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La Villette mon amour…


Précision

La Villette, presque 10% de la surface de l’arrondissement, et une influence indéniable sur les alentours.

L’équipe de« Quartiers Libres » a demandé au Collectif La Villette qui, depuis sa création à l’automne 1981, s’exprime régulièrement dans nos colonnes, de présenter, de façon plurielle, dans un numéro spécial du journal, l’état de ses réflexions. Évidemment, en 24 pages il n’était pas question d’être exhaustif et ce thème continuera d’être abordé, par eux ou par d’autres, dans les prochains numéros. Nous recommandons à nos lecteurs de se reporter pour complément aux anciens numéros du journal et notamment les numéros 5, 14 à 17 et surtout 18.

Les textes publiés dans ce numéro sont sous la responsabilité du Collectif La Villette. Nos lecteurs retrouveront dans le n°22 du journal, décembre 1983, leurs rubriques habituelles et notamment un abondant courrier reçu depuis le n°20.



À La Villette

ÉDITORIAL

Dans la dynamique de mai 81, prenant au pied de la lettre le slogan
« changeons la Vie, changeons la Ville », des habitants et des associations,
ayant la volonté commune de faire participer à l’aménagement des anciens
abattoirs et de leurs quartiers ceux et celles qui habitent ou travaillent aux
alentours de La Villette, ont créé le COLLECTIF LA VILLETTE.

L’État est l’aménageur de ce vaste terrain de 55 ha situé à la frange de Paris, en bordure de la Seine Saint Denis.

Mais si, en théorie, l’État démocratique est l’émanation des populations, en pratique, à La Villette, l’État est représenté par un Établissement Public (E.P.P.V.) dans la tradition de l’administration française.

Dès les premières rencontres avec l’E.P.P.V., le COLLECTIF a fait la difficile expérience d’un premier refus à sa revendication essentielle : une vaste concertation permanente de la population dans l’esprit d’une « Audition Publique ».

Ce projet ambitieux s’est vu réduit à une simple réunion publique au Théâtre PRÉSENT ; à ce débat participait des représentants de l’E.P.P.V., de la Mairie de Paris, du Collectif de La Villette et un public nombreux et passionné.

À cette époque le COLLECTIF a demandé :
- une présence au Conseil d’Administration de l’Établissement Public : réponse NON.
- une participation aux travaux de l’E.P.P.V. : réponse OUI pour la programmation du Parc.
- une participation au Jury au Concours International pour l’aménagement
du Parc : réponse OUI.

Un subtil « compromis historique » sur la participation était né. Le COLLECTIF s’est trouvé assez dépourvu pour informer et impliquer les habitants dans ce projet au vu de l’absence de moyens mis à sa disposition
par les pouvoirs publics.

Ce dialogue ambigu entre les nobles aspirations du COLLECTIF qui
exprime une sensibilité d’usagers et les devoirs contraignants des hauts fonctionnaires de l’Établissement Public donne quelques fois l’impression aux
membres du COLLECTIF d’être la caution de la bonne conscience démocratique de l’E.P.P.V.

Conscient des limites de ce dialogue, le COLLECTIF s’est particulièrement
intéressé au futur Parc de La Villette et a revendiqué :
- que ce Parc soit aussi un Parc de quartier.
- qu’il comporte un certain nombre d’équipements de quartier tels que :
Maisons des enfants, Maisons des associations, ateliers… pour pallier au
sous-équipement des quartiers du Nord Est de Paris.
- qu’il permettre l’expression de toutes les différences et réponde à la diversité des populations.

Le COLLECTIF LA VILLETTE a pris sa part de responsabilité au sein du jury, dans le choix du projet de Bernard TSCHUMI comme lauréat : il a soutenu ce projet pour la potentialité d’appropriation des petits équipements « les Folies » et des espaces ouverts diversifiés, par la vie associative et par les nombreux groupes sociaux composant la population des quartiers.

Il s’agit maintenant que ce site, dans sa réalisation et sa gestion, soit le reflet des intentions du projet, en priorité, celle concernant l’appropriation d’espaces et de Folies par les forces vives qui expriment la diversité des groupes sociaux.

Ce numéro de Quartiers Libres est l’occasion pour le COLLECTIF de faire le point et d’apporter sa modeste contribution au débat sur l’aménagement de La Villette et de ses environs. Les pages qui suivent traduisent notre volonté d’informer, dans le pluralisme, pour une participation plus active de la population à l’aménagement de nos quartiers.

Nous appelons ceux et celles qui partagent ces préoccupations à s’associer à ce travail, plus particulièrement dans les mois à venir où de grandes opérations d’urbanisme sont annoncées par le Maire de Paris et qui concernent nos quartiers.

Il deviendra primordial d’être vigilants pour défendre le maintien des
habitants et la sauvegarde de certains lieux en regard des projets de la Mairie
de Paris.


Collectif La Villette


Les buts du Collectif La Villette

Le Collectif La Villette a pour buts :
1 -de promouvoir l’information et la participation de la population
et de ses groupements à l’aménagement de l’ensemble constitué par
les anciens abattoirs et marchés de La Villette, ainsi que de leurs alentours,
dans le cadre d’une véritable décentralisation au niveau de
1’ arrondissement.
2 - d’entreprendre toutes actions destinées à préserver les intérêts
matériels et moraux de la population de l’arrondissement en sauvegardant
ses caractères spécifiques notamment socio-économiques,
pluri-culturels, intérêts menacés par les conséquences de la réalisation
de cet aménagement, plus précisément la spéculation immobilière
et foncière, la disparition et les mutations d’emplois.
3 - de refuser que ce site soit un enclos spécialisé, mais au contraire,
de promouvoir son insertion harmonieuse dans son environnement
urbain.
4 - de favoriser le développement de la vie culturelle et sportive, plus
généralement la communication entre tous, particulièrement avec les
catégories isolées- jeunes, immigré(e)s, retraité(e)s, handicapé(e)s …
5 - de lutter contre toutes nuisances.


C.I.C.A.

Cinq questions du Collectif La Villette au Maire du 19ème

Le COLLECTIF LA VILLETTE a retenu cinq questions qu’il juge prioritaires à soumettre au débat entre les associations réunies en CICA et le conseil d’arrondissement, avec mise à disposition de l’information nécessaire et préalable conformément à l’article 16 de la loi du 31 décembre 1982.

- AMÉNAGEMENT DE LA RUE DE FLANDRE : quels sont les objectifs, le planning, les financements de cette opération ?
- LOGEMENTS SOCIAUX : quelle est la programmation de construction de logements sociaux sur l’arrondissement d’ici la fin de la mandature ? et, en particulier, sur le site de La Villette ?
- COULÉE VERTE : quels sont les projets d’aménagements sur l’emprise de l’ancienne voie ferrée et ses dépendances entre le Parc des Buttes Chaumont et le Parc de La Villette ?
- INSÉCURITÉ DANS LE PARC DES BUTTES CHAUMONT : pourquoi des voitures ont-elles encore le droit de circuler dans le Parc des Buttes Chaumont au mépris de la sécurité des enfants, des handicapés, des personnes âgées ?…
- DIFFUSION DES INFORMATIONS DES ASSOCIATIONS : quels supports (bulletin municipal, panneaux Decaux, emplacements d’affichage réservés, dépôt de brochures dans les lieux publics, etc… ) le Conseil d’arrondissement compte-t-il mettre à la disposition des Associations ?


Collectif La Villette



Un nouvel entretien exclusif

Le dragon sort du site… Et s’interroge sur les projets du maire

(Ballade de nos envoyés spéciaux…)

Rassuré sur son sort et en attendant d’être enfin nettoyé, le dragon s’est promené aux alentours de La Villette. Il nous a confié ses réflexions.

