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Belleville la balafrée


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"Belleville la balafrée" titrait récemment le journal le Monde à propos des stigmates laissés dans ce coin de Paris par l’urbanisme de ces dernières décennies.

La rénovation lourde, ou la table rase, deux qualificatifs désignant la même réalité, n’ont pas fait de quartiers, que ce soit place des Fêtes, rue Piat, rue Pali-Kao, rue Rébeval ou rue de l’Orillon, et il n’est guère possible aujourd’hui de se promener dans Belleville sans se heurter à des tours, des ensembles aseptisés ou des immeubles. qui auraient pu être construits n’importe où ailleurs.

Bien que nous subissions encore aujourd’hui les avatars de cette poli tique urbaine dans les quartiers Orillon-Robert Houdin ou Buisson-Saint-Louis, des signes convergents apparaissent, montrant que nous sommes à un tournant et que la rénovation lourde pourrait peut-être disparaître de sa belle mort.

Cette approche, qui fait totalement abstraction de la réalité humaine, sociale et historique des quartiers concernés et qui entraîne un renouvellement quasi complet de leurs populations, commence en effet à avoir un réel coût politique. Devant les graves problèmes de logement que connaît aujourd’hui la capitale, elle se heurte à une résistance de plus en plus vive et efficace des habitants comme l’ont récemment montré les actions menées par les associations La Bellevilleuse, Saint-Louis Sainte-Marthe ou Sauvons le Bois de Belleville.

Par ailleurs, elle coûte cher aux finances de la Ville alors que cette dernière est confrontée aujourd’hui à de sérieuses difficultés financières résultant notamment de la crise de l’immobilier de bureaux et d’une gestion pas toujours heureuse des deniers publics en particulier dans le domaine de la préemption.

Enfin, les espaces peu denses ou dits insalubres se font de plus en plus rares à Paris alors que les raisons invoquées pour mettre en œuvre des aménagements destructeurs étaient la nécessité de construire davantage de logements ou de faire vivre les Parisiens dans de meilleures conditions.

Ce nouveau contexte exige une révision drastique des conceptions urbanistiques de la mairie de Paris. Déjà de nombreuses opérations de rénovation ont été abandonnées ces derniers mois à Paris. A Belleville, le projet de démolition du quartier Saint-Louis-Sainte-Marthe s’est transformé en projet de réhabilitation avec la mise en place prévue d’ une opération programmée d’amélioration de l’habitat, OPAH (opération sur un périmètre délimité se traduisant par d’importantes subventions pour la mise en œuvre de travaux) et l’ampleur de l’opération de réaménagement du secteur dit Ramponeau-Belleville, terrain d’action de la Bellevilleuse, a considérablement été revue à la baisse.

Au sein même de la Ville commencent à être repris les discours tenus depuis plusieurs années par les associations d’habitants.


Médecines douces pour les quartiers anciens

C’est ainsi que "Des médecines douces pour les quartiers anciens" est le titre d’un des numéros de la revue de la Direction de l’Aménagement Urbain, la principale administration responsable de l’urbanisme de la Ville.

Et dans sa dernière communication sur le logement, le 14 juin dernier au Conseil de Paris, le maire de Paris s’est fait l’apôtre des OPAH en raison de leur grande efficacité et de leur coût modique pour les finances de la Ville alors qu’ il y a peu le maire du 20ème déclarait encore que ce type de politique était peut-être utile dans les villes de petites ou moyennes tailles, mais que dans la capitale, il était totalement inadapté…

Mais si la rénovation lourde semble devoir vivre des jours difficiles, aucune alternative n’a encore été définie, ce qui a pour conséquence un repli et une frilosité de la Ville entraînant un manque total d’initiative.

Les résistances à un possible tournant, le poids notamment des certitudes et des habitudes, sont fortes au sein de la Ville, en particulier dans certaines sociétés d’économie mixte qui n’ont jamais rien fait d’autre que de la rénovation et à la Direction de la Construction et du Logement qui continue de fonctionner, dans la gestion quotidienne de ses affaires, sur sa lancée.

