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Dossier

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LA PEUR : imaginaires de l’insécurité dans le 19e


DOSSIER Coordonné par Jean-Paul Haghe avec la participation d’Alain Angelie, Jean-Marc Topenot et Françoise Crouzette

Quartiers Libres consacre ce dossier à l’insécurité dans le 19ème. Avec l’approche des élections légilatives de 1985 et la sortie probable, et prochaine
…, d’un livre blanc de la Mairie qui lui est consacré, ce thème va avoir les faveurs de toutes les conversations et polémiques…

Or, nous avons délibérément écarté le registre par lequel les politiques ou les médias traitent généralement ce sujet : vous ne trouverez ici aucun chiffre, aucun témoignage de victimes. Nous ne nous sommes attaché qu’à recueillir les témoignages de ceux et de celles qui disent la vivre, qui
l’étudient ou qui en vivent…


Contribution
Imaginaire de l’insécurité

Ce terme d’insécurité est, a priori, suspect à cause du mouvement de sens qu’il impose par sa saisie dans une relation binaire : sécurité-insécurité excluant le lieu et les conditions de sa réalisation. De plus il renvoie à une perception de la réalité sociale qui passe par une série de déterminants individuels portés par le thème d’imaginaire ou de sentiment.

Déterminants multiples, difficiles à saisir, à structurer en un ensemble cohérent, porteur de sens à cause de l’unicité "imaginaire" que ce singulier induit en gommant les situations sociales concrètes.

les interviews réalisés par le journal sur ce thème illustrent bien cette difficulté à saisir ce "sentiment" dans une grille de lecture univoque ou faisant référence à une induction simple du type causes-effets. Ils révèlent également la confusion qui
existe entre une expression qui désigne une crainte diffuse, impalpable ou recouvrant de nombreux objets, personnes, situations et l’expression d’une peur précise en rapport direct avec une activité ou une situation donnée.

Ce préambule n’a pour objet de nier l’existence de cette réalité des insécurités vécues, semble-t-il, par un nombre important situées à des degrés divers de la hiérarchie sociale et vivant dans des conditions très différentes.

Ce qui peut et doit être contesté, c’est l’existence "d’un" sentiment, "d’un" imaginaire, et "d’une" insécurité. Ces remarques ont également pour objet, en confirmant l’ existence "des" sentiments, "des" imaginaires d’insécurité de relativiser la liaison établie entre insécurité et délinquance.

Cet amalgame, cette identification simple, immédiate du danger et de la cible ne correspond pas à la réalité et provoque des comportements qui sont source de danger pour soi-même et les autres. Et les multiples solutions radicales qui ont pu être proposées dans cette perspective n’ont pas, depuis maintenant plus d’un siècle et demi pour s’en tenir à la société industrielle, apportées de résultats incontestables ; qu’ils s’ agissent de la peine de mort, la vengeance personnelle, la relégation, l’auto-défense, l’enfermement systématique et définitif… Pas plus que n’a pu être démontré un lien direct entre la criminalité saisie, son augmentation ou sa régression et une situation socio-économique donnée ou la liaison entre des caractéristiques individuelles précises, permettant une action préventive, et le passage à l’acte.

Les nombreux travaux qui ont pu être menés dans ce champ révèlent plutôt une profonde relativité que la mise en évidence d’une liaison simple et d’une solution efficace, rapide et radicale.

Le Paris du début du 19ème siècle, tel qu’a pu le décrire Louis Chevalier, était lui aussi dominé, peut-être plus massivement qu’aujourd’hui, par ces sentiments d’insécurité et en reprenant les débats politiques, les articles de journaux,… de cette période, nous réalisons les convergences avec certains discours, éditoriaux actuels et également que les solutions concrètement appliquées dans cette perspective n’ont toujours pas assuré l’effet souhaité quel qu’en soient la "sévérité"

Au contraire ce champ est caractérisé par une grande indétermination, par l’impossibilité qui existe à désigner une, des causes isolables. C’est un domaine dans lequel la causalité n’a pas de sens, cette situation est la caractéristique essentielle du champ. De plus, ce processus n’est pas marginal par rapport à l’ensemble de l’activité sociale : la déviance/ la délinquance sont au cœur des rapports sociaux. Ils jouent un rôle important, central d’organisation/ ré-organisation de la vie en société.

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Photo A.A.


Ce fait, se marque, par exemple, dans la conjugaison systématique entre une dénonciation de l’insécurité régnante et l’absence, la disparition d’un ordre moral.