« Quel va être l’impact du Parc de La Villette sur les quartiers environnants ? L’État ne fait toujours rien - pour cause de décentralisation » dit-on au Ministère de l’Urbanisme et du Logement - pour contrebalancer les effets pervers de l’implantation sur le site de La Villette d’équipements internationaux ou régionaux.

Spéculations sur les appartements, hausse rapide des loyers et exode des familles les plus défavorisées, extinction des activités artisanales et de certaines activités commerciales au profit du tertiaire… le bel avenir…

Le Maire de Paris propose-t-il une restructuration du 19e permettant
d’éviter ces écueils ?

Le chaudron magique

Vous y mettez : un canal désaffecté, des artisans en liquidation judiciaire, des maisons vides, des entrepôts délabrés, des rues tristes et sales, des taudis, un brin de campagne raciste, 9000 chômeurs, des usines à l’abandon, des tours comme on n’ose plus en faire, le prix du m2 le moins cher de Paris, des grosses, très grosses convoitises électorales, l’installation d’un hyper-Musée avec de 10 Millions de visiteurs par an, des Folies bien alignées, des habitants qui devront partir…

Ne tremblez plus gens apeurés. Jacques l’Enchanteur va arriver avec sa stratégie urbaine développé pour son tout neuf Plan d’Aménagement de l’Est Parisien.

La déstabilisation de l’arrondissement

Après des Municipales victorieuses et avant des législatives tendues, certains découvrent un 19e arrondissement sous-équipé jusqu’alors fourre-tout d’opérations immobilières désordonnées. Heureux politiciens qui oublient un peu vite leur rôle antérieur dans la répartition des postes budgétaires d’équipements de la Ville… Les propositions de ce plan sonnent comme autant de preuves accablantes de ce qui n’était pas fait pour les pauvres électeurs qui avaient le malheur d’habiter l’ex-zone rouge de l’Est Parisien.

Bref, ces bonnes âmes nous disent : rattrapons les retards que nous avions nous-mêmes causé…

Si ce Plan est réalisé, c’est à un véritable boulversement que ces habitants du 19e, enfin ceux qui pourront y rester, vont assister d’ici la fin des années 80.

Des zones d’interventions publiques potentielles
- À suivre de très près…


La preuve par cinq

Nos technocrates municipaux découvrent le scandaleux sous-équipement
du 19e. Il faut donc implanter :
1 - des écoles : plus de 100 classes élémentaires ou maternelles, deux C.E.S., un nouveau lycée technique,…
2 - dès crèches : au moins une crèche de 60 berceaux par an, mais s’ils avaient lu le recensement, ils auraient prévu beaucoup plus…
3 - des équipements culturels : un conservatoire municipal bien sûr, deux nouvelles bibliothèques, des ateliers d’artistes - dont le nombre avait fortement diminué - . Alors vous pouvez réfléchir au devenir des Magasins Généraux au Pont de Crimée, (pas question qu’on dégage ; ndc) des entrepôts des rives du bassin de La Villette, de l’hôpital Herold… Les artistes vont-ils devenir des enfants chéris ? mais à quelles conditions…
4 - des équipements·sportifs : gymnases, terrains de sports,…
5 - des zones d’activités : c’est par· des dizaines de milliers de m2 de locaux qu’il faut arrêter l’hémoragie des dernières décades. Cherchez où…

Ciel ! Des logements…

3600 logements pourraient être construits dans l’arrondissement. Les opérations de réhabilitation dans les secteurs Nantes-Joinville, Cité Lepage, et Pyrénées-Botzaris seront réactivées ; la Z.A.C. « Flandre Nord »(voir ci-contre) est la première d’une série d’opérations programmées pour la mandature 1983-89.

Le retour du diabolique Baron Haussmann ?

Que les voitures circulent !

Percements et élargissements de voirie reviennent à la mode. Pompidou
serait content de son élève :
• Création du Boulevard de Flandre et prolongement de l’Avenue Armand Carrel (un terrain vague de moins dans le 19e… )

Que les piétons circulent ?

• Libération de la Place de Stalingrad, avec l’émigration de la gare des cars internationaux Porte de La Villette.
• Réaménagement de la Place Armand Carrel face à la Mairie, pour fêter d’avoir un Maire ?

Que les franges de La Villette soient repensées : Avenue Corentin Cariou, Avenue Jean Jaurès, rue Adolphe Mille, et Portes de Pantin et de La Villette, mais aussi traitements des abords des Canaux au profit de la desserte locale, et des berges du bassin de La Villette, de la Place Bitche, du quai de la Marne et de la Gironde…

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Les magasins Généraux au Pont de Crimée : quel avenir ? - Photo B. Guillerey.


Quelques projets font l’objet d’âpres discutions entre les élus locaux et les huiles de l’Hôtel de Ville, comme le tracé de la Coulé Verte entre les Buttes Chaumont et La Villette : d’aucuns y verraient un simple cheminement piéton avec autour des équipements de quartier et de locaux artisanaux, d’autres une vraie coulée verte sans bâti, d’autres des logements…

Notre Super Maire de Paris a donc annoncé la couleur : un 19e clean et vite… Gageons que lui et son représentant local sauront attribuer des logements à ceux qui mériterons d’habiter dans ce nouveau quartier.

Mais au fait, et si les habitants, sans même attendre les diverses enquêtes publiques relatives à ces projets, exprimaient haut et fort leurs idées d’aménagement sur leurs quartiers et se donnaient les moyens de pouvoir y rester ! »


Propos recueillis le 13.11.1983
par Frédéric Saens et Dominique Paulhe.


Circulation

Vous avez dit bouchons ?

C’est dans le cadre d’un atelier annuel d’urbanisme de l’université de Paris VIII que nous avons étudié l’impact de la circulation consécutif à l’aménagement des anciens abattoirs de La Villette.

Ce « parc » de La Villette comprendra outre le Musée et le Conservatoire
de musique, des logements, des commerces, des activités culturelles.

L’axe des entrées, perpendiculaire au canal de l’Ourcq, débouchera avenue Corentin Cariou et avenue Jean-Jaurès. Il semble qu’une « bretelle » soit envisagée sur le boulevard des Maréchaux ; notre périmètre d’analyse sur le quartier s’est naturellement limité à ces voies. Le constat auquel nous avons procédé se situe à trois niveaux : le métro, les bus, la circulation automobile.

Concernant la desserte du métro, il n’y a que deux axes de distribution qui, divergeant de Gare de l’Est aboutissent, l’un à la Porte de La Villette, l’autre à la porte de Pantin. La première constatation est un taux record d’affluence à la station Crimée : 20 250 personnes par jour, transitent par cette station. A titre de comparaison les portes de la Villette et Pantin voient respectivement 7 200 et Il 200 personnes par jour dans leurs couloirs.

Ce flux est significatif de l’évolution urbaine de la partie Ouest du quartier - forte proportion de logements construits ces dernières années (voir "n° 20 du journal).

La ligne n° 5, quant à elle, dessert quatre stations avenue Jean-Jaurès à 10 000 personnes par jour en moyenne.

La zone Nord de ce quartier compris entre la rue de l’Ourcq et les Maréchaux reste très mal desservie ; ainsi le P.C. tente de combler cette carence et les comptages démontrent le phénomène : Porte de Pantin 2 220 personnes / jour et Porte de la Villette 3 360 personnes / jour !

Alors, il reste la seule ligne transversale d’autobus qui zigzague entre les îlots : le 60. Bien que rares, ces bus ressentent, tout comme le métro, les points démographiquement forts du quartier. Entre Laumière et Crimée-Curial plus de 1 250 personnes tous les jours montent et descendent à ces six stations, soit quatre fois Plus qu’aux autres arrêts de la ligne.

