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Poésie

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Ballade pour Yasmine


JPEG - 57.4 koÉcoutez sa voix et les notes qui l’accompagnent. C’est l’eau des rivières furieuses aux souvenirs de glaciers. C’est aussi la brume éphémère et calme des matins d’été. Écoutez ses mots. C’est la peine qui vous caresse et qui reste comme un chat dans un foulard de soie. Rencontre avec Yasmine Modestine, chanteuse, compositrice et actrice, bellevilloise depuis peu, qui a plus d’une clé sur sa gamme.


Comment écris-tu ?

Dans un état particulier… Des mots, des sons viennent. Pour moi, une chanson, même si elle parle du monde, s’adresse toujours à quelqu’un. C’est une lettre pour un proche, un artiste connu ou pas… Alors, je deviens un personnage : en m’identifiant de la sorte, c’est la comédienne qui reprend le dessus.


As-tu observé des changements dans ton écriture ?

Oui, certainement. Je parle de moi plus simplement. Je suis plus consciente.


Dans ce premier CD tout frais, il y a une chanson en anglais, "Watching Shadows"···

Tu sais, je suis un produit de l’ambiguïté. Métisse, je me sens à un carrefour de langues et de cultures. C’est vrai aussi que j’ai énormément d’affinité pour la langue anglaise que je considère comme ma deuxième langue naturelle. Dans Watching Shadows, une femme fait le tour de sa vie à la mort de sa mère, un tour à vide (avide !!), elle est dans une sorte de désolation, et les mots sont venus en anglais. Dans une autre chanson de ce CD, je parle de la mort d’un ami. Cette fois, les mots sont venus, et c’est le plus souvent le cas, en français. De toute façon, on ne peut pas tout expliquer…


Tu veux dire que la création de textes que l’on va chanter est un acte trop personnel ?

Disons que j’ai un réel désir d’intimité par rapport à mes chansons, leur histoire. De plus, je choisis les titres de manière à ne pas racoler…


As-tu déjà rencontré ton public ?

Oui. j’ai donné des concerts au théâtre Montmartre-Galabru, aux Déchargeurs, à la Cartoucherie, à l’espace la Comédia…


On a pu te voir dans la série "La crèche" sur France 3. Est-ce que tu continues ta carrière de comédienne parallèlement à la chanson ?

Oui, bien sûr. Mais il existe peu de rôles intéressants pour les comédiens noirs. Il faut sans cesse lutter contre beaucoup de préjugés et de conformisme. Où en serais-je si, à potentiel égal, j’avais été blanche ?


Comment te décrirais-tu aujourd’hui ? Es-tu heureuse ?

Disons que j’ai de la chance. j’ai connu le manque, c’est pour cela que je sais le prix des choses. Pour l’instant, je me sens un peu en état d’apesanteur. j’ai tellement de choses à faire avec moi-même… et avec les autres.


Bonne route, Yasmine…

Merci. A vous aussi.


TIAN



Juste la vie qui se tire
L’encre sèche au coin de mes lèvres
Quel est ce goût amer qui brûle mes rêves
Et j’ai du mal à dire comme j’ai du mal à vivre
Je pense à Maldoror et ses chants de givre
T’as beau t’as beau pleurer chaud
Coincée entre ton délire
Et la rame du métro
C’est juste la vie qui se tire
Et tu parles comme tu vis
Bribes de phrases signes des temps
Gestes inachevés empreintes de folie
Au fil des ans au gré du vent
Tu peux tu peux sourire
Prisonnière de tes peurs
Prisonnière de tes pleurs
C’est juste la vie qui se tire
C’est pas la même histoire nous deux
C’est pas non plus la même misère
On brûle pas du même feu
On court pas après les même chimères
T’as beau t’as beau jouer les durs
Pas si facile de mentir
Y’ a comme un trou dans l’armure
C’est juste la vie qui se tire
Et la tête contre les murs
A force de frapper
A force de douter
Doute doute et se rassure
Tu peux tu peux t’enfuir
Devant derrière c’est toujours le même gouffre
Toujours cette odeur peau de chagrin de souffre
C’est juste la vie qui se tire
Un vieux blues du fond des âges
Me berce au creux de mon corps
Ma mémoire chancelle et s’endort
Oublieuse du froid et des orages
T’as beau t’as beau courir
Avant après c’est toujours pareil
Jamais rien de nouveau sous le soleil
C’est juste la vie qui se tire
L’encre pâle au creux de mes sanglots
Qui creuse un sillon où se niche ma peine
Et ma vie s’engloutit comme un vieux rafiot
Qui n’a jamais dérivé ailleurs que sur la Seine
Tu peux tu peux t’cacher loin
Le visage fermé comme un masque de cire
Ou te prendre la tête entre les mains
C’est juste la vie qui se tire
Et je tisse l’espoir comme on file une vie
Mais la faucheuse me guette au détour d’un soir
Et la toile inachevée au bleu un peu trop gris
Prend des airs de chefs-d’œuvre face au miroir
T’as beau t’as beau vouloir tout
Hésiter entre le fusain et le flou
Le dérisoire te perd et l’absurde te déchire
C’est juste la vie.

Yasmine MODESTINE

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Article mis en ligne en mars 2015.

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