Dans le même mouvement, ce constat d’absence d’un ordre moral accepté, partagé rend caduc sa présence extériorisée : la LOI et son application ne peuvent offrir qu’une protection formelle. C’est pour cette raison que la position de victime est souvent vécue comme une exclusion sociale.

Dans le même temps, les insécurités et les discours sur l’insécurité sont un lieu de socialisation par la mise en commun des expériences négatives à travers une multitude de conversations et de publications assurant une cohésion : l’insécurité, comme la pluie et le beau temps, permet d’assurer un échange social minimum. Cette rumeur composée de multiples récits juxtaposés assure, produit de la sociabilité.

Par ce lien minimum, il devient possible dans une situation économique et sociale difficile de gérer son existence dans la cité en relation, en convergence avec les "autres" avec lesquels, semblables et différents, nous communiquons.

Aussi combattre, lutter contre ces sentiments d’insécurité, c’est aussi, et peut-être surtout avoir la possibilité d’assurer autrement un lien social dans une période de profondes mutations.


Francis Bailleau (sociologue)



Nouveau tableau des quartiers Est au 19ème siècle. Chapitre 3 : Crimes

Genèse

En Septembre 1890, à la 11ème chambre de police correctionnelle, voici venir avec sa mère une fillette "à la physionomie rose et éveillée". La mère est
manœuvrière rue de Crimée. Celle-ci déclare : "J’ai eu Cinq enfants, il m’en reste quatre, quatre filles. Celle-ci est mon avant dernière. Je ne peux pas la
tenir à la maison. Elle vagabonde sans cesse. J’ai bien du malheur avec mes enfants. Je veux retourner dans mon pays. Si je reste à Paris, toutes mes filles
se perdront. L’ainée a 18 ans, elle vit avec un homme. Une autre, 16 ans, elle se conduit mal. Celle qui est là sur le banc, se livre à la prostitution malgré tous les efforts que je fais pour l’en empêcher. Elle a une vilaine maladie. J’ai encore une fille de 6 ans. Si je reste à Paris, elle tournera mal…
". La fillette de 13 ans est condamnée à la maison de correction, jusqu’à l’accomplissement de sa vingtième année.

Ambiances

Voyous, souteneurs, rôdeurs de barrières, bandits de La Villette et de Belleville sont alors les cibles de la presse Parisienne qui découvrait le fait
divers :

Le 1er Mars 1889, "Le Matin" annonce que la bande de Pantin qui terrorisait les habitants du 19ème arrondissement a été arrêtée. Sept hommes et quatre
femmes, "des prostituées de l’espèce la plus abjecte" ont été arrêtées dans des hôtels borgnes de la rue Curial, de la rue du Maroc et de la rue de l’Ourcq. Et de nommer quelques bandits : GRISON dit le capitaine, 23 ans ; COLIN dit le lieutenant ; BAVARD dit l’avocat ; X … dit Gniaf ; un allemand dit l’Alboche ; X… dit la Terreur des quatres chemins. "Ils étaient
armés de revolvers et de poignards
".

Le 12 Mars 1889, "Le Matin" : "Une ouvrière pollisseuse rentrait chez elle, hier soir, ayant touché le produit de sa semaine. Elle était arrivée à la hauteur du Boulevard de La Villette, quand, tout à coup, elle s’arrête épouvantée. Deux rôdeurs, aux allures sinistres surgirent devant elle en criant "de l’argent" et en tentant de l’étrangler… ". Ce Boulevard allait être le lieu de l’assassinat d’un cocher par des "bandits" en août de cette même année ("Le Matin" du 31 août).

La fièvre du samedi soir

La présence des multiples guinguettes et autres salles de spectacle favorisait de gigantesques batailles rangées ; en particulier entre les "souteneurs" et les rudes bouchers de La Villette, plus musclés et plus experts au couteau. Souvent, l’arrivée de la Police, les
faisait se réconcilier sur son dos.

"Le Matin" du 3 Janvier 1897 : "Une bagarre a éclaté vendredi soir à la sortie d’un bal publique, rue d’Allemagne (Avenue Jean-Jaurès). Les agents durent intervenir et poursuivre une bande de souteneurs qui avaient pris la fuite. Arrivé rue de Meaux, l’un des souteneurs se retourne et tira des coups de révolver sur un agent… "


L’apogée des apaches

Si l’on en juge par les commentaires de la Presse et la rumeur publique, du côté de La Villette et de Belleville, l’avant guerre, c’est l’apogée des apaches.
"Les nuits rouges de La Villette"… ou de Belleville. C’est le titre habituel des faits divers.