Aux heures de pointe, le métro est surchargé et les bus rares, prenons la voiture !

Boutade, bien sûr, car la desserte automobile est saturée, ce n’est un secret pour personne ; certainement les transports en commun y sont pour quelque chose, mais le pire est que ce secteur est un lieu de transit entre la banlieue et le centre de la capitale, et que sa morphologie n’est pas adaptée à un tel flux.

Il nous est apparu intéressant, à la place d’un long commentaire, de vous montrer la carte ci-dessous. Elle montre graphiquement la fréquentation automobile sur les principaux axes autour de la Villette. L’épaisseur des traits donne le flux de véhicules aux heures de pointe. Il est évident à la lecture que la saturation du périphérique (en gris) - 9 700 véhicules/heure dans chaque sens - reste la plus importante. Mais les 2 300 vh/h pour les Maréchaux et 1 500 vh/h pour la rue de Flandre et l’avenue Jean-Jaurès, ne sont pas mal non plus !

Le fait probant est que créer un « Parc >> aussi important avec- tout
le phénomène attractif qui pourra en résulter, va accentuer ces déséquilibres.
De plus, ni l’Établissement Public du Parc de la Villette, ni la Ville de Paris n’ont fait faire, à notre connaissance, d’études d’impact concernant ce site. Alors qu’adviendra-t-il, lorsque les lignes de métro vont desservir, d’ici peu, la banlieue Nord jusqu’au Bourget ? Que les activités du parc vont drainer une population importante lors des concerts, expos et autres ? Que la R.A.T.P. attend les plaintes des usagers pour accentuer la fréquence des bus ? Que créer, une ligne ?… Utopie ! Une solution, peut-être, la consultation des habitants et la prise en compte des solutions qui vont être proposées par le Collectif (il y planche actuellement).


G. Walkman



Transports

La petite ceinture et le Parc de La Villette

S’il est un sujet de conversation et d’articles de journaux qui ressemble
au monstre du Loch Ness, c’est bien la réouverture de la Petite
Ceinture aux voyageurs. Alors parlons-en.

Elle date de 1854. Vers cette date apparaît l’usage journalier du chemin de fer pour habiter en banlieue et venir travailler à Paris alors que les ouvriers,
commençant de bonne heure et finissant tard, essayaient de loger le plus près possible de leur travail, ou bien allaient à pied par exemple de la Bastille à la Plaine Monceau (avez-vous lu« Gervaise » ?). Pourquoi aurait-on pu aller en train d’Asnières et non pas de Belleville ?

La Petite Ceinture reliait donc. non pas seulement les quartiers
périphériques entre eux. mais à toutes les gares du centre de Paris
par des correspondances faciles. C’était le seul réseau rapide et
bon marché
, imaginé par Haussmann.

Vers 1930, le trafic des voyageurs a cessé, faute d’un nombre suffisant
de voyageurs en raison du développement des tramways électriques
et, surtout du métro, réseau plus rapide et bon marché. Voir inemployé un équipement laisse toujours penser qu’il y a quelque chose à en tirer, même s’il ne répond plus aux besoins qui ont motivé sa création.

La partie Sud, de Javel à Orléans Ceinture n’est plus utilisée pour les marchandises. En vue de l’Exposition Universelle, la R.A.T.P. avait prévu d’y installer un Aramis qui a été expérimenté sur cette ligne. Malgré l’abandon de l’Exposition, l’ Aramis sera construit, mais l’échéance de 1989 sera vraisemblablement retardée. Cette méthode est prévue pour transporter 120 voyageurs toutes les 40 secondes, soit environ un tiers de la capacité d’une ligne ordinaire de métro. Le réseau serait largement raccordé au métro et au R.E.R.

Pour les parties Nord et Est qui nous intéressent, il ne serait pas concevable qu’elles ne soient pas électrifiées, ce qui coûterait fort cher. En contre partie quels services rendrait-elle ? Remarquons 2 choses :
- d’une part le réseau du métro n’a pas été pensé pour se combiner avec la Petite Ceinture ; elle ne s’intègre donc pas bien au réseau qui s’impose,
- d’autre part il y a beaucoup moins de voyageurs pour la banlieue très proche, souvent desservie par le métro ou le RER, et, enfin, les gares de correspondance vers celles du centre (ancien) de Paris ont disparu, donc pas de liaison avec le centre, mais uniquement entre des quartiers périphériques.
Donc très peu de trafic à espérer.

Et, cependant les gares de voyageurs Pont de Flandre et Belleville-Villette n’auraient-elle pas une utilité ?
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La rue d’Allemagne, aujourd’hui avenue Jean-Jaurès. Extrait de « Paris en cartes postales anciennes - Buttes Chaumont - Ménilmontant » - (Bibliothèque européenne).


Pour venir des gare de l’Est et du Nord, centres de dispersion vers le centre, vers la Villette- et vers le Parc de la Villette - qu’y a-t-il ?
- le métro ligne 7 déjà saturé jusqu’à Crimée, et qui le sera encore plus quand il sera prolongé,
- le métro ligne 5 qui le sera bientôt quand elle atteindra Bobigny. Ce ne sont pas des autobus de 50 à 80 places qui remplaceront des rames de 500 places circulant toutes les 2 minutes à 1 minute et demie.

Faut-il augmenter la capacité des rames en les portant à 7 voitures ? Il faudrait allonger les quais de 33 stations pour la ligne 7…
Alors, une ligne du RER reliant la Gare du Nord, nœud important du RER, au Pont de Flandre, ou à Belleville-Villette où les manœuvres seraient plus aisées.

Liaisons directes avec le sud de Paris et la banlieue ligne de Sceaux,
avec le sud-est et la banlieue P.L.M., indirectes avec toutes les
directions.

Or la ligne existe, empruntée 2 fois par jour par les trains directs
Paris Nord-Milan, avec traction diesel.

Il suffirait d’électrifier 2 à 3 km pour la rendre opérationnelle. Cette ligne rendrait un service beaucoup plus grand que la solution proposée au mois d’août par la Région Ile-de-France qui consisterait à implanter à la Porte de la Villette une station sur la ligne de l’Est :
- d’une part parce que les stations Pont de Flandre.et Belleville-Villette sont au milieu de quartiers fort habités,
- d’autre part parce que la Gare de l’Est n’est pas reliée au, RER, réseau moderne, sinon peut-être plus tard par un tapis roulant comme à Montparnasse, solution malgré tout incommode. Il faut donc que l’Établissement Public du Parc de la Villette d’une part, le Conseil d’Arrondissement d’autre part, exigent dès maintenant la liaison avec la Gare du Nord, seul mode commode de transport massif.


Présence du 19e



RAPPEL

Pour le parc du XXIe siècle

Demandez le programme !

En effet, demander le programme n’est pas inutile, car qui le connaît sinon les « spécialistes » du concours du parc, et encore ce n’est
pas sûr.

Pour rafraîchir les mémoires défaillantes, et pour prendre date par rapport aux ambitions de ce programme établi en juin 1982 par l’EPPV, voyons ce que l’on nous promettait comme parc de la Villette, en ces temps « d’état de grâce », bien avant l’austérité…

En 3 mots, le parc de la Villette sera actif, permanent, expérimental !

Quelles activités majeures sont prévues pour rendre ce parc différent de ceux connus actuellement ?

Elles se classent en 5 thèmes : spectacles, découverte / initiation, expositions, épanouissement du corps, restaurants.

