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Q.L N° 006 - DÉCEMBRE-1979

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Vivre Place des Fêtes


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Dessin de Paul Adnot.


La rénovation de la Place des Fêtes est maintenant pratiquement achevée, et c’est tout un quartier qui a complètement changé de visage : ce nouvel espace, comment le comprendre, comment y vivre ? C’est une question que se sont souvent posée les gens qui se retrouvent à la Maison de Quartier ; beaucoup sont d’anciens habitants qui ont vu se construire les tours, et regrettent peut-être un peu le temps des petites maisons, des bistrots, certains sont nouveaux dans le quartier, habitent une tour. Tous sont d’accord pour dire qu’il ne sert à rien de rêver sur le passé, mais que continuer à lutter pour une maison de quartier ouverte aux habitants et gérée avec eux, cela veut dire se faire connaître des nouveaux venus, apprendre à les connaître, analyser les modes de fonctionnement, les besoins, les problèmes, d’une population différente, qui est venue s’installer Place des Fêtes sans forcément avoir une idée de son histoire.

Et ce n’est pas forcément facile : la Place des Fêtes est, qu’on le veuille ou non, devenue un espace-dortoir : beaucoup de ses habitants ne rentrent chez eux que le soir, s’engouffrent dans un parking, montent en vitesse à leur étage, n’ont ni le temps, ni sans doute la motivation suffisante pour aller voir ce qui se passe ailleurs, à côté, en bas. Les dimensions ont changé, l’espace a changé, et en fonction d’eux, les réflexes quotidiens des gens ont changé aussi. La tentation d’oublier l’"extérieur", de se réfugier dans la chaleur d’un intérieur protégé, est grande. La notion de "quartier", avec ce qu’elle implique de communications entre les gens, de circulation d’une information au sens large du terme, court le risque de disparaître .Un simple exemple : avant, quand il y avait quelque chose qui se passait dans la rue, les gens se mettaient instinctivement aux fenêtres. Maintenant, une animation sur les dalles ne rencontre souvent que vitres fermées… et d’un 15e étage, comment y voir ? Un habitant de la tour Occident nous disait l’autre jour que les ascenseurs de l’immeuble ne sont pas programmés pour monter : si on est au 12e, on doit redescendre au rez-de -chaussée pour remonter ensuite au 18e : même monter voir le voisin devient une opération difficile !

Dans ces conditions, la Maison de Quartier n’est-elle pas une vieille illusion ? Nous continuons à penser que non, que plus que jamais peut-être s’en ressent le besoin .. mais qu’il y a des formes nouvelles d’action, d’intervention, de communication à trouver, en collaboration avec les habitants.


Vivre à la place des Fêtes : une rénovation urbaine à Paris

Tel est le titre d’un rapport de recherche fait par Robert Baillon et Sally Kitchell pour le Ministère de l’environnement et du cadre de vie en novembre 78 : c’est une grosse thèse, passionnante à lire, et qui a été réalisée à partir d’une enquête approfondie sur l’îlot rénové. Il serait trop long de la résumer entièrement ici : mais nous vous proposons quelques extraits de cette réflexion sur le devenir d’un quartier et de ses habitants.

Les auteurs commencent par comparer l’ancien quartier (petits immeubles, importance des surfaces non-bâties, cours , jardins, sorte de "village" dans la ville, secteur "parcellaire tourmenté", mais moins vétuste qu’on a bien voulu le dire en haut lieu… ), et le nouvel espace : tours, barres, lieu uniformisé à forte concentration de population : îlot moderne enclavé dans un quartier qui
garde encore un aspect traditionnel (le vieux Belleville). Ils comparent ensuite les deux populations : celle d’origine : à dominante populaire (46,6% d’ouvriers , et pas de ségrégation sociale spatiale, toutes les catégories se mélangeant ; beaucoup d’artisans qui habitaient et travaillaient sur place, des vies "unifiées" au sein du quartier, 14 cafés autour de la Place, qui étaient des lieux de vie collective et de contacts ; une diversité, mais aussi une cohérence profonde entre espace et habitants), et la population nouvelle : très nombreuse (19000 prévus), avec une forte représentation des catégories socio-professionnelles supérieures : 52,6% de cadres moyens et employés, 15,5% de professions libérales et de cadres supérieurs (même dans les HLM, sauf pour l’îlot 153).

Le résultat de la rénovation

"Cette image prestigieuse qu’on était censé créer, en particulier en ce qui concerne la Place des Fêtes, site privilégié puisque "toit de Paris", force est de constater que pour l’opération qui nous intéresse, on est loin de l’avoir produite. (…) La médiocrité d’ensemble de la réalisation architecturale aussi bien dans la pauvreté de création des formes et d’utilisation des matériaux que dans l’incohérence de l’échelle utilisée, ne peut que frapper les habitants et le promeneur… "

un espace répétitif, trop uniforme, sans rupture, des tours de taille démesurée par rapport au square : inhumain … et qui isole du reste du quartier, du monde :

"Ce traitement "esthétique" des équipements et du mobilier urbain (en parlant de l’école et de la dalle avec lampadaires, ndlr) se dévoile comme des signes arbitraires dont la fonction réelle est de tenter de masquer une réalité sur laquelle ils sont plaqués (…). Cet espace a été créé dans un tout autre but que celui d’engendrer la beauté, de permettre la sociabilité, la liberté", lesquelles sont "ré-introduites artificiellement sous la forme de signes sur-soulignés" ·

Une optique de rentabilité : entassement des ménages, standardisation de l’habitat, concentration du commerce (l’énorme Radar), dissociation des fonctions attribuées à l’espace, etc…

Les auteurs décrivent ensuite l’espace, en montrant que la cohérence initiale des plans n’a même pas été maintenue - l’architecte avant prévu un espace "plus aéré, plus vert" - et que la plupart des équipements socio-culturels et sportifs n’ont pas été réalisés : maison de quartier, crèche, LCR (locaux collectifs, qui ont été rognés par les promoteurs) etc…

"La maison de quartier apparaissait à tous comme un des besoins prioritaires : son échec (c’est à dire la non-obtention de sa construction par la SAGI, ndlr) a marqué les limites de la volonté de concertation et de prise en compte de la "dimension humaine" exprimée par les représentants des pouvoirs publics".

Suit une analyse de quatre"lieux" d’observation : le square, le plateau central, la rue piétonne Eugénie Cotton, le terrain d’aventure (supprimé depuis).

Si le square conserve une grande partie de ses significations anciennes
(lieu de rencontre, de marché… ), le plateau central est un espace concurrent.

Le square :
"C’est un public habitué, qui vient constamment" (le gardien). Mais les interdits sont nombreux (pour les enfants), et les pré-adolescents ne fréquentent guère le square : pour eux, la "plateforme" est un espace plus libre, à conquérir.

Les adultes et personnes âgées se rencontrent sur le square ; mais il apparaît que les nouveaux habitants ont plus de mal à établir le contact. Certaines mères souhaitent une animation du square : par exemple, pourquoi le kiosque est-il inutilisé alors qu’il pourrait y avoir spectacles, marionnettes, etc ?

Article : Michèle


Article mis en ligne en 2012 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens, actualisé en octobre 2013.

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