28 Mars 1910 : "une quarantaine de souteneurs se sont pris de querelle hier matin, pour les beaux yeux - ce qui signifie protection- de deux de leurs compagnes. Dans un débit de vin, du 30 Bl de La Villette, couteaux et révolvers sont sortis des poches. Mêlée générale. Deux agents survenant, les adversaires réconciliés leur tombe dessus. La Police doit appeler des renforts. Une fusillade éclate dans la rue d’Aubervilliers. Trois bandits ont pu être arrêtés. Ils demeurent rue Curial".

22 Février 1910 : "Nuit rouge dans le 19ème arrondissement… quatre malheureux, dont deux soldats, tombent sous les coups de malandrins inconnus, dans différents endroits de cet arrondissement. Le soldat L… passait rue d’Allemagne quand deux individus
lui tombèrent dessus.
"

En Avril 1910 : C’est l’affaire de la tête coupée de la rue de Botzaris. On découvre que c’est la tête d’une prostituée qui en"jaspinant" avait provoqué l’arrestation d’un interdit de séjour affilié à une bande. Un tribunal d’apaches, constitué de membres de la bande avaient condamné la malheureuse à mort. Au cours d’un repas qui avait réuni tous les juges, on avait tiré son
bourreau au zanzibar…


Épurer Paris

Sous le titre : "La guerre aux apaches", les lecteurs du journal "Le Matin" de Janvier 1907 nous disent comment procéder en Neuf mesures :

1/… Permettre aux autorités de fermer les bars,
hôtels borgnes…

2/… Interdiction au commerce de vendre des révolvers, interdiction du port : d’os de mouton, casse tête, poignards,…

3/… Étendre les pouvoirs de la Police : autoriser les agents à arrêter sans qu’il soit besoin d’autres délits, tous les rôdeurs nocturnes…

… Augmenter les effectifs de la Police…
Il serait nécessaire que les agents soient assurés que les arrestations soient suivies d’effets.

4/… Enquête plus sévère sur les moyens d’existence des rôdeurs… _ Utilisation d’un fichier de suspects…

7/… Répression plus sévère…

8/… Applications des peines corporelles aux malfaiteurs …

9/… L’application rigoureuse de la peine de mort.


Jean-Paul

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Descente de police dans les carrières d’Amérique.





Point de vue
Information sécurité

« Pour vous, à quoi l’insécurité correspond-elle ? »

Tout d’abord à une réalité. Il suffit d’être à l’écoute des préoccupations des habitants du 19ème arrondissement, et des Parisiens en général, pour savoir que l’insécurité est l’un des problèmes malheureusement d’actualité.

Mais il serait une erreur que de ne parler que de l’insécurité, sans évoquer le sentiment qui l’accompagne. Et je voudrais à ce sujet insister sur la responsabilité qu’ont certains média dans le développement de ce sentiment d’insécurité ainsi que certains hommes politiques. Je pense bien évidemment à une certaine forme de presse écrite et à la surenchère à laquelle une partie de la classe politique pousse l’autre. C’est regrettable.

En ce qui nous concerne, notre position est claire : l’insécurité est une réalité, il faut la combattre -et j’espère que nous reviendrons sur les moyens de le faire- mais il ne faut admettre à son sujet ni surenchère démagogique, ni hystérie comme c’est trop souvent le cas.

« Habitant du quartier, comment vous apparait-elle ? se développe-t-elle, comment la comprenez-vous et la maîtrisez-vous ? »

Comme tout phénomène de société, la délinquance n’est pas spontanée. Ses causes sont multiples et fort complexes. Disons pour simplifier qu’il existe une part de responsabilité sociale, collective, et une part individuelle -la responsabilité individuelle- qui appartient au délinquant.

Je préfère donc développer notre conception en matière de traitement de la délinquance, qui soit à même de proposer des solutions dans lesquelles tout le monde puisse se reconnaitre. Quatre axes animent cette-conception : prévention, dissuasion, répression et réinsertion.

Prévention : Tout doit être mis en œuvre pour que le délinquant ne le devienne pas. Le travail commence dès la prime enfance ; et là intervient le rôle très important des parents. L’éducation, la qualité de la vie -urbanisme, culture, loisirs, scolarité, puis formation étudiante ou professionnelle, ainsi que la possibilité de trouver un emploi- sont des facteurs de prévention.

Une des récentes mesures prise par l’actuel gouvernement, et dont nous attendons beaucoup, est la création du Conseil National de Prévention de la Délinquance et de l’Aide aux Victimes, qui correspond à l’idée que nous nous faisons de la prévention.