1. Les spectacles

- Dans un lieu de spectacle de plein air, des manifestations telles
que : concerts, spectacles, feux d’artifices, réunions publiques. (Capacité
de 1500 à 2000 personnes, 5500 m2).
- Une aire abritée de spectacle à caractère polyvalent pouvant
accueillir des spectacles, réunions, expositions (5500 m2).
- Un centre d’informations culturelles comprenant un hall d’accueil avec écrans permettant de visualiser toute information concernant les spectacles (300 m2).
- Des « kiosques » : équipements répartis dans l’ensemble du site,
accueillant des petits spectacles participant à l’animation générale du parc (musiciens, mimes, marionnettes, clowns) et des expositions temporaires, des éléments de jeux mobiles (8 à 10 kiosques, 1200 m2 abrités au total).

2. Découverte / Initiation

- Des ateliers : permettant la pratique de techniques et de formes
d’expression (cinéma, vidéo, photo, musique, informatique quotidienne,
bricolage, réparations, jardinage), destinés aux enfants, un « centre de ressources » (bibliothèque, vidéothèque, photothèque… ), des lieux de rencontre et d’échange (7 100 m2 en tout).
- Des jardins de découverte : 5 à 7 jardins, chacun traité de manière
particulière utilisant l’eau, le son, les arts plastiques … (20 500m2).
- Des espaces de découvertes destinés aux enfants : permettront aux
enfants d’explorer des domaines très divers (exemple : exercice corporel pour découvrir le rôle de la force musculaire, le rôle des éléments - eau, vent -) (11 200 m2).

3. Expositions

- Un lieu permanent d’exposition abrité : accueillera des expositions très diversifiées (artistiques, scientifiques, urbanistiques… ) (3 200m2).
- Des ’’objets" mis en scène : participant à l’animation générale de l’espace. Exemple : la fusée Ariane avec une maquette grandeur réelle (47 mètres) dans le parc (200m2), un « espace » météo (1000
m2), un jardin astronomique (2000 m2), un radiotéléscope (10 m de diamètre), un gnômon.
- Des jardins thématiques : leur objet est la présentation de végétaux
dans un but d’initiation et d’information. Ce sont des vergers, des ruchers, des parcelles évoluant librement, des jardins botaniques tels que jardins des eaux, de la rose, des odeurs, du blé, des fruits, potagers… (30 500 m2 au total).

4. Épanouissement du corps

- Des thermes : carrefour permanent d’activités entre le corps et
l’esprit :expression corporelle, danses, sports (judo, squash … ), hammam,
sauna, esthétique de coiffure (5 000 m2).
- Une piste de patinage : à glace (1 200 m2).
Des prairies de jeux : surfaces en herbes pour activités libres de plein
air : jeux de ballons, cerf-volant … (60 000 m2).
- Des surfaces stabilisées pour jeux sportifs :volley, basket, pingpong,
paddair (mini-tennis) ; surfaces polyvalentes non normatives ni pour l’entraînement, ni pour la compétition ! (10 000 m2).
- Un sentier sportif
- Une baignade : destinée aux enfants, aux adolescents et adultes ;
Constituera un point fort de l’animation du parc ; comprendra des bassins peu profonds (0,20 à 1 ,20 m) ; utilisation polyvalente été-hiver recherchée (vélo, patins à roulettes, nacelles flottantes, modélismes… ) (10 250 m2).

Restaurants

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Buveurs de sang aux abattoirs de La Villette 1874.

« La restauration ne doit pas être traitée comme un simple service ou une source de revenus, mais comme une activité qui participe à l’image du projet », « on éliminera le fast-food à l’américaine ». « La Villette redeviendra un endroit où l’on va manger ».

- Un pôle de restaurants : lié aux activités permanentes du parc,
fonctionnant de manière continue ; comprenant 5 à 7 unités de dimension
moyenne ; capacité prévue de 800 à 1 000 couverts (5 000 m2).
Des unités légères de restauration : service de repas légers ; 2 à 4 unités (3 300m2).
Des buvettes : 10 à 15 unités (2 000 m2).
Des « salons de verdures » pour les pique-nique et les fêtes pour
familles, petits groupes d’amis (27 500 m2).

En plus, des activités de services, d’accueil, des commerces sont prévus, tels que maisons des enfants, poste, banque, poste de police, éventuellement maison des associations, marchés, ventes de jeux.

Maintenant, tout le monde connaît le programme ; mais verrons-nous tout cela… on peut rêver à sa lecture ; à suivre de près d’ici 1986 et 1989 !

P.S. : Le site de la Villette : 55 hectares dont 30 pour le futur parc. Les surfaces indiquées sont soit des surfaces en plein air, soit abritées, soit construites, ou l’addition de 2 ou 3 de ces catégories.
1 hectare = 10 000 m2.



INTERVIEW FICTION

EXCLUSIF : dans trente ans à La Villette

Nous sommes en 2017, notre journaliste de Quartiers Libres revue régionale qui tire aujourd’hui à 150 000 exemplaires, a questionné une vieille habitante du XIXe, Madame Jeanne B., qui a vécu la naissance de ce que l’on appelle aujourd’hui le complexe de La Villette.

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Qu’auriez-vous fait avec cette épave ? C’était en 1983. Photo d’archives retrouvée dans les collections de " Quartiers Libres "par l’auteur. (D.R.)


Q.L. : En faisant appel à vos souvenirs, pouvez-vous nous dire en quelques mots et de votre point de vue, comment débuta cette odyssée ?

Mme J.B. : Déjà, mes parents qui habitaient le XIXe, m’avaient parlé d’un fabuleux scandale financier à propos de la modernisation des anciens abattoirs de La Villette. Il parait qu’un député, des hommes politiques en place à ce moment-là, y auraient été associés de très près. C’est du moins de ce que disait la rumeur publique. C’est donc naturellement, comme militante d’association sur l’arrondissement, que je me suis intéressée à la transformation de ces abattoirs.

À l’époque, le projet défini par un président de la République de droite, puis repris par un Président de gauche, sans changement, prévoyait la construction d’un parc, d’un musée et d’une cité musicale. Déjà à cette époque là, les prises de décisions se faisaient dans l’arbitraire le plus complet. C’est pourquoi, quelques membres d’associations s’étaient regroupés dans un collectif dit«  La Villette  »pour essayer d’informer les habitants et de démocratiser les prises de décisions. Malgré leur bonne volonté, il faut avouer qu’ils ne furent guère entendus de la population et des pouvoirs publics. De même, sous l’égide d’un député du Parti Socialiste de l’époque, une autre association n’obtint guère plus de succès.

Il faut dire que, à part quelques rares personnes de mon entourage, la plupart des habitants ne se sentaient guère concernés par ce qui allait se passer sur le site de La Villette. L’habitude de ne jamais être consultés sur des décisions concernant notre vie quotidienne y était sûrement pour beaucoup. Voyez que ça n’a pas beaucoup évolué depuis ce temps. Quoiqu’il en soit, c’est par les articles de Quartiers Libres que j’ai suivi à cette époque le démarrage des travaux.

Dès le début, ce fut la foire, au sens propre, comme au sens figuré : sur le site, on pouvait voir conjointement ou en alternance, des bulldozers, des grues, des cirques, des fêtes foraines et des équipes de technocrates chargées de l’aménagement qui rivalisaient.

Il y a même eu un architecte désigné à l’issu d’un concours international,
chargé de l’aménagement du parc, mais la tutelle des pouvoirs publics fut telle que son rôle resta des plus modestes.

Q.L. : Comment s’est déroulée la période du début à la fin des travaux ?

Mme J.B. : La réalisation du parc et du musée, prévue initialement
sur cinq ans, a en fait duré presqu’une génération.

