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Q.L N° 016 - PRINTEMPS 1982

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Dossier théâtre : suite et fin (?)


Voici la suite de notre "dossier-théâtre" : la première partie a paru dans le numéro 15. Nous vous rappelons ici que c’est la transcription d’une bande enregistrée au cours d’une Table Ronde sur le théâtre organisée par Quartiers Libres, avec la participation des troupes suivantes : TEP, Théâtre Présent, Astelle-Théâtre, le Bonhomme Rouge, le Centre Mathis, l’Atelier des Métamorphoses, le Théâtre Rituel, le Forum du Mouvement, le théâtre de l’Arche, l’Atelier d’expression de femmes.

La discussion de l’après-midi a été plus décousue, mais aussi plus chaleureuse : elle est donc plus difficile à transcrire. Nous n’avons pas retenu le début, où les troupes et les gens se sont assez longuement présentés les uns aux autres : nous vous renvoyons au numéro précédent du journal pour avoir les contacts avec ces troupes, au cas où vous souhaiteriez en savoir
davantage sur leur travail.

IV. La collaboration entre les troupes de théâtre

Claude Besson (Théâtre Rituel) : le Centre Mathis a un projet intéressant : faire collaborer les associations, déboucher sur des relations de travail avec le quartier. Mais il est dommage, au niveau de l’urbanisme, que ce centre fasse un peu "blockhaus" !

Marius Balbinot (Astelle-Théâtre) : dans la réalité, c’est difficile, cette collaboration entre associations. Vous avez dit que vous aviez un projet de fabrication de costumes (s’adressant à : l’Atelier des Métamorphoses) ; moi, pour les costumes, jusqu’ici, je me suis toujours adressé à un professionnel,
parce qu’il faut toujours que j’aille vite une fois que la conception d’ensemble est terminée. En ce qui me concerne, je vois d’abord la collaboration sous la forme d’un lieu dont je dispose, et que je peux mettre à la disposition de ceux qui le souhaitent, à la vôtre par exemple.

Marie-Thérèse Netter (TEP) : Je représente le TEP dans un certain nombre de réunions de quartier dans le 20ème. Je fais une chronique à Radio 20 , je suis un lien entre pas mal de gens dans le quartier, et je fais circuler l’information.

On a accueilli, au TEP, des troupes qui ne peuvent pas s’exprimer ailleurs.
Ce qu’on souhaite surtout, nous, c’est d’avoir des projets communs. En 82-83, Buisson et Grasset vont entreprendre de relier toutes les expériences passées, dans un effort encore plus grand de liaison et d’animation dans le quartier.

Michèle : D’autres théâtres pourraient avoir leur place dans ce projet ?

M.T.Netter : C’est trop tôt pour le dire. Une subvention assez importante à notre théâtre vient d’être débloquée…

Michèle : C’est combien, une subvention au TEP ?

M.T.Netter : L’année dernière, c’était 120.000F

Claude Besson (Théâtre Rituel) : Nous, on touche 5000F de la Ville de Paris !

M.T.Netter : Pour nous, c’est le fruit de 30 années de travail ! Et longtemps sans subvention- Nous n’avons pas du tout honte, nous trouvons que c’est encore peu : chaque année, nous touchons 250.000 spectateurs.
Revenons à la question des projets : si nous pouvons en avoir de communs, très bien, et nos moyens seront les vôtres, mais nous ne pouvons ni ne voulons subventionner d’autres démarches, nous voulons "faire avec" les gens. A un moment on a pensé faire un festival dans le 20ème : contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’initiative s’est révélée impossible. Les petits théâtres par exemple n’ont matériellement pas pu s’intégrer dans un programme et respecter les échéances.

C’est très difficile : nous n’arrivons à maintenir les liaisons sur le quartier qu’au moyen d’un groupe spécialisé.