Dissuasion : C’est essentiellement le rôle de la police. Par une présence dans la rue, la police doit dissuader les malfaiteurs de passer à l’acte. Et il n’est pas possible de parler de dissuasion sans évoquer l’ilotage, qui nous semble devoir être la base d’une politique de dissuasion. Mais attention, pas d’excès.Comme l’a dit récemment Pierre JOXE, Ministre de l’Intérieur, la France doit-être un état : « Policé mais non policier  ».

Répression : Quand l’acte a été commis, la société doit se défendre, par l’intermédiaire de la police et de la justice, en excluant tout autre forme, notamment l’auto-défense.

C’est normal, logique, et correspond à l’attente de la majorité des citoyens. En fonction de la gravité et des circonstances dans lesquelles l’acte a été commis, la sanction doit être adaptée et modulée. À ce sujet, il ne faut pas oublier que la prison, pour les délinquants primaires, n’est pas toujours la meilleure solution, quand elle n’est pas la pire.

La prison fabrique en effet des délinquants. Nous pensons donc que pour les petits délits, souvent commis par des délinquants primaires, et uniquement dans ces cas là, les peines dites de substitution et d’intérêt général sont une bonne chose.

Il ne faut pas tenter le diable ! Mais attention : auto-responsabilité ne veut pas dire auto-défense. Nous rejetons toute forme de lutte contre la délinquance qui ne soit conforme au droit ou aux institutions. Nous sommes avant tout des légalistes.

Je crois avoir déjà répondu à la première partie de votre question.

En ce qui concerne le fait de savoir si la lutte contre la délinquance est du seul ressort des institutions, notre réponse est non. Chacun d’entre nous doit se sentir concerné. Une des causes de la délinquance urbaine est la désagrégation du tissu social.

« Comment envisageriez-vous un débat avec les habitants du quartier ? »

Je pense que l’association « Information-Sécurité » est le lieu privilégié pour engager une discussion avec les habitants du quartier. Nous avons d’ailleurs tenu un stand à l’occasion de la fête des associations qui a eu lieu sur la Place des Fêtes. Et je ne saurai qu’inviter les gens souhaitant mener une réflexion sereine sur la question à prendre contact avec nous.

« Peut-on vaincre la délinquance uniquement par la répression ? la lutte contre la délinquance est-elle seulement du ressort des institutions,ou pensez-vous que chacun d’entre nous doit s’ auto-responsabiliser ? »

En clair, cela veut dire que plus personne ne se connait. L’indifférence est le meilleur ami de la délinquance. Il faut recréer les liens entre les habitants d’un immeuble, d’un quartier.

Le mouvement associatif a à cet égard un rôle important à jouer. De plus, je dirai que chacun de nous doit prendre un minimum de précautions pour ne pas tenter ni faciliter la tâche du délinquant. Par exemple, il ne faut pas laisser d’objets de valeur dans une voiture, ni de pièces d’identité.

Ayez de préférence un auto-radio antivol. Ne coupez pas le compteur électrique de votre appartement en partant en vacances, vous aidez les cambrioleurs à vérifier, si la sonnette d’entrée fonctionne, si vous êtes présent ou absent.

Un des buts de notre association est de prodiguer des conseils de ce type, je dirai presque de contribuer à l’éducation des gens en matière de sécurité, de façon à les rendre moins vulnérables.

Enfin, réinsertion : La société a intérêt à ce qu’un délinquant, en sortant de prison, redevienne un individu capable de retrouver une vie sociale normale, et ne soit pas tenté par la récidive.

Intérêt économique d’abord : la délinquance coûte cher. Satisfaction morale ensuite : chaque délinquant remis "dans le droit chemin" est une victoire pour tous.

Tout ceci nécessite la mise en place d’une politique de réinsertion incluant notamment des programmes de formation scolaire et professionnelle pour les détenus. Il faut à tout prix que le nombre des récidivistes diminue. C’est une question vitale.

Dans le cadre des Commissions Sécurité dont Jacques Chirac est plus ou moins l’initiateur, quel rôle votre association peut-elle être amenée à jouer ?

Je crois savoir tout d’abord que ces commissions ont été crées, à Paris comme dans beaucoup d’autres villes ou départements, à l’initiative de Maires mettant en pratique les recommandations du rapport établi par la commission de Maires de France, présidée par Monsieur Gilbert BONNEMAISON, maire d’Epinay sur Seine.

Je vous rappelle que cette commission, constituée d’élus de toutes les tendances politiques, avait été installée à l’initiative du gouvernement, et chargée d’une mission sur les solutions à apporter à la délinquance.