Ce furent d’abord des rivalités internes à l’administration et des guerres de clans ; on limogeait des responsables les uns après les autres. Contrairement à aujourd’hui, à cette époque sévissait une crise économique, et malgré cela, il y eut un gâchis des deniers publics, et rapidement, on en vint à confier une grande partie de ces aménagements au secteur privé. Ainsi, les galeries marchandes que vous connaissez aujourd’hui furent construites par l’actuel n°1 de l’agroalimentaire, les principales expositions et animations du musée furent progressivement confiées aux grandes firmes industrielles et commerciales, françaises et internationales, et une grande partie du parc fut
concédée à la firme Disneyland , et la cité de la musique au Consortium Gaumont-Philips .

Il nous semble aujourd’hui incroyable que l’État n’ait pas fait les bons choix dans la répartition des richesses nationales : alors que La Villette pleurait les crédits, on gaspillait sans compter pour des centrales, des sous-marins, des bombes et accessoires divers nucléaires, qui compte-tenu des progrès technologiques nous encombrent maintenant.

Pendant ce temps, le Collectif La Villette , dont je vous ai parlé précédemment, essayait de limiter les dégâts. Ils avaient un projet : associer
les travailleurs des chantiers et les habitants des quartiers environnants
dans une structure de formation et d’animation commune. Sur ce point, ils ont partiellement réussi, preuve en est l’existence de la «  Folie populaire pour tous  », qui continue dans cette lignée. Si aujourd’hui, toutes les communautés vivent presqu’en harmonie, à cette époque, il en était autrement. Vouloir associer des personnes de culture différentes semblait une utopie à certains, une provocation à d’autres. En ce temps, le gouvernement s’était lancé dans une campagne de limitation de l’immigration, encouragée par les forces sociales les plus réactionnaires aiguillonnées elles-mêmes par les nazillons d’alors.

Q.L. : Pensez-vous que le complexe de La Villette d’aujourd’hui soit conforme aux vœux de ses initiateurs ?

Mme J.B. : La mission d’aménagement du Parc de La Villette, organisme d’État qui avait présidé à la naissance de cet ensemble, avait dans ses écrits des idées généreuses : ce devait être un lieu de détente et de culture pour tous les âges, toutes les communautés et toutes les couches sociales, mais certainement pas le nouveau temple de la consommation que cela est devenu à l’image du Forum des Halles. Regardez vous-mêmes : qui fréquente le site ? Peu de gamins, pas un vieux, mais des convois de touristes et le« Tout-Paris »qui vient plus pour se montrer que pour l’intérêt des lieux. Il faut vous dire
que la population qui existait il y a quarante ans, a pratiquement disparu. Elle a été repoussée à la périphérie de la mégapole parisienne qui compte maintenant trente-cinq millions d’habitants.

Q.L. : Mais que reste-t-il des années 80 ?

Mme J.B. : À cette époque, existait une poignée de squatters irréductibles qui s’étaient intitulés «  Occupants Rénovateurs  » et qui
après bien des batailles avaient obtenu une concession de la Mairie de Paris pour gérer un ilot de vieux immeubles. Conformément à leur projet, pendant des années, ils ont réhabilité et animé cet ilot en y vivant d’une façon communautaire. C’est pourtant devenu aujourd’hui, comme le fut à l’époque le quartier du Marais, un des lieux de Paris parmi les plus prisés de notre bourgeoisie contemporaine.

Que reste-t-il de ces quartiers ou régnait l’esprit de village ? Quelles relations les gens peuvent-ils avoir alors qu’ils vivent terrés dans des ensembles monstrueux de béton et de verre cernés par des multitudes de voies de circulation aérienne et régis quotidiennement à domicile par l’informatique ?

C’est pourquoi, ceux et celles qui comme moi, n’ont pas encore été chassés du quartier, ne mettent jamais les pieds au complexe, excepté à la«  Folie populaire pour tous  » - l’alibi social - où règne encore un peu de chaleur humaine.

Nous sommes encore quelques vieux à avoir le privilège d’habiter les rares immeubles anciens qui subsistent, et bien qu’étant de culture et de couches sociales différentes, nous nous retrouvons régulièrement avec beaucoup de plaisir dans le Parc des Buttes Chaumont, qui lui au moins, est resté fidèle à l’esprit de ses créateurs.


Anne Guillon
Gérard Andrieux



« Un parc conçu comme un nouvel espace urbain ? »

Dès le départ, l’ambition est claire. Pour l’Établissement Public et pour la Mission du Parc, il s’agit de réaliser à La Villette« Le Parc du XXIème Siècle… conçu en fonction de la réalité d’aujourd’hui comme celle de demain ».

Donc « insertion dans l’environnement urbain », même si ce postulat suscite une interrogation majeure :

Que vont devenir nos métropoles du XXIème siècle ?

Nous constatons en effet et nous vivons déjà chaque jour l’état de crise sociologique aiguë d’une ville comme Paris et sa périphérie : violence, absence de dialogue et xénophobie entre communautés, aboutissant à une montée du racisme, crise relationnelle au niveau des individus (les gens s’ignorent les uns les autres), nuisances et pollutions de toutes sortes. Certes, il y a d’abord, à l’origine de tous ces phénomènes, des causes économiques, sociales et politiques, d’ordre national, qui sont déterminantes.
Il n’en demeure pas moins que cette situation est due, pour une part, a cette concentration aberrante de centaines de milliers voire de millions d’individus, dans le même ensemble urbain, engendrent une promiscuité quasi-insupportable. Il est d’ailleurs prouvé et reconnu que la qualité de la vie est tout autre dans les villes moyennes, en particulier dans celles qui comptent entre 20 000 et 50 000 habitants.

Dans ces conditions, on peut se demander si, d’ici vingt ans, une grande
capitale comme Paris n’éclatera pas et si le style d’urbanisme concentrationnaire, qui s’est développé jusqu’à maintenant, ne sera pas remis en cause (déjà deux tours abattues aux « Minguettes »,près de Lyon et« Les 4000 »de La Courneuve dans le collimateur des pouvoirs publics). Sinon, ne risque-t-on pas de voir les tensions s’aggraver jusqu’au seuil de
l’insupportable.

N’est-t-il pas également souhaitable, de se situer davantage dans une
perspective d’expansion progressive des espaces verts (et non plus d’insertion) dans le tissus urbain. Multiplier les coulés et les taches de verdure
pour aérer les zones d’habitat… cette invasion lente, douce et bénéfique de la ville par le végétal, par la nature, n’est-elle pas la vraie solution, celle du retour à l’équilibre.

Pour autant, et cela va de pair, une décentralisation de ce monstre
que constitue l’agglomération parisienne, dans les prochaines décennies,
semble éminemment nécessaire. Nombre d’habitants de Paris et sa proche
banlieue souhaiteraient d’ailleurs s’installer dans une autre région. Toutefois
cela implique des conditions d’insertion économique et sociale, dans ces régions, irréalisables, actuellement, sauf pour un nombre de cas très limité.

Ces constats et ces interrogations mis à part, le projet d’un grand parc
de loisirs et d’activités culturelles, basé sur « l’interpénétration du végétal
et du bâti » est incontestablement fort séduisant. Il peut contribuer,
si sa réalisation ne tarde pas trop, à améliorer la qualité de la vie dans
ce Nord-Est Parisien qui en a bien besoin.

Le projet TSCHUMI prévoit des espaces verts d’une grande richesse
et cette architecture végétale est conçue (comme l’autre, celle des bâtiments)
dans une perspective d’évolution du Parc et de ses activités : « un
tel espace culturel en plein air doit être compatible avec des modes de
vie urbains en transformation constante » (document de présentation
rédigé par B. TSCHUMI et son équipe).


Jean Aragon

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Le Parc du XXIe siècle, par Bernard Tschumi.



