Carnaval, une légende de l’Est parisien :

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La « descente de la Courtille »

Par Maxime Braquet


Attention, rédaction en cours de révision. Chantier ouvert le 31 octobre. 2017. Finalisation très prochaine, en janvier 2019.


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Image 1. Départ du cortège de la Descente vu par Célestin Nanteuil, 1842. Musée Carnavalet


On ne visite jamais assez le musée Carnavalet, qui n’est pas appelé pour rien musée de l’Histoire de Paris. On y prend connaissance d’une foule de visages et de paysages peu connus ou carrément ignorés de la capitale et de ses entours à différentes époques. Entre autres perles, il y a pour nous, dans le salon Vert du musée de la rue des Francs-Bourgeois (Paris 3e), au premier étage, au sein de la partie consacrée aux années courant entre les deux empires, une huile sur toile majestueuse du peintre Célestin Nanteuil, datée de 1842 et titrée La Descente de la Courtille [1].
Au plan artistique, tout d’abord, l’œuvre a bien sûr des mérites mais, pour l’historien, elle est estimable à deux autres égards. Premièrement, le tableau offre une vue de l’entrée de l’ex-commune indépendante de Belleville [2] à partir de la barrière d’octroi – de douane, dit autrement –, bien visible au premier plan de la peinture. C’est à peu près la seule et en tout cas la meilleure image que nous possédons de l’endroit en 1842 ; un bonheur documentaire : on voit que la construction immobilière est déjà très serrée, à tel point même que nous avons peine à discerner des vestiges de ces guinguettes qui firent la gloire de la place dans les décennies antérieures. Luxe de précision réaliste, Nanteuil a reproduit, sur la tranche aveugle du premier immeuble, à droite, l’inscription publicitaire de l’établissement Mazure, passementerie, qui, en effet, dans les années 1835-1860, ouvrait ses portes au rez-de-chaussée du 4, rue de Belleville. L’autre intérêt, documentaire aussi mais d’une façon différente, tient naturellement à la scène de vie figurée au centre de la toile. À n’en pas douter, il s’agit d’un défilé de carnaval. Nous avons là le témoignage du tout début du déroulement d’un évènement considérable qui, de 1830 à 1860, en gros, va chaque année marquer le calendrier des festivités du Paris romantique. De toutes les manifestations carnavalesques, celle qui s’inaugurait ainsi à la porte de Belleville représentait, plus encore que le défilé multiséculaire du Bœuf gras, le sommet, l’apothéose, et la toute dernière en même temps, faisant quasiment office de cérémonie de clôture. Elle a donné le titre du tableau de Célestin Nanteuil (voir image 1). De cette circonstance vraiment extraordinaire, il subsiste de nos jours un spectre, une aura, une onde de légende mais elle a constitué une page d’histoire populaire réelle qu’il est avantageux de retracer.

Légende de la vignette de l’onglet d’accueil : La Courtille au matin du mercredi des Cendres. Dessin de Salesinger (gravé par Lacoste aîné) pour le livre « Les Rues de Paris… »*, Louis Lurine, 1843.
Avertissements
Dans le corps du texte, l’astérisque qui suit certains titres de livres ou noms d’auteurs renvoie à la liste bibliographique de la fin de l’article.
La rédaction de l’article reprend, remaniées, des parties du texte d’appui d’une conférence prononcée en 2004 pour l’association Histoire et Vies du 10e (hv10.org) et publié dans son bulletin n° 2. Les informations ont été augmentées, corrigées ou précisées.


L’écho suivant au loin la descente de la Courtille après son extinction a faibli en même temps que diminuait l’attrait du carnaval à Paris. Dans la capitale, les défilés, entrés en déclin dès la fin du XIXe siècle, y ont pratiquement disparu entre les deux guerres mondiales [3]. Sous la Restauration puis la monarchie de Juillet, au contraire, les vieilles traditions de carnaval jouissaient d’une ferveur soutenue. La descente de la Courtille – la Descente – était une mascarade tapageuse, excessive, caricaturale, grotesque, « hénaurme » en un mot, qui portait les libéralités habituellement associées au carnaval à un point de licence extrême. En dépit de l’opprobre jeté par la société bien-pensante, des foules de Parisiens l’attendaient chaque année, s’y préparaient longtemps à l’avance et, quand l’heure était arrivée, en vivaient intensément les instants [4].


Un héritage païen

Afin de bien mettre à l’esprit ce que représentait ce bouillonnement populaire, il n’est sans doute pas vain, au risque près d’un discours professoral un tantinet ennuyeux, d’opérer un rapide rappel culturel. Le principe de base qui gui