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Sortons de nos quartiers

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Visite gourmande au Musée de l’Histoire de France


JPEG - 40.6 koLe visiteur regarde l’extérieur du bâtiment comme un témoin vivant de l’histoire de la France. La porte à tourelles est construite par Olivier de Clisson, plus tard connétable de Charles VI dit Le Fol, entre 1371 et 1375. Elle est l’un des plus anciens vestiges de l’architecture privée de Paris. Située à l’extérieur des remparts de Philippe Il dit Auguste, elle est en pan coupé et marque l’angle de la rue de Chaume et de la rue de la Roche. C’est l’époque des désordres dus à la démence du roy et à l’incurie de ses oncles dans le gouvernement du royaume. Paris gronde, les Juifs sont expulsés de France, les princes et les bourgeois font la fête. On dresse la table sur des tréteaux. Le plateau est recouvert avec la touaille (la nappe) sur laquelle on dispose une seule écuelle par convive, sauf pour les maîtres de maison qui occupent la table d’honneur. Le tranchoir, large tranche de pain bis, permet de déposer la viande. Chaque table dispose d’un seul hanap empli de vin coupé d’eau qui circule pour étancher la soif de chaque convive. Celui -ci doit le vider d’un seul trait. Les valets goûtent à chaque plat avant de servir les mets pour éviter l’empoisonnement. En fin de repas, un verre de vin pur circule additionné d’un morceau de pain grillé, ou toustée ; l’invité que l’on honore vide le verre de la totalité du contenu : il porte une toustée (un toast).

Tuez, tuez tout ! Le Roy le commande !

Après bien des vicissitudes, l’hôtel de Clisson passe aux mains de la famille de Guise, en 1553, chef du parti catholique et de la Sainte Ligue. Le massacre des Réformés, dont les chefs sont présents à Paris pour le mariage de la princesse Marguerite avec le Roy de Navarre, futur Henri IV, se décide, d’après la tradition, au cours d’un repas auquel aurait aimé participer Catherine de Médicis qui apprécie trop les bons plats. Les chroniqueurs racontent que « se firent à la Cour plusieurs jeux, tournois et festins magnifiques, en l’un desquels la reine mère mangea tant qu’elle crut crever et fut malade en double de son dévoiement. On disait que c’était d’avoir trop mangé de culs d’artichauts et de crêtes et rognons de coqs, dont elle était fort friande ». Dans la nuit du 23 au 24 août, les cloches de Saint-Germain-l’Auxerrois sonnent à toute volée, non pour fêter la Saint Barthélemy, mais pour appeler le bon peuple catholique de Paris au massacre des Huguenots : « Tuez, tuez tout ! Le Roy le commande ! » Pourtant « il ne faut pas croire, rapporte Gourdon de Genouillac, que la religion seule aiguisa les poignards. Plusieurs catholiques reconnus pour tels périrent dans le tumulte. Des héritiers tuèrent leurs parents ; des gens de lettres, leurs émules de gloire ; des amants, leurs rivaux de tendresse ; des plaideurs, leurs parties. La richesse devint un crime, l’inimitié un motif légitime de cruauté, et le torrent de l’exemple entraîna dans les excès les plus incroyables des hommes faits pour donner aux autres des leçons d’honneur et de vertu. »

Le visiteur se console de ces sanglantes évocations en admirant l’architecture et les décorations intérieures de Germain Boffrand qui remanie l’hôtel, devenu de Soubise, à l’occasion du remariage du Prince Hercule-Mériadec, noble mûr et alerte de soixante printemps, avec Marie Sophie de Courcillon, jeune femme de dix-neuf ans déjà veuve d’un premier mari. Le Prince n’avait pas fait sien le conseil populaire qui affirme qu’ « on ne met pas de jeune biche dans la bauge d’un vieux sanglier ».
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L’hôtel, de Soubise.

Que la fête commence !