Du côté du musée

Le plus vieux des projets actuels sur le site des anciens abattoirs, et aussi le plus avancé, le Musée National des Sciences, Techniques et Industries (M.N.S.T.I) devra ouvrir ses portes au printemps 1986, date fatidique exigée par le Président de la République. Il ne reste plus que deux ans pour réaliser sur 38 000 m² des expositions temporaires ou permanentes destinées à « aider le public à se réapproprier les Sciences et les Techniques » ; cette durée est courte, car si sur le papier les divers projets semblent bien avancés, sur le terrain il n’en est pas de même. En outre, l’aménagement intérieur du musée ne pourra débuter que le jour où le bâtiment sera fini d’être réalisé, or ce n’est pas demain la veille.

Ce musée doit être une vitrine de l’industrie française, les entreprises, absentes du Palais de la Découverte, auront en qualité « d’associés » la responsabilité de présenter leurs propres réalisations ( par ex : TGV), et signe des temps, celles-ci seront signées (Pub).

Outre les surfaces propres des expositions, le musée sera composé d’une Médiathèque (qui sera la plus grande « bibliothèque » scientifique de France), de salles dites « de Découvertes » pour enfants, d’un centre de conférences
(1000 places), … et d’une salle de cinéma hémisphérique de 350 places (vision panoramique, une presque première mondiale) : « La Géode » ; celle-ci devrait être inaugurée en 1984 avec un spectacle sur l’eau.

Les expositions permanentes s’organiseront autour de quatre grands thèmes : « exploiter et produire, communiquer, explorer, vivre et habiter ».

Initialement, l’équipe du musée composée essentiellement d’Universitaires
se donnait comme but la présentation simple des sciences et techniques, sans les relier à leurs aspects sociaux et économiques ; depuis le projet a évolué, l’homme sera au centre des expositions, au travers de chaque thème ; des aspects économiques, sociologiques voire politiques y seront présentés.

L’intégration des dimensions socio-culturelles marque une évolution
importante dans la conception des musées « scientifiques », et l’ensemble des musées occidentaux de ce type, soucieux de la demande des visiteurs, attendent du musée de La Villette une opération pilote dans ce domaine.

Bien entendu cette tâche ne sera pas facile, et un « Comité Directeur » est chargé de fixer les grandes lignes du musée et son évolution ; les expositions permanentes devront être capables de se transformer tous les dix ans et de s’adapter à leur époque, d’où renouvellement rapide des équipes,
« transparence du montage du musée », montrer les limites dans chaque domaine, pluralité, etc…

Mais comment présenter objectivement des sujets controversés, tandis que des forums débats ne semblent pas clairement envisagés ?
400 personnes participent maintenant à l’équipe du musée ; il devient
urgent que se concrétisent les modes d’approche des expositions temporaires
ou permanentes, les choix des thèmes et leur présentation.

La Villette n’a rien à gagner des débats « sclérosés », mais elle ne
gagnera rien non plus avec une présentation dite objective ne reflétant
même inconsciemment que l’idéologie de ses auteurs, d’où un délicat compromis à trouver. Celui-ci sera ou ne sera pas, selon la volonté des différents intervenants des secteurs scientifiques et technologiques.

En attendant la réponse à cette épineuse question, même si vous avez déjà visité l’expo (co-produite avec l’ A N V A R) au printemps dernier, dans une
« bulle » à la foire de Paris, puis au métro Riquet (entre autres), n’hésitez pas à contacter l’équipe du musée afin de « tester » les projets en visitant l’expo dite JANUS, sur le site de La Villette.


Bernard Guillerey

Dernière minute : Maurice LEVY, professeur à l’Université Pierre
et Marie Curie vient d’être nommé directeur du Musée, sur proposition de M. FABIUS, Ministre de l’Industrie et de la Recherche qui assure désormais la tutelle du Musée. M. LEVY, auteur du premier rapport sur le musée, rédigé en 1979, remplace André LEBEAU relevé de ses fonctions en juillet dernier.



La Maison de La Villette

Histoire et vie quotidienne

Elisabeth PHILIPP - historienne - responsable de la Maison de la
Villette nous dit : « Les histoires se font et se défont. Ainsi se fait l’histoire à la Villette. Certains y verront un signe de la volonté des hommes. D’autres
une empreinte, celle des hommes de volonté. Entre les deux, il y a le quotidien dont témoigne le nombre. S’il s’interroge sur ce qui reste ou sur ce qui va être, n’est-ce pas une prise en compte du présent ? Tous ont envie de dire, peu veulent rester à l’écart, il faut les interroger.

À parcourir les quartiers des environs du parc de La Villette, les personnages apparaissent tantôt avec un esprit bougon, tantôt avec un brin de nostalgie, tantôt aussi avec un brin de fraîcheur dans des yeux qui pourtant ne sont pas ouverts d’hier. Car dans le fond, ne sont-ils pas l’histoire ? Après un instant de surprise - « on n’a pas l’habitude » - ou de méfiance - « habituellement, on ne nous demande pas notre avis » - tous, quelque part, sont fiers d’être ici, même s’ils n’y sont pas nés.

Ainsi de l’histoire d’un site, le parc de La Villette, à l’histoire des quartiers qui l’environnent, le parcours se tisse d’événements dont la Maison de La Villette sera l’écho. Aussi, y trouvera-t-on des documents apportés par les uns, ceux fabriqués par les autres, ceux donnés par certains. Ce qui semble important c’est que chacun décide de ce qu’il a envie d’y voir. Après tout, l’histoire se vit, se raconte et s’écoute ».

La Maison de La Villette dira et montrera les interrogations, les projets, la vie des quartiers en pleine mutation et d’un site qui n’arrête
pas de renaître.

Pour que ne se perde pas l’image du lieu et la force qu’il dégage - plus d’un siècle d’abattoirs et de marché aux bestiaux- une exposition en rappellera les phases importantes, l’ambiance et l’impact d’une telle entreprise, tant dans son environnement que parmi la population. Aujourd’hui Elisabeth PHILIPP, la Mission du parc et les membres de l’équipe de La Maison de la Villette, poursuivent plusieurs tâches.

Ils tissent de nombreuses relations avec le voisinage du parc, les associations, les scolaires. Ils recueillent les témoignages d’anciens chevillards
et professionnels des abattoirs, dockers, restaurateurs, ouvriers de tous horizons, entreprises, et surtout des habitants de toutes origines et de tous âges. A côté de ces portraits et débuts de biographies, ils composent un inventaire photographique du 19e arrondissement (architecture, urbanisme, patrimoine industriel, infrastructures… ) et un fichier des sources écrites et iconographiques relatives aux différents aspects et éléments des quartiers.
De même, ils amorcent un mouvement de recherche et d’études systématiques sur le 19e arrondissement et les communes voisines. Ce mouvement est entrepris en collaboration avec des ressources de La Maison
de La Villette qui se fixe d’ores et déjà des objectifs : organiser un espace d’expression de la vie quotidienne avec ses histoires, petites et grandes, ses portraits, créer un carrefour des connaissances des uns et préoccupations des autres ; retracer la mémoire du site sur lequel elle va s’installer.


Extrait du Courrier de La Villette



La Cité de la Musique de La Villette

Une cité de la musique à la Villette ?

Après les bêtes des anciens abattoirs, les scientifiques du futur musée, les mondains du parc, des artistes à la Villette !

Examinons cela de plus près ; en quoi va vraiment consister cette « Cité de la musique » que l’on nous promet ?

Le pré-programme de février 1983 nous dit que la décision a été prise en mars 1982 par la Présidence de la République. Tiens, un président musicien !

Parmi les motifs de cette décision, le retard considérable (sic) pris par Paris sur d’autres villes du monde ; de plus, trois problèmes de taille sont posés à la musique qui se développe quantitativement, mais mal : crise de la pédagogie, crise de la diffusion et cloisonnement excessif.