Parmi ces solutions, la création d’un Conseil National de Prévention de la Délinquance et d’Aide aux Victimes, installé récemment par le Premier Ministre ainsi que des Conseils Départementaux, et des Conseils Communaux.

Monsieur CHIRAC s’est donc conformé aux recommandations du rapport de la Commission, et nous nous en félicitons, tout en émettant un certain nombre de réserves sur lesquelles nous reviendrons. Nous ne pouvons cependant qu’exprimer des regrets sur la façon dont se sont mises en place ces commissions, c’est à dire de façon trop distraite à notre goût. Nous n’avons en effet à aucun moment été associés à cette création par la Mairie de Paris,
bien que membres du C.I.C.A.(Comité d’Initiative et de Consultation d’Arrondissement) du 19ème arrondissement.

De même, nous n’avons pas été consultés lors de l’élaboration du "Livre Blanc" sur la sécurité dans le 19ème, dont nous n’avons d’ailleurs pas eu connaissance en son temps.

" Que pensez-vous de ces Commissions sécurité, et de la nomination à leur tête, plus exactement à leur Présidence, de Monsieur Romerio ?"

Nous aimerions que ces commissions ne laissent pas de côté l’aspect préventif et dissuasif de la lutte contre la délinquance. J’ai développé précédemment les 4 volets d’une action efficace contre la délinquance.

Si l’on privilégie l’un des quatre par rapport aux autres, cela ne peut d0nner de bons résultats.

Envisager une action uniquement préventive serait aussi stupide que de vouloir résoudre le problème uniquement par la répression.

La lutte pour la tranquillité publique est un tout ; et à ce sujet, la personnalité de François Romerio, par ailleurs Président de l’association "Légitime Défense" dont les prises de position en faveur d’un certain type de solutions, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles sont démagogiques et outrancières, sont bien connues, nous pose problème. Nous craignons en effet que ne soit pris en compte au sein de cette commission parisienne que l’aspect répressif de la question.

Dans cette hypothèse, nous ne pourrions bien évidemment être "sur la même longueur d’ondes", et il serait alors d’autant plus nécessaire d’affirmer notre différence par rapport aux partisans du "tout répressif", de façon à proposer aux parisiens les solutions qui nous semblent être les seules efficaces pour lutter contre ce véritable fléau social qu’est la délinquance.

"Quel est le bilan de l’activité de l’association et quels sont vos projets pour l’avenir ?"

En ce qui concerne notre action passée, je citerai : l’organisation dans des locaux que je crois être situés au même endroit que les autres d’une réunion publique sur les conclusions du rapport de la commission des Maires de France (communément appelée Commission BONNEMAISON) avec la participation d’un magistrat ayant travaillé avec cette commission, une prise de position exprimée par voie de tracts sur les problèmes que posaient la présence de squatters rue de Flandre. ainsi qu’une réunion de travail avec le secrétaire d’État à la Sécurité Publique d’alors, au cours de laquelle nous avions attiré son attention sur les risques d’auto-défense liés à l’existence même du "squatt" et enfin la participation à une émission sur les ondes de la station locale de radio "CANAL 89".

Pour ce qui est de l’avenir, il suffit de reprendre les termes de nos statuts :
 
1) Promouvoir l’information sur les problèmes de sécurité,
_ 2) Analyser le sentiment d’insécurité,
_ 3) Apporter aide et conseil aux victimes,
_ 4) Être l’interlocuteur des administrations. associations et collectivités locales dans le cadre des actions qu’elles pourraient entreprendre dans un but identique à celui de l’association.
 
En conséquence, un de nos buts est l’ouverture d’un bureau d’aide aux victimes.

Les choses se présentent plutôt bien : une permanence téléphonique à des horaires pour le moment irréguliers, fonctionne d’ores et déjà, et s’efforce de conseiller les victimes, et d’une façon plus générale tous ceux qui se posent des questions sur la sécurité.

Le numéro en est le 607-72-87, de façon provisoire. Nous espérons, grâce aux demandes de subventions que nous avons déposées auprès des pouvoirs publics et des collectivités locales dont la Mairie de Paris et le Conseil Régional d’Ile de France. être en mesure d’avoir bientôt un local ouvert au public, environ 2 heures par jour pour débuter, où chacun pourra trouver information, aide et conseil de tous autres (psychologique, pratique ou juridique).

L’aide aux victimes est une chose essentielle, et nous avons beaucoup d’ambitions à ce sujet.