Se réservant le rez-de-chaussée, le Prince amoureux aménage pour sa belle des appartements princiers auxquels le visiteur accède par un escalier monumental. La décoration est une allusion permanente au sentiment inspiré par Marie Sophie à François. Les Grâces présidant à l’éducation de l’Amour sont exécutées par Boucher, Vénus et Adonis évoquent le commerce amoureux et Minerve, à la fois sagesse et puissance, prend en main une jeune fille pour lui enseigner l’art de la tapisserie. La beauté et la jeunesse sont célébrées par Van Loo avec Vénus à sa toilette et Boucher avec sa Vénus au bain. L’observateur malicieux découvre bien d’autres clins d’œil allusifs dans la petite chambre à coucher et dans le salon de la princesse. Le prince s’adonne aux disciplines de son âge et de sa condition, immortalisées dans son salon par huit bas-reliefs. La Poésie et les Arts plastiques, l’Histoire en présence du Temps et de la Renommée, la Musique et la Justice sont les œuvres d’Adam, La Fable et la Vérité, L’Épopée et la Tragédie, l’Arithmétique, l’Astronomie ont été sculptées par Lemoine.


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Banquet médiéval.


Une ombre passe en franchissant le seuil de l’hôtel de Rohan. Louis René Édouard de Rohan , ambassadeur et Grand Aumônier de France, se compromet et déstabilise le régime en acteur naïf de l’affaire du collier de la Reine. L’élève de l’Instruction Publique révise les récits d’Esope et La Fontaine dans le cabinet des fables aux boiseries bleues et or. Le naturaliste préfère le Cabinet des singes pour s’amuser au Bal champêtre, à La Balançoire, au Saut de mouton, à La Raquette et s’envoler dans l’air avec Les Bulles de savon. En gourmet délicat, amateur de soupers fins et de mignardises du XVIIIe siècle, il fait dresser le couvert, environné du Chaudron, de La Main chaude, s’éclairant au seul feu de La Chandelle. Supputant les drames et tragédies que l’Histoire lui réserve dans un avenir proche, il donne le signal : « Que la fête commence ! »

Tu avais donné ta parole d’honneur…

L’Histoire est pleine d’anecdotes et de suites de banquets tragiques, tel l’éloge funèbre en l’honneur de Michel Le Pelletier de Saint-Fargeau, président à mortier au Parlement de Paris et député à la Convention, assassiné chez Février restaurateur au Palais-Royal le 20 janvier 1793 (20 pluviôse, an 1 de la République), un jour avant l’exécution de Louis Capet. Ennemi d’une peine de mort généreusement distribuée, il vote néanmoins la mort du Roy. Un homme l’aborde et lui dit :« Tu avais donné ta parole d’honneur que toi, et vingt-cinq de tes amis, ne voteriez pas la mort du Roy ; tu as vendu ton suffrage et le leur ; reçois, misérable, le prix de ton parjure ». À ces mots, il lui plonge son sabre dans le cœur et s’évade. La Convention vote à Le Pelletier des funérailles nationales et ses cendres seront déposées au Panthéon où elles sont rejointes, l’année suivante, et pour quelques mois seulement, par celles de Jean-Paul Marat.

Demandez le programme, la liste des gagnants de la Sainte-Guillotine !

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« Jean-Paul Marat assassiné dans sa baignoire, 13 juillet 1793 » - Jérôme-Martin Langlois.