D’abord, crise de la pédagogie pour trois raisons : l’artiste doit faire face à un nombre accru de disciplines, à l’introduction de technologies modernes, à un rôle marqué de « médiateur » et « d’animateur social ».

Ensuite, crise de la diffusion : la communication musicale continue de passer essentiellement par le concert.

Enfin, le cloisonnement des activités : la création, l’enseignement et la diffusion sont souvent distincts ; peu de possibilité de permettre de faire se rencontrer publics et musiciens.

La Cité de la Musique de La Villette a donc, dans l’esprit de son concepteur, l’ambition d’être un lieu : « d’élaboration de pédagogies nouvelles, de formes nouvelles de diffusion et de communication ».


Quelles seront les composantes de La Cité de la Musique ?

Quatre équipements : l’Auditorium, le Conservatoire, le Musée de la Musique, les Ateliers de Création et d’Expérimentation Musicale.

- L’Auditorium comprendra une grande salle de 2 300 places et une salle expérimentale pour les manifestations grand public ; 2 salles annexes pour public restreint ; une salle de quartier.

- Le Conservatoire comprendra des salles d’enseignement et studios
individuels, salles de concours, classes de chant, des laboratoires, une documentation multi-média, l’hébergement en logements et une école de quartier.

- Le Musée de la Musique comprendra une galerie instrumentale, un département d’histoire sociale, un centre d’organologie (restauration
des instruments), une médiathèque musicale publique.

- Les Ateliers de Création et d’Expérimentation Musicale comprendront
des ateliers d’expérimentation, une petite salle de 200-300 places pour présentations et rencontres publiques, un espace de consultation et écoute, un espace de recherche.


On peut noter l’importance donnée aux espaces d’accueil devant desservir l’ensemble des équipements qui s’ouvrent ainsi très largement au public du parc et du quartier » et qui offrent à ces publics une grande diversité des services : commerces, restaurants, etc…

Comment cette cité de la musique viendra-t-elle s’insérer sur ce site de la Villette par rapport aux autres équipements que sont le Musée des Sciences, Techniques et Industries (M.N.S.T.I.) et le parc ?

Avec le M.N.S.T.I., les liaisons par thèmes seront : approfondissement des relations entre science et musique, réflexions sur les modes de présentation muséologique, inter-relation entre ateliers techniques.

Avec le parc, les liaisons porteront sur : les éléments sonores ou musicaux de plein air (instruments, sculptures), les lieux d’animation musicale dans le parc et la grande halle, les inter-actions entre ateliers du parc et ateliers musicaux de la cité.

À la lecture du document de pré-programme, apparaît l’idée que cette cité de la musique sera comme le parc, selon son concepteur, une cité « ouverte, expérimentale, permanente », ce dont on ne peut que se réjouir.


Alors, c’est pour quand tout cela ?

D’après nos informations, le conservatoire sera construit en premier, en prévision de la rentrée 1987, avec une salle de 800 places pour concerts, danse, chant. La salle de quartier de 300 à 400 places sera construite plus tard …

On nous a assuré que les dimensions des salles étaient largement prévues. Un concours « national et restreint » d’environ une vingtaine d’équipes chevronnées sera lancé à la fin de l’année avec esquisse de l’ensemble de la cité de la musique et une étude plus poussée sur le conservatoire.

Pour le logement des élèves, 800 logements sont prévus à l’extérieur de la cité, mais on ne dit pas où … ; la grande halle sera utilisée pour la musique.

Les relations avec le parc seront « beaucoup plus intéressantes qu’avec le musée » ; le centre de l’instrument sera à construire après le conservatoire, l’auditorium ensuite.

Le COLLECTIF LA VILLETTE a demandé que la Cité de la Musique soit entièrement située à la Porte de Pantin (Sud-Est du site). Pour l’instant, il semble que le conservatoire sera édifié au Sud-Ouest, le long de la rue Adolphe Mille ; le Collectif a proposé comme équipements annexes à ce conservatoire, destinés aux habitants du quartier, un jardin d’enfants musical, une halte-garderie, un atelier d’initiation à la musique pour enfants, un club et discothèque de prêts, des ateliers de répétition pour groupes locaux de tous âges.

Le Collectif demande à faire partie du jury du concours qui sera lancé sur la cité, et a proposé de participer avec les associations locales concernées à une fête de la musique sur le site l’an prochain.



L’abécédaire de l’établissement public
ou le bonnet d’âne

A.B. ? D.E.F.G.H.l. ??? M… U.V. !!!

Qui sont ces gens qui ne savent pas décliner l’alphabet dans l’ordre ? Nous sommes en direct depuis les locaux de l’Etablissement Public du Parc de la Villette (E.P.P.V.) dans la cité administrative… et nous sommes à la recherche de notre correspondant.

Nous interrogeons un des nombreux employés : plus de 600 personnes à l’E.P.P.V. !

Bâtiment B ? mais non, il a changé de bureau, il est maintenant dans le « U », à moins qu’il (elle) se soit installé dans le bâtiment H, quoique à cette heure il est certainement en réunion de coordination qui se déroule dans la salle de conférence bâtiment M. Impression désagréable d’être dans un rûcher dans lequel les abeilles auraient été remplacées par des papillons qui virevoltent de lettre en lettre ; du A au E, du I au V.

Ambiguïté du lieu ; extérieurement nous sommes dans une cité de transit
d’urgence d’après-guerre : baraques grises en fibro-ciment alignées bêtement
sur lesquelles sont peintes les lettres de l’alphabet qui bien sûr ne se suivent pas, (le A derrière le U), par contre, à l’intérieur, les bureaux et les nombreuses salles de conférence sont plutôt cossues.

Impression de malaise lorsqu’on dit que c’est l’équipe des décideurs, aménageurs et concepteurs de la future Villette, « Haut lieu culturel » qui ont édifié cette « cité administrative ».

Aussi, en déambulant de baraque en baraque, une foule d’interrogations trottent dans ma tête :

Pour les responsables de l’E.P.P.V. qu’est-ce que La Villette ?

Un terrain réservé ?
Un terrain vague à conquérir et à occuper ?
Un lieu sans valeur urbaine et architecturale ?

Auraient-ils oublié que La Villette existait avant qu’ils n’arrivent ?
Imaginent-ils que La Villette est hors de Paris, dans un champ de betteraves ?
N’ont-ils pas été sensibles à la qualité du paysage où les reflets des canaux
et des pavés se mêlent au gris du ciel ?
Pourquoi ont-ils ainsi occupé plus de 6 ha de terrain sur un des endroits
les plus intéressants du site de La Villette en détruisant l’espace architectural
par un parasitage et un dépavage abusif pour s’installer dans cette stupide cité administrative ?

Pourtant d’autres solutions nous paraissent possibles : plus économiques
en emprises au sol et plus riches du point de vue de l’espace urbain et des techniques de construction de bâtiments éphémères !
Quelques suggestions, pêle-mêle, sans ordre de préférence :

- Une cité flottante étalée le long des canaux, dans la petite darse et jusqu’au bassin de La Villette, éphémère et mobile.
- Une cité verticale à modules empilables proche des transports en comnun
qui participerait à la Ville et au quartier.
- Un train administratif sur les rails de la voie de raccordement de La Villette à la petite ceinture. Un wagon en plus, un wagon en moins parfaite souplesse d’utilisation et animation de ces anciennes voies désaffectées.
-Installation de l’E.P.P.V. dans les immeubles à démolir de la rue de Flandre ; à installation précaire, solution précaire !
- Une cité linéaire le long d’un axe qui relierait la Porte de Pantin à la Porte de La Villette ou le long des canaux.
Et certainement d’autres possibilités…

Il nous sera certainement répondu qu’il fallait faire vite !… Pourtant chaque mois, et ce depuis 1981, de nouveaux baraquements éclosent comme des champignons, sans pensée d’ensemble, sans plan cohérent.