Rien n’est fait pour préserver le logement social de fait qui existe encore à Paris et qui a longtemps permis à la capitale de conserver une population modeste. La loi Besson pour le logement des plus défavorisés n’est toujours pas appliquée à Paris. Le gouvernement issu de la nouvelle majorité soutenue par le maire de Paris vient au contraire d’assouplir considérablement l’encadrement des loyers à Paris. Et la Ville n’a toujours pas mis en place les programmes de référence prévus depuis la loi du 13 juillet 1991, loi d’Orientation pour la Ville, et destinés à préserver les équilibres socioéconomiques en centre urbain.

Lorsque la Ville propose une OPAH sur le quartier Saint Louis-Sainte Marthe, elle refuse de donner le moindre contenu social à cette opération (en participant par exemple à l’accroissement des subventions en échange d’ un conventionnement plus important des loyers), obligeant le principal bailleur de fonds de cette opération, l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat, à refuser de s’engager. L’opération est ainsi bloquée depuis plus d’un an.


Stratégie de pourrissement

Dans le Bas-Belleville, où le problème posé est celui de permettre aux habitants du quartier de vivre dans de meilleures conditions tout en leur permettant de rester sur place s’ ils le souhaitent, la Ville semble avoir clairement opté pour une stratégie de pourrissement. Depuis l’annulation de la procédure de la première opération, en mars 1993, c’est le silence du côté de la mairie. Les services techniques brillent par leur absence (entretien épisodique du quartier, refus de poser des ralentisseurs, de créer une déchetterie… ) ou participent activement à la dégradation du quartier (démolitions, patrimoine préempté par la Ville laissé à l’abandon, centaines de logements murés en toute illégalité, locataires de la Ville vivant dans des taudis, etc.).

Toutes les propositions pour débloquer la situation dans ce quartier et permettre à tous ses habitants de vivre rapidement dans de bonnes conditions, pour un coût dérisoire comparé aux projets que la Ville concoctait il y a moins d’un an, sont restées sans réponse : réhabilitation immédiate du patrimoine de la Ville pour reloger les habitants vivant aujourd’hui dans des bâtiments voués à la démolition ou nécessitant une réhabilitation lourde, mise en place d’une politique volontariste de réhabilitation (OPAH, programmes sociaux thématiques, fonds solidarité habitat, etc.) et d’un programme de développement social urbain, ou même simples demandes de rendez-vous…

JPEG - 113.8 koLa Ville est à la croisée des chemins. Elle peut certes renoncer à la rénovation lourde, pour des raisons économiques surtout. Mais le réalisme financier ne constitue pas une politique.

Le maire de Paris peut persister à vouloir laisser jouer la seule loi du marché. Nous supportons aujourd’hui le coût colossal d’une telle politique dans le domaine des bureaux. Dans le domaine du logement, si rien n’est fait maintenant pour préserver les équilibres sociaux de la capitale, Paris achèvera de devenir une ville de privilégiés entourée de ghettos.

A l’inverse, il peut mettre en place une véritable politique de logement et commencer à prendre en compte les souhaits de ses administrés. Cela passe obligatoirement par l’utilisation, partout où cela s’avère nécessaire, des instruments que réclame depuis toujours la Bellevilleuse pour le Bas-Belleville.


Dialogue, concertation et démocratie locale

Cela nécessite également une ouverture affirmée au dialogue de la part de la Ville et le respect des principes de la concertation et de la démocratie locale, ouvertement bafoués.

Cela exige enfin que la Ville cesse de se réfugier derrière la loi pour justifier son inaction et son absence de générosité. Si, par exemple, la loi ne prévoit pas le relogement des habitants des hôtels meublés, elle n’interdit pas de reloger un travailleur célibataire vivant depuis 10, 15 ou 30 ans au même endroit. Paris, ville riche s’il en est, peut se le permettre.

Il est certes utile de vanter les mérites des OPAH ou "des médecines douces pour les quartiers anciens".

Mais il est également indispensable dès à présent de passer à l’acte, d’assumer ses responsabilités et de mettre en place une politique enfin responsable. Rapidement.

Ce qui sera décidé pour le Bas-Belleville sera à cet égard révélateur des choix de la Ville et déterminant dans l’orientation que les associations d’habitants de Belleville ou d’ailleurs décideront de donner à l’avenir à leur action.


Leth Gaux

La Bellevilleuse a publié, en 1993, une plaquette intitulée Eléments pour une
histoire du Bas-Belleville
.

La Bellevilleuse
33 rue Ramponeau - 75020 Paris



Article mis en ligne en juillet 2015.

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