ô versatilité de la gloire populaire ! Le journaliste sarde, devenu citoyen de la république et l’Ami du Peuple par affirmation volontaire, est exécuté, le 13 juillet 1793 (25 messidor an 1), par Charlotte Corday : « J’ai rempli ma tâche, les autres feront le reste ». Considérée comme une sainte laïque par certains républicains modérés qui espèrent que son geste permettra l’arrêt des exécutions de la Terreur, la jeune normande aborde le supplice avec le stoïcisme et la tranquillité du devoir accompli. Lorsque la charrette qui l’amène place de la Révolution, aujourd’hui place de la Concorde, débouche de la rue Saint-Florentin, l’aide du bourreau veut lui cacher la vue sinistre des bois de justice : « Laissez, j’ai bien le droit de la regarder, je n’en ai jamais vu ». Dans la foule massée sur la place, les crieurs de gazettes haranguent leur clients : « Demandez le programme, la liste des gagnants de la Sainte-Guillotine ! »

Felix dies mortalibus

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« Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans » - Auguste Trouchaud.

Studieux et méticuleux, le chercheur n’appuie ses affirmations historiques que sur les preuves de documents écrits, bien qu ’il sache qu’il peut en exister de faux. li les découvre au cours des expositions, organisées en rotations trimestrielles pour éviter l’altération des pièces uniques par la lumière. Étant dans le temple des archives de la France, il rêve au destin épique de Jehanne d’Arc en déchiffrant un parchemin portant son paraphe. Le pèlerin s’interroge encore sur l’attitude du chapitre de Rouen à l’heure de la condamnation de La Pucelle. Depuis le XIVe siècle, les clercs ont le privilège de choisir un condamné à mort dans les geôles de la ville, de l’entendre en confession et de lui présenter le reliquaire de Saint Romain. Après avoir élevé trois fois le dais, en public, au-dessus du condamné, les religieux renvoient celui-ci en toute liberté. La population conduit l’heureux gracié jusque chez le maître de la Confrérie de Saint Romain en chantant Felix dies mortalibus. Un festin est alors servi à toute la compagnie avant de laisser rentrer chez lui le nouveau libéré. Pourquoi n’en a-t-on rien fait pour Jehanne ?



14 juillet 1789 : « Rien ».

Lors d’expositions à thème, le républicain s’attarde à la lecture du journal intime de Louis XVI qui inscrit à la date du 14 juillet 1789 : « Rien ».
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« Portrait en buste de Louis XVI » - Joseph-Siffred Duplessis.

Il respecte pourtant la clairvoyance et la probité civique du testament politique adressé par le ci-devant roy, le 3 août 1792, au Président de la Convention :

« J’ai accepté la Constitution. La majorité de la Nation la désirait. J’ai vu qu ’elle y plaçait son bonheur, et ce bonheur fait l’unique occupation de ma vie. Seul, je n’ai pas voulu mettre mes lumières à la place de l’expérience, ni ma volonté à la place de mes serments. J’ai dû travailler au bonheur du Peuple, j’ai fait ce que j’ai dû, c’est assez pour un homme de bien. Jamais on ne me verra composer sur la gloire ou sur les intérêts de la Nation, recevoir la loi des étrangers ou celle d’un parti. C’est à la Nation que je me dois, je ne fais qu’un avec elle, aucun intérêt ne saurait m’en séparer, elle sera seule écoutée ; je maintiendrai jusqu’à mon dernier soupir l’indépendance nationale. Les dangers personnels ne sont rien auprès des malheurs publics. Eh ! Qu’est-ce d’ailleurs que des dangers personnels pour un Roy à qui on veut enlever l’amour du Peuple ? C’est là qu’est la véritable plaie de mon cœur. Un jour peut-être le peuple saura combien son bonheur m’est cher, combien il fut toujours et mon seul intérêt et mon premier besoin. Que de chagrins pourraient être effacés par la plus légère marque de son retour. »

Combien d’hommes politiques s’engageraient aujourd’hui, avec une telle générosité, en connaissant le prix funeste à payer en cas d’échec, pour le seul bien public et le bonheur de la Nation ?


Jean-François DECRAENE


Musée de l’Histoire de France -
Centre Historique des Archives Nationales
Hôtels de Soubise & de Rohan
60, rue des Francs-Bourgeois 75003 - Paris
Musée de l'Histoire de France


Article mis en ligne en septembre 2014.

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