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Aménagement du bas-Belleville

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Boîte à idées : Lettres et le néant


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Photo : Xavier Mouthon.


Déployant des trésors d’imagination, la Mairie du 20e arrondissement a finalement trouvé, dans le cadre du projet de réaménagement du secteur Ramponeau-Belleville, le moyen infaillible d’établir - assurément son vœu le plus cher - un dialogue véritable avec ses administrés : la boîte à idées.

Installée place Gambetta, à gauche de l’imposant escalier en marbre menant à la salle des fêtes de la Mairie du 20e, lieu, il va sans dire, quotidiennement fréquenté par les Bellevillois, cette boîte est destinée à permettre aux habitants du Bas-Belleville de s’exprimer sans ambages sur un sujet important s’il en est, l’avenir de leur quartier.

Lancée en avril 1991, cette ambitieuse opération de communication a rencontré le succès escompté : à la fin août, aucune lettre contenant des suggestions sur l’aménagement du bas-Belleville n’avait été déposée dans la boîte à idées. Il est vrai que la Mairie du 20e, prudente, avait pris un certain nombre de précautions pour éviter que cette boîte ne se transforme en boîte de Pandore.

C’est ainsi qu’elle s’est bien gardée de l’installer à Belleville même, à proximité de ceux qui y habitent ou qui fréquentent ce lieu, et que la publicité faite autour de cet événement s’est réduite à l’insertion d’une annonce légale de quelques lignes dans deux journaux, "Le Parisien" et "Le Quotidien de Paris".

Et pour ceux qui, malgré tout, auraient eu vent de cet outil de communication novateur, la Ville a mis en place, à côté de la boîte à idées, des panneaux d’information sur lesquels sont placardés des cartes sans autres légendes explicatives que des mentions du type "COS" ou "R+3 ou 4".

En fait, cette boîte à idées présente pour la Mairie du 20e plusieurs avantages sérieux. Elle lui permet de couper court à un véritable dialogue dans lequel ses interlocuteurs risqueraient de poser des questions gênantes, et d’attendre des réponses précises.

Elle permet surtout de pouvoir justifier de ne pas multiplier les réunions de concertation ouvertes à tout le monde, réunions dont on ne sait jamais trop ce qu’il peut en sortir et qui confrontent la municipalité à une réalité qu’elle préfère ignorer. Lors de la première réunion - houleuse - qui s’est tenue le 21 juin dernier, le Maire du 20e s’est ainsi refusé à dire s’il y aurait plus de deux réunions de concertation avec les habitants, laissant entendre que la boîte à idées était un palliatif bien suffisant. " S’exprimer verbalement, c’est bien, mettre par écrit une idée précise c’est mieux ", a ainsi estimé M. Bariani.

Voilà un bien faible gage de l’ouverture dont se targue, à peu de frais, la Mairie du 20e alors que dans le même temps elle rejette systématiquement les propositions qui lui sont avancées par les autorités associatives, scolaires et religieuses du quartier pour permettre un dialogue constructif entre les élus et les habitants.

C’est ainsi que la demande de création d’une Commission extra-municipale de concertation - structure créée par le Maire de Paris, présidée par un élu et dont l’avis n’est que consultatif - a été qualifiée de "cogestion" par M. Bariani et par conséquent repoussée.

Que de frilosité de la part du Maire du 20e !

Que de frilosité de la part du Maire du 20e ! Pourquoi tout simplement ne pas créer une véritable antenne d’information dans le quartier, pour recevoir les habitants, leur expliquer le projet, les interroger sur leurs souhaits et organiser leur relogement si cela s’avère nécessaire ? Une telle politique est d’ailleurs la seule possible si la Mairie du 20e veut véritablement écouter la population du Bas-Belleville, car pour une partie très importante des habitants, de culture essentiellement orale, l’écrit n’existe pas. Pourquoi d’ailleurs M. Bariani s’y refuserait-il puisque cette expérience a déjà été menée dans son arrondissement, dans un autre coin de Belleville, le quartier Mare-Cascades, par l’office HLM ?

De même, pourquoi le Maire du 20e craint-il autant de travailler main dans la main avec le tissu associatif, professionnel et religieux du Bas-Belleville et de s’en servir comme relais et comme partenaire dans le cadre de l’opération d’aménagement ? Là encore, une telle politique n’aurait rien de révolutionnaire : elle est mise en œuvre depuis plusieurs années dans le cadre de l’aménagement du quartier de la Goutte d’Or et M. Jacques Chirac, Maire de Paris, qui en juin et juillet derniers rencontrait les associations de ce quartier - du 18e arrondissement, en a fait l’éloge et souhaité que l’expérience soit étendue à d’autres quartiers.

Il est vrai que la Mairie du 20e semble atteinte d’une crainte obsessionnelle, celle de se faire déposséder du pouvoir. Lui poser des questions précises, lui suggérer d’opter pour telle approche (la réhabilitation) plutôt que pour telle autre (la démolition pour faire du neuf), c’est pour elle se"substituer à la Ville pour exercer en ses lieu et place les prérogatives qui relèvent de l’autorité de la puissance publique" et reprocher" aux élus de vouloir jouer leur rôle".

C’est pourquoi M. Bariani préfère le rideau de fumée ou l’épreuve de force lorsqu’elle devient inévitable et à cet égard la réunion de concertation qui s’est tenue le 21 juin dernier était tout à fait édifiante. L’organisation matérielle de cette concertation - son exécrable, diapositives invisibles - a montré l’importance accordée à ce type de réunions - visiblement vécues comme une simple formalité que la loi impose - par le Maire.

Le comportement de la majorité municipale à cette occasion a par ailleurs révélé son mépris et sa commisération envers ses administrés : refus systématique de répondre aux questions posées, insinuations, fausses accusations, etc, ont été quelques-unes des armes utilisées par la Mairie du 20e pour se "défendre" face aux 450 personnes présentes, venues simplement faire entendre au Maire leur attachement à leur quartier.

La Mairie du 20e pense qu’elle a le temps pour elle. Visiblement, elle joue sur l’essoufflement des associations qui s’efforcent de lui faire entendre raison et sur le pourrissement du quartier : tous les appartements, boutiques et ateliers qu’elle achète (elle préempte de façon systématique tout ce qui est à vendre dans le quartier) sont vidés de leurs occupants et murés illégalement ; une fois qu’elle est propriétaire d’une parcelle entière, elle démolit, de façon à mettre les habitants du quartier devant le fait accompli.

Il serait peut-être temps que M. Bariani abandonne une conception de l’urbanisme digne des années 60 et 70, lorsque des pans entiers de Paris disparaissaient sous les bulldozers dans le cadre d’opérations niant, par principe, la richesse architecturale et humaine des secteurs réaménagés. Nous osons espérer que notre Maire aura l’imagination et le courage politique nécessaires pour franchir ce pas et saisir l’occasion du réaménagement du Bas-Belleville pour en faire une opération exemplaire à tous points de vue.


Raoul Debreuil


Article mis en ligne par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2013.

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