défiance ou la rancune.


Nous donnons ici un fragment du dernier épisode du roman

Arrivée à la station « Jaurès », au lieu de revenir par le quai de la Loire, Axelle descendit sur la berge du canal Saint-Martin. Elle avait toujours aimé cette promenade, silencieuse et tranquille, au bord de l’eau, cent fois parcourue avant, pendant et après Adrien ; ce cadre de verdure, discret, plutôt solitaire- c’est à peine si on entendait le bruit des voitures-, familier presque, à cause du resserrement de la percée, de la proximité des deux rangées d’immeubles, certains très anciens, d’autres ultra-modernes, dont les fenêtres pouvaient se saluer d’une rive à l’autre par-dessus les arbres.

Mais aujourd’hui ? Le pittoresque, la sérénité du paysage, lui faisaient mal. La mort dans l’âme et la rage au cœur, elle les ressentait comme une provocation, une insulte indécente.

Elle suivit le canal, bordé de chaque côté de hauts peupliers d’Italie, filiformes, bientôt remplacés, après le pont Louis Blanc, par des érables et des platanes plus exubérants. Elle jeta un œil distrait aux anciens entrepôts de « Point Éphémères » et poursuivit vers les écluses. Elle fut dépassée par « Le Canotier », une embarcation de la compagnie Paris Canal, qui faisait glisser sur une eau paisible sa cargaison de touristes, vers l’Arsenal et le port de la Bastille. Elle détourna la tête pour ne pas avoir à répondre à leurs salutations expansives, et se dirigea vers l’écluse des Morts, entourée de son jardinet, où elle emmenait souvent jouer sa petite fille.

Elle poussa jusqu’à la haute et grêle passerelle métallique, de style Baltard, qui enjambe le canal à proximité de l’hôpital Saint-Louis. Elle la monta rapidement d’un pas saccadé, et arriva au point le plus élevé, hors d’haleine, tant elle avait forcé l’allure.

Au sommet de l’arche, en dos d’âne accentué, elle s’accouda à la rambarde. Le contact avec le fer glacé lui donna un frisson. Elle resta là longuement, hébétée, la tête vide, les mains crispées sur le métal froid, hostile. Elle regardait fixement l’eau glauque, qui clapotait imperceptiblement contre les berges de pierre et où ondulaient à la dérive des feuilles mortes.

Elle restait étrangère à la beauté de la vue : un des plus beaux sites fluviaux de la capitale, avec son petit air hollandais, la coqueluche des peintres et des metteurs en scène amoureux du vieux Paris. Elle ne voyait plus les deux trouées vertes, en amont et en aval, qui faisaient un coude entre le jardin des Récollets, d’où parvenaient de joyeuses voix d’enfants, et les vieilles maisons pré-haussmanniennes qui se profilaient en direction de l’hôpital Saint-Louis.

Elle fut saisie par une sorte de vertige : maintenant les feuilles rousses tournoyaient perfidement sur le plan d’eau parfaitement immobile. Elle serra plus fort ses mains sur la rambarde et s’efforça de respirer profondément…

Soudain, elle leva les yeux, et aperçut sur sa droite, à travers le feuillage des marronniers, déjà clairsemé par l’automne précoce, l’enseigne de l’Hôtel du Nord. Un second tourbillon, de réminiscences cette fois, se produisit dans son esprit : « Hôtel du Nord », « Le Jour se lève », Marcel Carné, Jean Gabin. Et elle vit, avec une précision saisissante, là-haut, dans la mansarde d’un très modeste hôtel de banlieue, François, l’ouvrier soudeur, meurtrier par jalousie, réfugié, barricadé, pris au piège comme un renard qu’on enfume dans son terrier, par les policiers qui cernaient l’établissement et tenaient enfin leur proie. Il résistait avec un acharnement méthodique, mécanique, et, au fond, indifférent. Que pouvait-il lui arriver de pire après la lamentable débâcle de son amour ?


Pour toute information concernant le roman s’adresser à :
Adelin FIORATO,
45, Quai de la Seine, 75019 PARIS - 01 40 38 90 82
Email : adel.fior chez wanadoo.fr

Photo (couverture) Corinne Lucas Fiorato



Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en juin 2014.

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