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La petite ceinture du Canal Saint-Denis à la Seine


Avant de pénétrer dans le 19ème arrondissement, les rails venant de l’Ouest parisien se fraient un passage dans un entrelacs de voies de toute nature. Encore un effort et par un dernier tunnel au dessous des rails de la Gare de l’Est, la petite ceinture est passée, toujours là pour terminer son tour de la Capitale et ce depuis plus d’un siècle.


Évidemment, cela n’a plus rien à voir avec les fins de semaines heureuses du début du XXème siècle et de la glorieuse année 36 où elle emmenait les citadins pour de brefs loisirs dans des lieux qui sentaient encore bon la campagne, grâce à sa jonction avec la ligne de la Bastille. Après l’euphorie voyageuse de ce début de siècle, la seconde partie de celui-ci fut moins enthousiaste ; c’est après la seconde guerre mondiale que tout doucement le passage des trains se fit plus rare.

Qu’en est-il actuellement ? Après avoir transporté des passagers pour leurs loisirs, puis des marchandises, cette ligne aurait bien fini en simple tramway. Elle est là, des politiques en parlent, des associations la défendent, d’autres s’installent sur son parcours, des cinéastes la mettent en valeur. Imperturbable, elle étale toujours son ruban sur l’est parisien pour le plus grand plaisir des riverains, surtout ceux du 12ème arrondissement.

Au sortir des voies SNCF, elle passe sur la rue de Cambrai et son viaduc sert d’entrée à l’Espace du pont de Flandre desservant les Magasins Généraux (photo A).

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(A)

Puis elle entame un grand coude, frôle le canal Saint Denis, une gare est encore présente près du métro Corentin Cariou. Entre cette partie et le canal de l’Ourcq, le viaduc qui soutient les voies est annexé par les habitations limitrophes. C’est à partir de la rue Barbanègre qu’elle offre à de nombreuses personnes et associations un local afin de pouvoir s’exprimer. C’est ainsi que le passage des voûtes accueille des artistes travaillant leurs arts sous ces arcades centenaires à la fraîcheur de végétations récentes comme cette association d’artistes « la Vache Bleue » (photo B).

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(B)

Les voies traversent ensuite le canal de l’Ourcq (photo F). C’est à cet endroit qu’un lieutenant de police pourchassait un malfaiteur pour un épisode du feuilleton PJ.

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(F)

La petite ceinture dans le 19ème arrondissement est assez discrète, souvent cachée, encadrée par des immeubles officiels, sous un tunnel ou en tranchée profonde comme dans le parc des Buttes Chaumont afin des traverser l’une des plus hautes collines de Paris.

Les voies sortent de terre après un autre parc, celui de Belleville, pour quelques centaines de mètres, juste le temps de nous laisser une passerelle, celle de la rue de la Mare et un emplacement de gare à peine visible. Nous sommes à présent dans le 20ème arrondissement. C’est dans ce quartier encore intact que fut tournée une scène du film « Casque d’Or ».

Les voies de la petite ceinture s’enfoncent de nouveau sous terre pour le cimetière du Père-Lachaise.

Ce n’est qu’à partir de Charonne que les voies sont à l’air libre et que tout le charme de la petite ceinture opère. Prendre un verre dans une ancienne gare, celle de la rue de Bagnolet, regarder les voies à partir de la terrasse aménagée de ce Bar peu ordinaire (photo C).

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©

Le comptoir est constitué de traverses, quelques dessus de tables sont des panneaux de limitation de vitesse, les sièges ressemblent étonnement à ceux des premières classes d’avant guerre, la décoration d’intérieur est typiquement ferroviaire. On s’apprête à rêver ! C’est certainement de cette station que « Casque d’Or », habitante du quartier, pris le train afin de rejoindre Manda (son amant) à Joinville.

Notre imagination troublée par le bruit et la vapeur du percolateur, nous conduit tout droit sur les rails. Nous passons une gare, celle de la rue d’ Avron dont les abris de quais en bois sont perdus dans la végétation. Un moment d’hésitation, un roulement sourd couvre le chant des oiseaux. Et si un train passait afin de nous emmener en direction de la Seine ! Le bruit vient des ateliers de la RATP en dessous de nous, une rame entre dans le bâtiment. Nous continuons notre chemin en traversant le Cours de Vincennes par un voyage métallique, quelques immeubles anciens, puis nous entrons dans un autre monde, celui du végétal, c’est de nouveau la campagne en plein Paris. Chemin faisant, nous passons au-dessus de la « promenade plantée » (ancienne ligne Bastille -Verneuil l’Etang).

À la hauteur de la rue du Sahel, le square Charles Péguy (photo D) ; c’est ici que l’écrivain prit le train pour son dernier voyage. Continuons vers le sud, l’avenue Daumesnil, la rue de Picpus et la rue Claude Decaen sont franchies par des ouvrages métalliques.

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(D)

Soudain dans l’enceinte d’une gare, un jardin extraordinaire : les membres actifs d’une association entretiennent les quais de la gare Claude Decaen (photo E).

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(E)

Musardons, regardons les 1450 espèces végétales répertoriées par les responsables. Si nous avons de la chance, nous verrons un des écureuils et la fouine que les habitués ont rencontrée.

À présent le chemin jusqu’à la Seine nous semblera morose, des voies et encore des voies, celles de la gare de Lyon et des ateliers, de l’autre côté de la Seine, les voies de la gare d’Austerlitz.

Il n’y a aucun doute, ce n’est que dans l’est parisien que la petite ceinture mérite d’être contemplée, et c’est là, en partie, que s’est écrite l’histoire de Paris.


Texte et photos de René MINOLI


Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en juillet 2014.

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