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Écrivain public : un métier ? Une vocation ?


D’un côté l’administration, qui nous demande toujours des tonnes de papiers et nous en redemande pour justifier ceux déjà demandés. De l’autre côté, nous, citoyens, nos identités déclinées dans leurs services.

Et, le poids des mots…

Un fossé se creuse dès lors qu’on ne sait pas écrire. Écrire est un droit si évident qu’on oublie que c’est aussi un pouvoir…


JPEG - 41.2 koLes failles démocratiques sont partout comme celle de ne pas permettre à tous de s’exprimer, d’exister sur papier.

Les écrivains publics sont nés avec l’ écriture quand certains se sont mis à écrire pour ceux qui ne savaient pas. Solidarité pérennisée. De nombreuses et fidèles plumes bénévoles grattent généreusement pour autrui encore et toujours. L’Activité se professionnalise même puisqu’en 2000 une licence professionnelle d’écrivain public est née.

Mais doit on s’en réjouir ou le déplorer ? Cette professionnalisation ne remet-elle pas en cause la démocratisation de l’alphabétisation ? Sans évoquer les questions d’accès à la culture il s’agit de témoigner d’un fait actuel ; tout le monde ne peut écrire ce qu’il a envie ou besoin de dire.

Interrogations… Que fait un écrivain public aujourd’hui ? Ses fonctions ont-elles évolué ?
 
Les mots de l’écrivain public ne sont-ils pas symptomatiques des maux de la société dans laquelle il agit ?

La vocation littéraire, une approche normative du métier…

La majorité des écrivains publics travaillent en statut libéral. Ils ouvrent un cabinet et proposent différentes prestations d’aide rédactionnelle. Ils rédigent différents discours (pour les mariages, pour les maires, pour les commémorations)… Ils écrivent des courriers privés. Bref, ils répondent à des demandes d’aide rédactionnelle.

Par exemple, les étudiants en plein exercice de mémoire ou de thèse, peuvent leur demander des conseils d’écriture, de corrections… Comme l’explique l’association des Écrivains Publics de France, l’écrivain public doit maîtriser l’orthographe, la syntaxe et la grammaire de la langue…

Et son rôle peut être encore plus "littéraire"… Le "détenteur" de la plume accompagne également toute personne souhaitant rédiger un ouvrage (pas forcément destiné à être publié). Il fait alors appel à un écrivain public qui veillera à l’accompagner en respectant sa subjectivité, sa sensibilité.

"Le pro de l’écriture" a donc cette fonction de transcription normative du langage. Un étudiant, un particulier peut le solliciter pour améliorer sa communication, enrichir ses descriptions, rafraîchir ses mémoires… Soulignons que notre protagoniste travaille dans l’ombre. Son nom n’apparaît pas là où il posera sa plume. L’anonymat caractérise ce métier à la dénomination parfois contradictoire.

La finalité d’un écrit "rédactionnel" est toujours lié avec ce qui est écrit. Les qualités rédactionnelles seront jugées par rapport à l’usage des mots (leur assemblage devant répondre à certains critères esthétiques.) Cette approche du métier correspond alors à une vocation littéraire.

Mais l’écrivain public aide aussi les personnes dans leurs démarches administratives et privées. Cette approche pragmatique et liée aux réalités quotidiennes, correspond à la vocation sociale de la profession. C’est une dimension relationnelle forte qui lie ces deux vocations à cette profession unique. Le tête à tête entre "le client" et le "scripteur" les réunit dans une intimité parfois déconcertante.

L’écoute attentive et la disponibilité restent primordiales et l’une des motivations principales pour exercer. C’est au niveau de l’écrit que les deux vocations vont par ailleurs se dissocier…

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La vocation sociale, une approche pragmatique du métier…

Dans la vocation sociale c’est l’écrit quotidien qui domine. Par amour pour l’écriture, l’écrivain public s’appliquera autant, mais, la finalité sera toute autre. Les personnes viennent souvent pour résoudre un problème. Dans ce cadre, il est important de s’interroger sur la nature de l’écrit quotidien, ses limites.

Lorsqu’on propose un service de permanences d’écrivain public, on constate que les demandes sont très variées et que la majorité des personnes ont de faibles ressources. Il est impossible d’établir de généralités, ça reviendrait à énumérer les situations dans lesquelles nous avons besoin de remplir des papiers… Ce sont les actes quotidiens et administratifs dont nous avons tous la responsabilité (Téléphone, CAF, Assurances, Bail, Demande actes divers…).

