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Opinions

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« Associations Blues »

De la vie associative dans le 19ème


LE MOUVEMENT ASSOCIATIF PEUT-IL, DOIT-IL REMPLIR UNE FONCTION DANS LE POLITIQUE ?

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C’est pour nous un choix fondamental d’écrire ensemble cet article, destiné à montrer qu’au delà de nos différences de famille politique (l’une socialiste, l’autre libérale) nous nous retrouvons sur les impulsions à donner à la vie locale.

En effet rien ne nous sépare sur le rôle essentiel des associations dans la mise en œuvre d’une participation effective des citoyens à la vie de la cité. N’est-ce pas d’ailleurs l’origine étymologique du mot "politique" ? Notre discours n’est pas celui de théoriciens puisque pendant six ans nous avons œuvré pour que ces idées soient mises concrètement en application dans le 19e arrondissement.



Place des Fêtes et 19ème

Nous habitons tous les deux dans le quartier de la place des fêtes et nous avons agi ici parce que c’est chez nous et que nous aimons les gens qui y habitent, comme nous aimons ce cadre (certes nous l’aurions préféré moins abimé par la rénovation sauvage des années 70).

Nous avons connu les habitants en vivant avec eux et en en agissant dans nos immeubles et autres lieux de vie et de rencontres locales.

Nous nous sommes retrouvés sur l’analyse de l’action passée, politique et associative et de "rénovation" menées sur la Place de 70 à 82. Nous partagions les objectifs du mouvement associatif de cette époque douloureuse pour le quartier, partagé dans sa volonté de rendre la place des fêtes conviviale, de l’équiper en lieux de rencontres, de créer une nouvelle dynamique socio-culturelle.

Mais nous étions aussi réservés l’un que l’autre sur la façon dont ce mouvement, à l’époque P.F.A. (Place des Fêtes Avenir), n’avait pas su établir le contact avec les autorités municipales (ceci ne signifiant nullement que les autorités parisiennes de cette époque soient exemptes de critiques).

Nous avions en 1983 un certain nombre d’éléments pour travailler :

- La loi PLM allait donner au mouvement associatif un interlocuteur plus direct et plus proche : le Maire d’arrondissement.

- L’un de nous était élu sur la liste dite de droite et l’autre présidait la toute nouvelle association "Place des Fêtes" qui avait remplacé P.F.A.



Pendant six ans notre combat a été le même :

- Favoriser l’expression locale, animer la place, regrouper les initiatives.

- Dialoguer avec la municipalité sur les problèmes du quartier. Nous avions à ce
niveau des rôles différents puisque l’élu local était chargé par le maire du 19e de la vie associative.

Dès 1984, le lien était officiellement rétabli entre la municipalité et le mouvement associatif de la Place des Fêtes et matérialisé par la participation effective de l’élu local au fonctionnement du groupement qu’associations et municipalité avaient décidé de créer. Le but : faciliter l’aménagement d’un local dans un bout d’immeuble inoccupé depuis les années 70.

Grâce à nos actions complémentaires ce local a pu être inauguré en mai 88,constituant sous une forme certes réduite,une base bien réelle pour le développement de la vie associative de l’arrondissement.

Ensembles, avec les militants de nos associations et les responsables associatifs du quartier, nous avons avancé dans dans l’animation et facilité le dialogue avec la mairie. Nous avons également permis que s’amorce une réflexion sur les problèmes des équipements et de l’aménagement de la Place des Fêtes.

Cependant au départ aucune connivence n’existait entre nous. Nous avions au contraire à prendre en compte la pesanteur de nos groupes politique respectifs ainsi que nos sensibilités différentes que seul l’intérêt que nous portions au quartier nous a permis de dépasser. Cette action constitue une évolution positive de l’action politique municipale.



Élus-Associations : des relations ambigües

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À l’occasion des municipales, nous nous sommes interrogés à divers titres sur notre présence sur les listes de nos familles d’origines, nous y avons finalement renoncé. Pourquoi ?

En premier lieu par clarté avec nous même et pour éviter toute ambiguïté avec la vie des associations. Mais aussi, et essentiellement, parce que nous n’avons pas trouvé, dans nos tendances respectives, la volonté de considérer la vie associative comme une composante à part entière de la vie de la cité. Nous faisons l’un et l’autre le même constat : les associations intéressent les partis politiques comme un "plus" dans leur action … mais refusent fondamentalement de prendre en compte leurs aspirations à la participation à la démocratie locale.

Nous pourrions en ce domaine et dans chacune de nos familles politiques donner plusieurs exemples. Contentons nous de dire que les propositions de nos "amis" politiques par rapport à la participation locale des habitants de la cité ne comportaient aucune formulation digne de ce nom.