En ce moment, il y a un collectif sur la Place de la Réunion (20ème) qui fonctionne bien, l’idée d’un carnaval pourrait peut-être être reprise. Je trouve aussi désolant que les théâtres du 20ème ne soient pas là !

Michèle : C’est peut-être parce que Quartiers Libres est plus implanté dans le 19ème, nous y avons plus de contacts directs… Un autre facteur de l’absence de "liaison"dont on a parlé est aussi le manque d’information.

Étienne : C’est frappant de voir à quel point le journal même reflète ce "patchwork" et l’absence de coordination.

Claude Besson : Oui ; il y a aussi des clivages qui se situent ailleurs. On a travaillé dans plein d’endroits, mais au Théâtre des Amandiers, à chaque fois, on nous demandait 50 F de l’heure ! Je connais le directeur et en 5 ans jamais rien ne s’est "passé" !

Étienne : Effectivement, un festival qui reflèterait des rapports de concurrence ne donnerait rien de valable…


V- Le théâtre dans le métro

Michèle : Nous allons changer de sujet : récemment, il y a eu, à Paris, une expérience un peu nouvelle : celle du "théâtre dans le métro" : comment cela s’est -il passé pour nos quartiers ?

M.T.Netter : Ça a été formidable ! Dépassé nos espérances… Gambetta, c’est notre station : on a fait des signalisations électriques, des peintures, et
exposé notre matériel, on a joué Musset. 10.000 personnes environ sont passées. Tous nos dépliants avaient disparu. C’est une preuves de plus que le théâtre n’a pas assez le souci de sortir de ses murs.

Étienne : Là encore, il n’y a eu aucune coordination
avec les autres troupes ?

MT.Netter : Non, chacun son monopole. J’ai fait mon travail pour vendre le spectacle du TEP à la direction artistique de la RATP, qui n’avait pas pensé à nous, au début. Tout le monde était très hésitant au début, j’ai dû me battre comme une diablesse !

Les conditions étaient difficiles, mais les résultats en valaient la peine : à chaque animation, il y avait au moins 300 personnes qui restaient, les gens
étaient vraiment attentifs.

Les comédiens étaient morts de trac d’entamer leur texte dans un lieu entièrement libre. J’ai eu un moment d’émotion très forte quand un comédien a attaqué à brûle-pourpoint la tirade de Fantasia, au moment où il avait remarqué l’interruption entre deux rames du métro.

Pour nous, ça a vraiment été une prise de conscience : on ne se rendait pas compte qu’il passait 10.000 personnes entre 16h30 et 20h. On en a discuté avec les responsables du métro : le spectacle était presque "interdit", les conditions de sécurité n’étaient pas assurées ; le métro est fait pour pousser la foule, pas pour la garder, pas pour qu’elle s’immobilise.

Michèle : Je crois que cette expérience dans le métro a été suivie par le TEP, et aussi par le groupe Baal , mais c’est difficile d’en parler à leur place, je crois qu’ils ont été contents aussi.


VI. Le théâtre et les gens

Michèle : On se demande souvent pourquoi les gens ont tellement envie de maîtriser l’expression théâtrale ; et ce sont souvent des non-professionnels ; je pense aux femmes de l’Atelier d’expression de femmes, ou encore aux lycéens… Comment travailler avec eux ?

P. Peyrou (Théâtre Présent) : Il y a de très grands progrès à faire dans la liaison entre professionnels et amateurs. Les professionnels ont toujours eu un peu peur de la concurrence des amateurs.

M.T.Netter : Le problème à mon avis est qu’il faut d’abord augmenter les spectateurs ! Par exemple j’ai lu un reportage sur une expérience en Belgique : il y a une structure du ministère de la culture qui permet l’attribution de salles à des amateurs. On s’est aperçu que l’existence d’un travail en profondeur des amateurs avait permis d’accroître la clientèle des théâtres professionnels. Ils n’ont pas du tout vu ça comme un danger. Leur deux formes d’activité sont la constitution de relais pour faire circuler les salles, les projecteurs, le matériel, et tout un travail de liaison.

