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Une expérience intéressante dans le 19ème

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Au collège de la Grange-aux-Belles


Titre original : « Une expérience intéressante dans le collège de la Grange-aux-Belles dans le 19ème arrondissement »


À l’occasion de la commémoration du 50e anniversaire du débarquement, une ancienne résistante, Lucie Aubrac, et un ancien déporté, Henri Borland, apportent leurs témoignages personnels et leurs souvenirs encore gorgés d’émotion de cette période trouble.

Elle est là, debout dans l’allée, plantée bien droite, la tête redressée, la voix assurée, mais prenante, captivante : dès les premières paroles, elle les a accrochés.
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Lucie Aubrac - Photo : M.A.A.

Elle, c’est Lucie Aubrac, résistante de la guerre 39-45 , à Lyon. Eux, ce sont les élèves des classes de 3e de la Grange-aux-Belles, réunis dans la salle polyvalente. Ils écoutent celle qui est venue leur parler de ce qu’elle a vu, de ce qu’elle a vécu. Son discours est clair, précis, bien construit.

La Résistance, leur dit-elle, c’est trois choses. La première, c’est de protester  : la première façon d’être résistant, c’est de ne pas être d’accord. On trouve injustes toutes ces arrestations de personnes qui vous côtoient. Lucie Aubrac est professeur à Lyon, sa directrice est révoquée. Pourquoi ? Parce qu’elle est juive. Pétain agit comme Hitler : les personnes d’origine juive ne peuvent plus être fonctionnaires. C’est injuste. On n ’est pas d’accord. De nos jours. chacun d’entre nous aurait pensé la même chose. Lucie Aubrac élargit le débat en le transposant à notre époque.

La seconde arme de la Résistance, c’est l’information . Mais les réunions sont interdites, la radio est allemande. Le moyen qui reste, c’est : écrire. Il faut du papier et il est interdit d’en vendre. On se met d’accord avec un imprimeur qui, habilement, en subtilise. Des petits journaux clandestins circulent sous le manteau.

Le troisième élément, c’est la solidarité . Il faut aider les familles dont le père a été arrêté. Il faut des faux-papiers pour ceux qui sont pourchassés. Des collectes sont organisées.

Ces trois armes de la Résistance sont à la portée de tout le monde. Mais il faut aussi. combattre les Allemands. On doit s’organiser pour se battre. Cette lutte commence dans de petits groupes de sabotage : un chimiste, dans son laboratoire, fabrique de petits explosifs, un cheminot aiguille mal un train pour faire évader des prisonniers. L’évasion des prisonniers, c’est dans cette branche que se trouvait Madame Aubrac.

Comme elle le dit, elle a eu de la chance, elle ne s’est jamais fait arrêter.

Le 6 juin 1944, c’est le débarquement des alliés , qui, avec l’armée française créée par le Général de Gaulle, écrasent les Allemands. Au cours de son exposé, Madame Aubrac revient plusieurs fois sur ces différents éléments, elle les répète aux adolescents qui la suivent des yeux et répondent à ses questions. Ils sont réservés, un peu intimidés par cette "vieille dame", comme elle leur dit. Ils sont heureux de l’écouter, elle les félicite de leurs réponses. Ils ont bien appris leur cours d’histoire, car, c’est au programme la guerre 39-45, mais pour eux, c’est loin. Qui leur en parle en dehors du collège ? Pour certains, leurs parents ? Leurs grands-parents ? Et pour beaucoup, c’est de l’histoire, c’est du passé.

Les professeurs d’histoire ne se sont pas contentés du cours. Ils ont déjà projeté "Nuits et brouillards", le premier film sur les camps d’extermination et quelques séquences de "Shoah", le document incontournable de Lanzmann. Leurs élèves ont élaboré une exposition sur la Résistance dans le 10e et le 19e arrondissement de Paris, qui sont remplis de souvenirs : le Colonel Fabien, c’est le résistant Pierre Georges. La place est à deux pas du collège. Ils ont fait aussi un ou deux panneaux concernant la Déportation. Ils entrent donc de plain pied dans la vie d’Henri Borland, déporté à Auschwitz-Birkenau : simplement, il relève sa manche, et sur son bras tatoué son n° matricule.

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H. Borland et L. Aubrac - (photos d’après vidéo).

Né dans une famille nombreuse qui fut évacuée en Anjou, il fut arrêté un jour avec les hommes de 15 à 50 ans. Dans la commune, ils fréquentaient l’école catholique. Il était juif, mais se sentait catholique. Ils apprenaient une nouvelle chose : le catéchisme. Ils avaient été baptisés. Ils vivaient heureux, dans une maison avec un jardin jusqu’au jour où le camion s’arrêta pour les emmener… travailler en Allemagne, paraît-il. Par l’intermédiaire d’un cheminot, il envoie à sa mère un message qui lui parviendra.

Dans les camps, il y restera de l’âge de 15 à 18 ans. C’est l’enfer. Dès l’arrivée, des hurlements, des coups, des chiens, des SS et des Kapos . À cette époque, 1941 sans doute, la sélection ne se fait pas. Par la suite, dès l’arrivée, les personnes âgées, les malades, les femmes enceintes sont dirigées vers les chambres à gaz. Le régime est infernal. On les tue, mais on les affame auparavant : peu de nourriture, pas de soins. On leur fait exécuter des travaux inutiles. On les réveille souvent pour les compter.

Henri Borland sera transféré de camp en camp, séparé de sa famille. Dans le camp, ce n’est que typhus, dysenterie, poux, faim, soif, maladie. Du convoi, 14 hommes sont revenus et aucune femme.

Un élève demande comment s’est passé sa libération. Comme les armées russes approchaient, on les a emmenés dans un camp proche de Berlin. Il put se sauver avec d’autres, profitant de la pagaille. Des prisonniers de guerre, dans une ferme du village, le cachèrent avec son camarade une nuit et un jour : c’était le 3 avril 1945. Le lendemain, c’est l’entrée des Américains. Le camp n’est plus qu’un charnier.

Les questions fusent. Comment Hitler a-t-il disparu ? Comment a-t-il pu reprendre une vie normale ? Et les Allemands, qu’est-ce que ça lui fait ? Henri Borland répond toujours avec beaucoup de douceur et de gentillesse. Il est très ému.

Les nazis sont à combattre, ainsi que les néo-nazis. De jeunes Allemands luttent contre eux. Certains Allemands ont été internés. De nos jours, ils sont démocrates. Henri Borland a épousé une Allemande. "Il nous donne la plus belle leçon de solidarité" , conclut Lucie Aubrac.


Daniele Dubois


Article mis en ligne par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en décembre 2013.

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