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On attend toujours, alors un petit effort messieurs les conseillers…

Vous savez qu’il y a en ce moment une série de cambriolages dans votre quartier…

Portes blindées

C’est toujours ainsi que Georges appâte le client. Georges vit de la peur des gens, il fait du démarchage chez P. les particuliers pour des blindages de porte.

Une gueule sympathique, l’air convaincant, c’est un vieux routier du colportage ; il a abandonné l’assurance-vie pour ce secteur en pleine expansion… Il a sa rubrique d’histoires effrayantes pour chaque catégorie de clients potentiels.

Les plus faciles à convaincre sont les petites vieilles. Il suffit de reprendre la dernière rumeur d’agression ou de casse que la concierge de l’immeuble s’est fait un plaisir de lui raconter. Il en rajoute un peu : parle d’économies de toute
une vie disparues, de misère à la clef, puis de paiement de son blindage à tempérament et l’affaire est enlevée. Les vieux constituent l ’essentiel de ses ventes . Autre grosse clientèle : les cadres moyens qui commencent à s’installer dans le quartier (Belleville). Ils sont tous dépaysés, effrayés par le cosmopolitisme du lieu… C’est parmi eux qu’il tombe quelquefois sur un fanatique de la protection. Il est obligé alors d’entrer dans la réthorique technique : aciers spéciaux, gongs renforcés, verrous inviolables…

Georges aime son métier, il se fait un plaisir de faire entrer le doute dans l’esprit des plus réticents, même s’il voit qu’ils ne lui achèteront pas ses blindages.

Que de fois aux répliques : "… nous sommes bien assurés… ", "il n’y a rien à voler chez nous… " n’a-t-il pas fait sentir quel serait le traumatisme
de retrouver son appartement souillé et désordonné, le cadeau auquel la dame tenait tant envolé…

Georges explique que le potentiel de clientèle est énorme, la concurrence inexistante et la vente facile.
 
Le marché de la peur à de beaux jours devant lui… Avis aux nouveaux créateurs d’entreprises…



Pratique
Insécurité : imaginaire et réalité

Partout, dans les journaux, à la télévision dans les déclarations des hommes politiques le sentiment d’insécurité tient une place de choix. Nous pouvons constater qu’il s’agit là d’un thème mobilisateur.

La source de cette insécurité réside nous dit-on dans la petite délinquance. Cette petite délinquance a un visage : le jeune d’origine étrangère (bronzé de préférence), en situation d’échec scolaire, familial, professionnel, habitant dans une cité HLM, et "trainant" à longueur de journée dans la rue.

Afin de faire face à cette situation, nos politiques, journalistes et autres spécialistes, à grand renforts de publicité, nous proposent des solutions et opérations. Ces propositions s’articulent dans leur ensemble autour des concepts de répression et de prévention :

- La répression doit être accentuée, et la police principal instrument de cette répression, renforcée dans ses moyens financiers et juridiques.

- La prévention, corolaire de la répression, est souvent conçue comme un encadrement sérieux des populations à risque.

Les meilleurs exemples de prévention promus étant la généralisation dans les cités ouvrières d’unités d’ilotage, la mise en place de vacances encadrées par Monsieur Trigano et son Club Méditerranée, quelques CRS et animateurs.

La prévention se limite alors à un encadrement une surveillance accrue, un véritable déplacement organisé de population pendant les périodes dites chaudes.

Ce type d’action favorise l’idée, déjà fort répandue, de la dangerosité des jeunes des cités, et légitime d’une certaine manière une peur débouchant trop de fois sur les actions meurtrières des "dingues de la 22 long rifle".

Cette prévention à caractère publicitaire ne s’attaque qu’aux effets de la petite délinquance, et ne traite en aucun cas les causes profondes.


On peut s’interroger sur le bien fondé de cette publicité, qui, sait-on par ailleurs, n’a de propositions catastrophiques que décuplée et grossie par une certaine presse, en servant d’alibi à certains courants politiques, avides de sensationnel et en manque de voix électorales.

Afin d’assouvir leur soif de pouvoir, ceux-ci n’ hésitent pas à rendre la population craintive et à stimuler la croyance profondément ancrée chez certains, mêlée de racisme, qui veut que tous les problèmes soient dus à des minorités facilement attaquables, puisque plus fragiles socialement et économiquement.

En effet, on remarque à chaque période de crise grave, et dans n’importe quel pays que la "faute" dans le sens biblique du terme est attribuée aux minorités vivant au sein de la société en question. Ex : l’Allemagne nazie avec ses juifs, les États-Unis avec ses noirs ou communistes.