Pierre Peyrou : Mais regardez ce qui se passe ici : les moindres animateurs, dans la moindre Maison de la Culture, courent à la subvention. Ce pullulement est tragique pour nous.

Claude Besson : Les professionnels, par chômage, par insatisfaction, ont de toute façon d’eux-mêmes commencé à casser les structures traditionnelles.

Marius Balbinot : Bien sûr ; mon travail à moi, par exemple, est typiquement une imposture aux yeux du traditionalisme. Je ne peux pas payer mes comédiens autrement que sur les recettes à venir. Il ne peut plus exister de théâtre professionnel dans l’absolu. Pour le travail théâtral d’ailleurs, c’est meilleur. On a vu disparaître le cabotinage. Tout a volé en
éclats, tout est devenu possible. Mais c’est angoissant aussi : on ne voit pas naître de nouvelles structures.

Tous mes comédiens doivent travailler en dehors des soirs de spectacle. Et ils veulent aussi déboucher, être connus, s’entraîner. Moi, je fais tout le reste,
et il n’y a plus de forces pour développer notre implantation dans le quartier.
Je suis en plus écrasé par les dettes…

Pierre Peyrou : Le TEP lui-même au départ n’a rien fait d’autre que travailler au pourcentage. Ce n’était pas une structure professionnelle au point de vue fric. Mais ce n’est pas le lieu du débat de se lancer dans ces méandres.

Étienne : Au contraire, c’est une des choses les plus vivantes qu’on ait entendues depuis le début ! Cela me semble important de dire que le théâtre a retrouvé ses structures artisanales !

Pierre Peyrou : Mais il faudrait des places à 300 F par spectateur ! Le théâtre artisanal a capoté faute de moyens. Il ne peut plus vivre sans recourir aux subventions. Le théâtre est en difficulté parce qu’il n’a pas su amener un nouveau public.

Marius Balbinot : Moi, je trouve au contraire que le théâtre est très vivant, qu’il éclate dans tous les sens. Il y a des excès de toute sorte, mais le théâtre est en état de recherche, il y a une pulsion de création.

Pour le public : c’est le problème de l’audio-visuel, qui en prend une partie. C’est la civilisation des loisirs qui vide : Paris les week-end.

Irène Exiga : Le public est fantasque, certes, mais l’acteur fait son public aussi avec sa façon de jouer…

Pierre Peyrou : Dans le Théâtre de l’Opprimé, le spectateur fait "son " théâtre. Mais même dans cette expérience, c’est pour une tranche d’intellectuels, c’est pas l’ouvrier ou le plombier du coin !

Françoise Dubocq : Non, ça dépend des lieux où ils ont joué : ils sont passés dans des lieux incroyables, ils se déplacent, vont dans les entreprises…

La fin du débat est difficile à transcrire : il y a eu des discussions à bâtons rompus, des échanges d’adresses, la promesse d’essayer de se revoir. Nous voudrions que ce débat ne s’en tienne pas là, et nous espérons que nous aurons d’autres occasions de confrontation avec les troupes, professionnels
ou "amateurs". Nous sommes toujours prêts d’autre part et bien sûr à passer dans nos colonnes toutes informations concernant le théâtre, la vie des troupes, les échanges qui ont lieu.

Lire la première partie dans le Quartiers Libres n°15 : Dossier théâtre : Table Ronde



AU TEP : Unité d’échange entre la création artistique et les publics

Que les salles d’un théâtre soient pleines, c’est bien et ce n’est pas si fréquent. Que son public ne soit pas "parisien" mais d’abord et aussi un public de quartier, c’est bien et ce n’est pas si fréquent.

