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Alfred Courmes

Par Vitalie Andriveau et Gilles Bernard préface de Michel Onfray éd.du Cherche Midi,décembre 2003.

JPEG - 64 koToux ceux qui réunissent en eux le goût de la peinture et l’amour de nos quartiers doivent se réjouir : un beau livre a paru récemment en hommage à Alfred Courmes. C’est le premier ouvrage complet (ou presque) jamais consacré à cet artiste hors normes marginal volontaire, décédé en 1993 à l’âge de 95 ans, dont les tableaux empruntent très souvent leur décor aux paysages du canal Saint-Martin, de la place du Colonel Fabien et de l’avenue Secrétant. Il habitait dans les parages de la gare de l’Est et, en 1930, s’était fait même exploitant d’une salle de cinéma populaire, le Verdun-Palace, au 176 de la rue du Faubourg-Saint-Martin. Il suffit de feuilleter les pages de l’album, couvertes de remarquables photogravures des réalisations du maître, pour s’apercevoir très vite qu’on a affaire à un drôle de numéro de peintre. On dirait d’un artiste académique, pompier même, choisissant ses thèmes grandioses, d’un dessin réaliste léché, dans l’histoire et la mythologie antique mais qui, en même temps, saboterait systématiquement son inspiration par des facéties gauloises. Même les simples toiles de paysages, à première vue bien tranquilles, telle une vue de l’église Saint Georges (rue Simon-Bolivar), recèlent au second examen des détails et une atmosphère bizarres.

Si l’œuvre d’Alfred Courmes est demeurée de son vivant largement confidentielle, [1] alors que la technique éprouvée et l’assurance des compositions du peintre sont évidentes, c’est qu’il a conçu son art comme une perversion. Et, selon le bon goût officiel, on ne doit pas galvauder la chose sacrée qu’est l’Art. L’œuvre picturale de Courmes est fascinante. D’ailleurs, si bien d’autres artistes - surtout dans l’école surréaliste dont Courmes se rapproche à plusieurs égards - ont mis en question l’Art par l’art lui-même, ils l’ont malgré tout fait avec un esprit, dénonciateur peut-être de l’institution culturelle, mais sérieux. Voir dans ce sens les fantasme érotiques scandaleux de Clovis TROUILLE, un peintre qui était du reste l’ami de Courmes et aussi un résident de nos quartiers. [2] Le pire, chez notre parodiste des chefs-d’œuvre de musées, c’est qu’il plaisantait donc sur l’art avec un absolu manque de sérieux. Corrompre l’imagerie saint-sulpicienne, un Dali l’a fait mille fois et, tout en renversant les signes, demeura respectueux de la religiosité artistique mais imagine-t-on de représenter, à l’exemple de Courmes, le martyr Sébastien vu de derrière en maillot de marin et béret à pompon, se baladant près d’une écluse du canal Saint-Martin les fesses à l’air et plantées de deux flèches sous l’œil interloqué d’un employé de bureau encravaté ? Conçoit-on une Andromède vêtue d’une seule gaine Boléro et se trémoussant de douleur au poteau où Jupiter l’attacha devant un Persée boutonneux en tenue de boy-scout qui, au lieu de la délivrer de ses liens, lui joue un petit air de flûte ? Est-il permis de frimer un Sphinx en star hollywoodienne bien en gorge, souriant Colgate de toutes ses dents et tripotée par un bellâtre d’Œdipe ? Le bivouac d’un escadron d’Amazones a-t-il bien sa place autour d’une vespasienne à deux pas de la passerelle de l’Hôtel du Nord ?


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Autre savoureux détournement publicitaire de Courmes : Ave Maria ou Pneumatique Salutation angélique (1968).

Mais, si vous voulez notre avis, c’est justement en raison de cette iconoclastie exaspérée, de cette mise en abîme forcenée de nos mythes culturels, que l’œuvre picturale de Courmes est fascinante et mérite que le vaste public le découvre. Grand merci aux deux auteurs du livre d’avoir intercédé.

Maxime BRAQUET

Photos © ADAGP / Fonds national d’art contemporain (Roubaix)


Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en octobre 2014.

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[1De son vivant, il a malgré tout connu plusieurs expositions personnelles et a reçu des distinctions. Quelques-unes de ses toiles ont été achetées par des musées nationaux. Courmes avait plusieurs membres du groupe surréaliste dans ses relations.

[2Il avait son atelier au 57 de l’avenue Mathurin-Moreau. Voir à son propos l’article que notre amie Denise François lui a consacré dans Quartiers Libres n° 84/851 mai 2001.

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