En France, on oublie bien vite que les besoins économiques de la nation et son passé colonial ont provoqué l’arrivée sur le territoire métropolitain de masses de travailleurs étrangers "importés" par des industriels qui avaient besoin de main d’œuvre moins chère et moins qualifiée que les ouvriers français.

Il faut préciser aussi qu’à l’époque,la crise n’étant pas encore visible à l’horizon, le problème du chômage ne se posait pas et les prévisions étaient tout à fait optimistes.

La situation a évolué dans les 15 dernières années et surtout depuis 1974 avec le premier choc pétrolier et la fermeture des frontières aux ouvriers immigrés.

Mais les immigrés résidant en France se sont intégrés à leur manière et avec leurs moyens à la société d’accueil. La France est devenue le pays de leurs enfants, qui sont français à part entière, sauf s’ils décident de garder leur nationalité d’origine, ce qui est le plus élémentaire de leurs droits.

Il n’empêche que Français d’origine étrangère ou étranger résidant en France légalement, ces gens ont acquis des droits, qui sont de plus en plus grignotés par les pouvoirs successifs.

On remarque que les laissés pour compte dans ce pays, où l’on commence à prendre conscience de l’existence du quart monde et des "nouveaux pauvres"
sont des personnes appartenant au monde ouvrier et des travailleurs étrangers peu ou pas qualifiés. Ils composent cette "nouvelle" couche de population qui fleurit dans nos villes.

Il devient logique, à partir de là, que la jeunesse issue de ces milieux "oubliés" acquiert un sentiment de révolte et des comportements d’inadaptation sociale et réagisse de façon marginale, trouvant des solutions individuelles, voire individualistes, à leur problème de survie dans un monde orienté vers le bien-être et la consommation, et où tout un chacun est culpabilisé de ne pas réussir,et où le fait d’être chômeur et encore davantage fils de chômeur est une honte.

Il reste alors les échappatoires de la drogue et de la délinquance (entre autres) comme moyen d’affirmer une personnalité blessée et une réelle difficulté à trouver une place honorable dans le monde adulte.


Une prévention dont on parle peu

La prévention spécialisée se propose d’agir, quant à elle, sur les causes déclanchantes de l’inadaptation des jeunes et non simplement sur ses effets.

Sa mission ne consiste pas en une protection des structures sociales, mais vise plutôt à leur transformation en tant que source de l’inadaptation des jeunes. La déviance est toujours le produit de la norme.

Cette action est menée par des éducateurs agissant dans le cadre d’associations loi 1901, agréées et subventionnées par les départements et contrôlées par les DDASS.

Les Clubs et Équipes de prévention travaillent en respectant l’anonymat et la libre adhésion des jeunes.

Dans ce contexte, les éducateurs tentent d’être des interlocuteurs pour les adolescents et cela d’autant plus qu’il y a une certaine inadéquation des structures socio-culturelles des quartiers aux besoins des jeunes.

L’action éducative s’écarte de l’assistance en reconnaissant aux adolescents une identité véritable. Dans ce but, nous entendons dépasser la notion traditionnelle d’assistance pure et simple qui aboutit à développer chez les bénéficiaires un esprit de consommation, en incitant les jeunes à prendre en charge leurs désirs et en leur donnant les moyens de les réaliser eux-mêmes.

Cette démarche, basée sur une relation où le jeune est reconnu et où existe un "contrat de confiance" est nous semble-t’ il une solution pour qu’il trouve sa place dans la société.

En tant qu’éducateurs, ce que nous avons à combattre c’est le sentiment d’insécurité des jeunes par rapport à notre société.


Roger TROMBETTA / Francisco CO ESCOBAR.
Éducateurs à l’association CASA.




Opération : « Insécurité »
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Photo Patrick Vincent - Gracieusement communiquée par "75/20".


17h Samedi 16 juin 84 - Parvis de l’Église St-Jean-Baptiste. Une soixantaine de personnes sont regroupées autour d’un bus anglais à impériale. Le lendemain c’est le jour des élections européennes.

Pas de jeunes dans le rassemblement. Des participants bien mis portent des pancartes soigneusement confectionnées ; on peut y lire : « Halte à l’insécurité ! », « Halte à la vente à la sauvette dans le métro ! » « Plus de policiers ! »…

Les passants de la rue de Belleville, un instant surpris, traversent rapidement le rassemblement sans s’arrêter.