Pourtant, l’équipe du TEP se disait à elle-même et à d’autres que ce n’est peut-être pas suffisant. Que certes, beaucoup viennent au TEP mais qu’ils sont encore plus nombreux ceux qui n’y viennent pas. Ces gens qui n’y entrent jamais peuvent (peut-être) vivre sans lui. En tous cas lui, le théâtre, ne peut vivre sans eux, qui sont les habitants du territoire où il est bâti.

Et c’est précisément pour rencontrer ceux-là que le TEP s’est donné une "Unité d’échanges entre la création artistique et les publics". La première envie de cette"unité" a été de raconter d’anonymes histoires des quartiers du TEP à travers des vies de familles. Des histoires comme les autres vécues par des gens comme tout le monde, que nous irons entendre"chez eux". Plonger dans la mémoire des arrondissements de l’Est de Paris, rechercher
des traces de souvenirs dans la rue, les escaliers, les bistrots, les squares, les jeux de boules, les maisons…

Nous ne poserons pas des questions ou le moins possible. Nous nous laisserons conduire au gré du bavardage autour de la famille, de ses rites, de ses fêtes, des rêves, des habitudes. Les objets, les conflits, les peurs, les expériences des familles, celles qui ont traversé les grèves de 36, la guerre,
les manifs, le chômage ; celles que portent la maladie, les fêtes, les naissances, tout cela mêlé et qui fait des vies de famille mais aussi un quartier, une atmosphère, une histoire. Peut-on dire une culture, et qui se dissimule derrière le banal, l’anodin.

C’est cela que nous avons envie de rencontrer pour écrire des histoires, monter des spectacles, réaliser des émissions vidéo, ou des expositions qui ne soient pas seulement un livre de plus, un spectacle de plus, une photo de plus. Qui soit (peut-être) autre chose, dont on sait l’existence.

Trois chemins nous y mèneront :
+ Celui de créations confiées à des artistes. Des auteurs, des metteurs en scène, des photographes, des musiciens, des réalisateurs d’émissions vidéo, des marionnettistes, ensemble et chacun pour lui-même, feront naître des œuvres du croisement, de leur émotion, de leur sensibilité avec celles d’habitants du quartier.
+Celui d’ateliers installés auprès de certains groupes d’habitants, animés par des artistes : des spectacles, des émissions, des expositions naîtront de ces pratiques amateurs et se frotteront, se croiseront avec les premières.
+ Celui enfin de projets originaux que les différentes associations, collectivités, ou institutions pourraient élaborer et conduire sous leur propre responsabilité et que nous aiderons matériellement. À l’automne prochain, les productions de ces différentes démarches seront présentées à l’intérieur du TEP comme à l’extérieur et contribueront durant trois mois à interroger collectivement, de façon vivante, la vie quotidienne de l’Est de Paris. Gageons qu’à l’issue de cette première aventure "Histoires de quartiers, histoires de familles", nous aurons tissé un réseau de relations humaines assez profond pour féconder d’autres projets.


Mis en ligne en mars 2014.

Quartiers Libres, le canard de Belleville et du 19ème (1978-2006) numérisé sur le site internet La Ville des Gens depuis 2009.

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La Ville des Gens - Salvatore Ursini

Rédacteur – Chargé des relations avec les publics

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Réactions
par Milena Torriani Menoud - le : 10 avril 2014

Dossier théâtre : suite et fin (?)

Je cherche l’adresse de Marie-Thérèse Netter Baier

Répondre à Milena Torriani Menoud

le : 11 avril 2014 par Salvatore en réponse à Milena Torriani Menoud

Dossier théâtre : suite et fin (?)

Bonjour,

Cet article datant de 1982, nous n’avons pas l’adresse de Marie-Thérèse Netter Baier.

La Ville des Gens numérise les archives de la revue Quartiers Libres qui a arrêté sa version papier en 2008.

Je transmettrai néanmoins votre demande à Mme Angénieux qui était responsable de la revue jusqu’à la fin.

Je reviens vers vous si j’obtiens des informations.
Bien à vous.
S.Ursini

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