Un point d’application concret en est justement l’aménagement de la place des Fêtes. Le maire du 19e a engagé en juin 88 un processus de concertation, décision on ne peut plus positive, mais il laisse, en fin d’année, les choses se détériorer alors que l’ensemble,du mouvement associatif du quartier attendait avec beaucoup d’espérance le résultat de cette démarche.

De plus, au moment ou est présenté au conseil d’arrondissement la délibération approuvant le principe du réaménagement, son financement et ses grandes options aucune relation n’est entreprise avec les besoins tels qu’ils se sont exprimés ; pis encore, un panneau d’information est posé avant même que le projet ne soit approuvé.

La gauche socialiste, tenue au courant de ce qui se passe, ne réagit pas. Elle paraît avoir peur de donner aux responsables associatifs une crédibilité sur le quartier qui nuirait à l’influence de ses propres dirigeants. Là aussi erreur politique. En effet, la démultiplication des responsables enracinés localement est un atout considérable qui ne peut que favoriser l’adhésion aux idées qu’elle professe.

De plus les luttes pour le pouvoir à l’intérieur des partis ne permettent pas de regarder avec lucidité les réalités locales et les besoins des gens. Les arguments utilisés par la gauche lors du débat du conseil d’arrondissement, et bien ,que celle-ci ait été informée des actions menées, ne prenaient pas en compte les points de vue exprimés par la population.

Signalons pourtant que l’action menée par le mouvement associatif de la Place des Fêtes ces dernières semaines et la fermeté de ses dirigeants ont finalement été payantes puisque (conférer à ce sujet l’article de presse de libération du 10/03/89) :

- Une partie de l’opposition municipale est intervenue par l’une de se représentantes au conseil de Paris en reprenant à son compte la réflexion et les propositions du mouvement associatif.

- Le Maire de Paris, en présence de celui du 19e a reconnu le 17 février le bien fondé de la demande des associations et a décidé de jouer le jeu de la participation des associations pour le recensement des besoins des habitants de la Place des Fêtes. Il a même promis une maison de quartier.

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Notre conception de la vie associative

Pour tenter de donner une définition de ce qu’est la vie associative nous dirions que ce sont tous les échanges et toutes les actions (internes ou externes) qui concourent au développement du mieux être dans la société. Ceci concerne également dans une certaine mesure les églises, les partis, les syndicats, les acteurs commerciaux mais restons en aux associations proprement dites.

L’action politique locale peut-elle promouvoir la vie associative ?

Oui, à condition que tout soit mis en œuvre afin que responsables associatifs et élus locaux se considèrent comme-partenaires, qu’ils acceptent de dialoguer et qu"il n’y ait pas d’empiètement mais au contraire respect mutuel de la fonction de chacun.

Les associations créent l’espace pour l’initiative locale, elles encouragent la prise de responsabilité pour rendre l’homme à même de se situer dans son cadre de vie.

La municipalité encourage les initiatives collectives, oriente en fonction de ses propres priorités. et finance en conséquence sans pour autant céder à la tentation de la récupération.

Il ne peut y avoir non plus d’intervention dans la vie des associations ni d’obligation à remplir une fonction d’ordre social, ni d’entrisme pour les contrôler.

Il est du rôle des élus de ne pas aller dans le sens de l’assistance aux associations mais au contraire de favoriser leur autonomie financière. Par contre il leur revient de favoriser à leur demande, la rémunération des prestations effectuées dans un projet d’intérêt général.

Mouvement associatif et municipalité peuvent donc concourir ensemble à une amélioration de la vie de quartier. Il faut pour cela des supports et des espaces où puissent se côtoyer les responsables associatifs et les élus dans le respect des rôles des uns et des autres. Attention cependant Messieurs les élus a ne pas vous considérer comme les détenteurs uniques de la vérité et du pouvoir !

Sur la Place des Fêtes le groupement des associations a joué un rôle essentiel dans la mise en place de la concertation. Il convient maintenant de consolider l’édifice. La loi PLM comporte des mécanismes qui, bien appliqués, peuvent conduire à un dialogue institutionnalisé dans lequel chacun trouve son intérêt, les associations jouant leur rôle de collecteurs de besoin des habitants, sans perdre leur autonomie de pensée et d’action.

En d’autres termes est-il souhaitable que le pouvoir soit en permanence centralisé et que tout soit décidé sans consultation des organismes représentatifs que sont les associations ?

Pourquoi ne serait-il pas reconnu aux associations regroupées dans un quartier et sous certaines conditions de représentativité le droit d’intervenir dans le cadre de la vie locale ? Faisons le pari que les partenaires en sortiraient renforcés.


Jean REBY / Christian URIEN



Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2013.

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