La manifestation va prendre fin, une oratrice qui se déclare assistante sociale remercie au mégaphone les participants et reprend une dernière fois les
doléances des organisateurs : pas assez de présence policière dans les rues, laxisme de la justice devant la petite délinquance, non prise en compte des préjudices causés aux victimes, laxisme des pouvoirs publics devant le développement des ventes sauvages par des commerçants étrangers sur les
trottoirs et dans le métro.

L’ambiance est tendue, les participants semblent sincères dans leur exaspération.

Une vieille dame tunisienne nous explique avec véhémence qu’elle a peur ; peur de sortir dans la rue, peur de partir en laissant son appartement vide… Non elle n’a jamais été attaquée ! Mais que d’exemples plus éloquents les uns que les autres peut-elle nous citer pour confirmer ses craintes… On peut même en dégager un portrait robot type du suspect : il est jeune, circule en moto, est mal habillé et arrache les sacs à main…

Rumeur quand tu nous tiens…



Spécial maso

Hit parade des lieux sinistres du 19e arrondissement

1ers exaequo :

Station du bus PC "Clôture"
À signaler que la borne de police (située 20m plus loin vers la porte
de Pantin) est hors d’usage… Vous avez eu tord de vous réjouir _
en fait vous êtes perdu…

Arcade gauche du pont de chemin de fer de la rue de Flandre
Mention spéciale : odeur d’urine intéressante.

2ème

Passage souterrain reliant le Pré St-Gervais a l’avenue de la Porte Brunet
Mention spéciale : odeur intéressante.

À signaler qu’il débouche au n° 138 rue Freud (seul n° de cette paisible rue).

3ème

Bassin de la Villette, canal de l’Ourcq et St Denis
À noter que ces charmantes étendues d’eau ont souvent l’honneur de la
presse à sensation, car elles semblent être des lieux privilégiés à la découverte de cadavres flottants…
Mention spéciale : pour les “supermasos”, attendre tranquillement le passage d’un cadavre de la passerelle du bassin de la Villette.

4ème

Rue d’Aubervilliers
Rue hélas trop éclairée à notre goût.

5ème

Boulevard Mac Donald
Un terrain pour les "pierreuses".

6ème exaequo :

Passage du Monténégro
Passez vite…

Chantier pyramidal du futur hôpital R. DEBRÉ Porte du Pre St Gervais
En particulier cette fabuleuse église qui n’a plus aucun intérêt depuis
que des illettrés bornés ont effacé les graffitis : “fermée pour cause de crucifixion…

7ème

Les parcs
Malheureusement tous fermés au public la nuit (un n° spécial leur sera consacré prochainement).

8ème

Le long du canal St-Martin, sous le pont, Place de Stalingrad
Hors concours.

Enquête effectuée de 23h à Oh par un échantillon représentatif de peureux apeurés.

Vous avez sans doute visité de nuit ces lieux sinistres. Vous en connaissez peut-être d’autres ?… Signalez-les nous.


On a reçu ça

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Photo B. Guillerey.


L’urinoir de la rue Petit en danger !

Cet urinoir à l’odeur peu agréable et à l’aspect quelque peu repoussant fait, aujourd’hui changer les passants de trottoir.

Pourtant, cela n’a pas toujours été son lot. Les vieux habitants se souviennent du temps où cet édicule était convenablement entretenu. Un temps où, consciente de ses devoirs, la municipalité dépêchait un employé
préposé a son entretien et à celui des autres lieux d’aisance du quartier. Un temps où les élus du peuple pensaient qu’un embarras de vessie ne nécessitait pas de payer sa quote part à un limonadier auvergnat ou à J-C Decaux. Un temps où pisser n’était pas monnayable et ou, par un sens de l’hygiène populaire, le badaud pouvait se soulager sans entrave.

Nous pouvons affirmer sans rougir qu’on ne nettoie plus cette dernière pissotière pour mieux la rendre odieuse, d’abord, et mieux la démolir, ensuite.

Un coup de peinture fraîche, un lavage au jet chaque matin et quelques pots de géraniums rendraient l’endroit agréable pour un coût moindre que celui d’une sanisette payante, musicale et aseptisée ou que celui d’une motocrotte bruyante, inefficace et malodorante.

Il faut réagir. Déjà, certains se sont indignés. Une ASSOCIATION DE DEFENSE DE LA PISSOTIÈRE DE LA RUE PETIT est en coure de création. Pour vous joindre à cette œuvre salutaire, contactez Verdad SVOBODA en téléphonant ou en écrivant à Quartiers Libres qui transmettra.


V.S.


Article mis en ligne par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens, actualisé en septembre 2013.

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