Ce sont ces actes qui se compliquent dès lors qu’on ne sait pas ou peu écrire… L’écrivain public prend alors soin de lire les courriers et d’y répondre au mieux. La quotidienneté de ces actes ne doit pas rendre trop automatique le remplissage de ces papiers… En effet, certaines situations par exemple une demande de logement, pose la question du statut de l’écrivain public et du rôle de l’écrit…

Le contexte de pénurie de logements, rend les procédures de demande très longue. Ainsi, l’écrivain public rédige un courrier qui se cumule à beaucoup d’autres, décrivant les raisons qui motivent cette demande, son caractère urgent. Ces courriers sont indispensables car témoignent de l’implication de la personne face à sa situation. Ils constituent des preuves quant à la motivation de la personne. Pourtant ces courriers ne seront pas garant de la résolution de la situation. Que faire ?

Les personnes étrangères qui ne savent pas écrire en français font également appel aux écrivains publics pour des demandes de visas, naturalisation, titres de séjour. Ces papiers "très très" administratifs, parfois juridiques demandent à la plume d’être experte.

JPEG - 98.6 koDeux exemples pour deux sujets sensibles que l’on rencontre souvent lors des permanences. Deux demandes qui demandent des compétences spécifiques face à des situations aux enjeux très politisés. C’est en cela que l’une des principales et indispensables tâches de l’écrivain public reste la médiation. Être capable d’orienter la personne en demande vers des associations, professionnels en lien directs avec ces questions. Car à l’inverse cela peut être très dangereux pour la personne que l’on reçoit. Les courriers de demande de nationalité sans relevés de la compétence d’un juriste n’en reste pas moins des courriers en lien avec le domaine si rigoureux du juridique.

Ce rôle de médiation si important ne doit surtout pas être perçu comme dévalorisant. Face à une profession dont le salariat est loin d’être évident le risque serait de laisser croire qu’un écrivain public doit remédier à tout.

Reste alors, l’incontournable question de l’éthique professionnelle… Persiste un tête à tête où l’on attend certainement trop d’une unique plume… On croit qu’ il y a forcément un courrier à écrire, une lettre à envoyer… Une photocopie à faire…

Faire couler trop d’encre ?

Que dire à la personne que l’on a en face de soi sur les limites de certains courriers ? Comment lui faire comprendre que ce tête à tête si symbolique est aussi le revers d’une non résolution ? Comment surtout ne pas la décourager mais l’impliquer ?

Parfois, l’écrivain public pose sa plume pour rappeler que certaines situations mènent inévitablement à la lutte… Il veillera à ce que la preuve (lettre) soit toujours envoyée pour une identité refusée. Mais relativisera sur ce qu’il faut attendre d’un courrier envoyé à une administration devenue maîtresse de la loterie humaine.

Nous écrivons tous différemment et pour diverses raisons. Ainsi, les écrivains publics écrivent, rédigent, corrigent, répondent, témoignent. Mais, avant tout ils écoutent beaucoup.

Quelques soient les travaux effectués c’est une mise à disposition. Certains se servent de la plume comme de l’or. Ils aideront leurs client à transformer leurs grains en lingots. D’autres s’arrachent les cheveux pour l’encre déjà coulé. Ils tâcheront de faire le plein et trouveront quand ille faut les bornes d’urgence. Ils devront aussi assumer les pannes sèches ? Veiller à ne pas s’engager trop vite sur de mauvaises voies aux sens uniques…

Deux exemples de vocation bien différents, mais qui se complètent. Aucune conclusion générale n’en ressort. Juste le fait que l’écrivain public, qui écrit toujours pour les autres, le fait d’après sa propre définition du métier. Notons pour finir que beaucoup posent la plume lors d’ateliers afin de solliciter l’expression.

S’attarder ensemble sur ce qui est dit…


RENCONTRE AVEC UN BÉNÉVOLE ÉCRIVAIN PUBLIC.

J’ai rencontré A. sur le lieu de ses permanences à l’Espace Riquet.

A. est l’un des 6 bénévoles du Centre qui couvrent des permanences du lundi au samedi.

C’est depuis sa retraite qu’il s’est proposé d’accompagner les personnes dans la rédaction de leurs courriers. Et c’est avec beaucoup d’humilité qu’il partagera son expérience sous mon œil inquisiteur. Sans le savoir, il répondra à certaines questions posées précédemment.

A. déculpabilisera une personne accusée à tort par usurpation d’identité. Il témoignera de l’importance de l’écoute dans cette activité. Il répètera aussi son obligation à rentrer dans l’intimité des personnes, non par voyeurisme mais par bienveillance. Pour être sûr de comprendre. Autrement dit pour que son écoute puisse être active, et, utile.

Il rendra compte aussi de la diversité des situations rencontrées considérant que l’expérience aide beaucoup pour répondre "sur le tas".

A noter le travail de coordination : ils se réunissent avec les autres bénévoles écrivains publics des Centres de l’Association Projet-19 tous les deux mois.

L’Espace Riquet est l’un des 6 centres sociaux de l’association Projet-19. Une vingtaine de salariés pour la Petite Enfance, l’animation, des animateurs, assistants sociaux, conseiller juridique suivent et favorisent les échangent intra et inter-familiales.


Alice BARRAULT


Article mis en ligne en novembre 2014.

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