Faut-il négliger le présent pour penser au futur ?

Mais quel futur s’il n’y a plus de passé, si l’Histoire du lieu est gommée ?

L’architecte du Musée des Sciences et des Techn.iques, Monsieur Fainsilber,
nous semble plus sensible à la poésie du lieu, il a en effet installé son agence sur des péniches amarrées dans la petite darse, et surprise, proche de la darse nous découvrons une agréable galerie couverte de toiles tendues jaunes qui relient quelques baraquements, et la promenade le long de cette darse devient alors agréable.

Alors nous nous mettons à regretter que les travaux d’aménagement du Parc ne commencent pas dans cette partie de la Villette, le long de la darse jusqu’à l’angle de la rue A. Mille et de l’avenue J. Jaurès. Ce premier morceau de Parc, en contact immédiat avec les quartiers, aurait été facilement fréquenté par les habitants et il aurait ouvert une perspective depuis l’avenue J. Jaurès sur le paysage des canaux, révélant ainsi l’importance des canaux sur l’Histoire et l’avenir de cette partie de Paris. Dommage, Je Parc commencera ailleurs du côté du boulevard Sérurier, au pied des bruits des boulevards extérieurs et du périphérique.

Il est peut-être encore temps de déménager les bureaux de l’E.P.P.V. pour laisser la place au parc ! Vous ne pensez pas ?

B. B.

Photo B. Guillerey : la Cité administrative…
sur un des plus beaux endroits du site.



L’effet Beaubourg

Ah ! La tête de Robert ce soir-là…

Déjà sa femme Jeannine et les habitués du Café en étaient secoués par tous ces va-et-viens rue St-Martin : flics, couples en tenue de soirée, étudiants chevelus protestataires… Mais il fallait bien s’y habituer, le chantier d’en face ne pouvait pas durer éternellement. Ils avaient bien fini par l’inaugurer ce tas de ferraille…

Les commentaires allaient bon train, Robert commençait même à s’échauffer, il en avait vu d’autres : les expulsions et la destruction du pâté de maisons d’en face, oh ! ça faisait bien une vingtaine d’années… la disparition à Rungis de ses potes mandataires de choux-fleurs et conducteurs de diable ; là, dur dur…

Le quartier était devenu brutalement désert, rideaux métalliques baissés, rues fantomatiques. Les clients disparus, il ne lui était plus resté que quelques vieilles putes de la rue Réaumur et des clodos ramasseurs de cartons d’emballage du Sentier qui dormaient sous les porches rue Quincampoix.

Par la suite, par un petit matin frileux, quelques ouvriers du chantier étaient bien entrés prendre un marc, mais ils étaient rarement revenus s’accouder à son bar en formica couvert de graisse, ils préféraient aller au Réaumur.

Ah ! la tête de Robert et de sa femme Jeanine… quand ce couple venant d’en face avait fait son apparition. La belle dame voulait faire pipi ; Jeanine lui a bien indiqué la direction, mais le fond du café était si encombré de caisses en
carton que ce n’était pas évident, bref, il avait fallu qu’elle l’accompagne.

Le beau monsieur, lui, avait pris un café, tout émoustillé de voir un spectacle populaire si exotique. Ça le changeait des courbettes, des compliments, des cirages de godasses aux responsables détenteurs de crédits de recherche pour son génial projet d’exposition, qui serait sûrement programmé au 1er niveau l’année suivante,… au diable ces requins mondains entassés autour des buffets, vive le populo !… Les habitués, eux, s’étaient tus, gênés…

Les invités de l’inauguration du Centre Pompidou débarquent en force dans le café au cours de la soirée. Jeanine ira même jusqu’à reprocher à Robert de n’avoir pas mis la cravate. Les habitués étant partis, les envahisseurs reprennent dans le café leurs conversations mondaines…

Après avoir refusé de vendre leur fond de commerce aux rapaces de l’immobilier qui écumaient le parvis, Robert et Jeanine vont sombrer dans l’alcool ; Jeanine décédera d’une cirrhose en 1981. Quant à Robert, il vendra le café qui est devenu une boutique de vêtements.


Écrit au Café de « l’horloge », Avenue Jean Jaurès, le 11 mars 1988, soir de l’inauguration du Parc de La Villette…

Photo B. Guillerey : « remettre les pendules à l’heure du XXIe siècle ?
L’horloge a quitté la place de la Criée … pour la Cité Administrative.
 »



Expo 89… Rendez-vous manqué

Demandé par la France pour célébrer le bicentenaire de la Révolution de 1789, PARIS fut proposée et acceptée par les instances internationales. Quelle occasion extraordinaire pour un gouvernement de gauche, après plus de 25 ans d’« exil politique » , de rapeler aux peuples de la terre, les principes fondamentaux des Droits de l’Homme. Quel pari audacieux fallait-il oser faire pour rejouer les pièges tendus par la crise économique. Les chiffres avancés par M. TRIGANO expert nommé par M. MITTERAND pour chiffrer ce projet ont été très contestés.

Au delà des obligations d’anticiper les infrastructures nécessaires à cette expo, il était à noter la création de 200 000 emplois, la participation de près de 60 millions de visiteurs et un rayonnement économique non mesurable, assuré pour des années.

La dernière exposition universelle en. 1967 a MONTRÉAL, a été, aux dires de M. Jean DRAPEAU, maire de cette ville, très bénéfique à tous points de vue, malgré les 10 milliards de francs d’aujourd’hui investis dans cette opération.

Pour PARIS et sa région, cela aurait pu être l’occasion d’améliorer et moderniser son réseau de transport ferré et routier, redonner un coup de fouet au commerce, à la construction et aux travaux publics ; le contribuable aurait su au moins à quoi servaient ses impôts !

On comprend mal alors pourquoi une bataille aussi futile sur le lieu, s’est déroulée entre CHIRAC et MITTERAND. Opposer BERCY et MARNE-LA-VALLÉE à BERCY - JAVEL - LA VILLETTE, peut sembler un prétexte pour refuser de répondre à la question de fond : la FRANCE de 1981 est-elle une puissance économique et culturelle capable de faire entendre une autre voix (voie) face
aux deux blocs ?

Mais on comprend mieux par contre, la bataille qu’a menée le Maire de PARIS sur les sources de financement de cette opération et les nuisances qu’elle occasionnerait pour les habitants de la ville… C’était jouer sur du velours.

Annoncer dès l’origine que si CHIRAC s’y opposait, il n’y aurait pas d’expo, c’était laisser entendre que le gouvernement, récent dans le métier, avait suffisamment de préoccupations pour ne pas s en ajouter.

C’est aussi refuser d’affronter le leader de l’opposition sur son terrain et priver le Chef de l’État de l’auréole d’une expo réussie. Nul doute que les électeurs ou électrices que nous sommes, sauront se souvenir de qui porte la responsabilité de cet échec. Quelle déception !

L’expo, si elle avait eu lieu, aurait obligé sans nul doute les pouvoirs publics à accélérer les réalisations prévues sur le site. Ce pouvait être une garantie contre les risques de dérapage des programmes initiaux, qui ne manqueront pas de trouver justification.

C’était aussi, avec 350 000 visiteurs par jour durant 6 mois, un lancement assuré pour l’Établissement public du Parc de LA VILLETTE.

Gérard Andrieux


Lire aussi l’entretien avec François Barré, Bernard Tschumi et Élisabeth Philipp :
« À la Villette, la concertation à l'épreuve »

Article mis en ligne en mars 2014.

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