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URBANISME

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Ça bouge à Bas-Belleville


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Les choses continuent de bouger sur le Bas-Belleville où la Ville de Paris a pour projet de créer une zone d’aménagement concerté. Prudent, à la veille des élections régionales, le Maire du 20e a décidé de repousser au 15 juin (à la mairie du 20e, à 18h30), la deuxième réunion de concertation qui était prévue pour janvier… Venez-y nombreux. En attendant, vous pourrez lire ci-dessous les dernières nouvelles concernant ce quartier.


Boîte à idées (suite)

Le 21 juin 1991 , date de la première réunion de concertation relative au projet de création d’une ZAC sur le secteur Ramponeau-Belleville, M. Didier Bariani, Maire du 20e, annonçait l’installation d’une "boîte à idées" dans sa Mairie destinée aux personnes désireuses de faire des suggestions d’aménagement.

C’était la dernière trouvaille de la Ville pour établir un dialogue véritable avec ses administrés et promouvoir la démocratie locale à Paris (voir article "Boîte à idées : lettres et le néant" dans le n° 51-52 de Quartiers Libres).

Prenant la Ville au mot, mais estimant la Mairie du 20e quelque peu éloignée du quartier, l’association "La Bellevilleuse" a demandé que cette boîte à idées ainsi que les panneaux d’information sur le projet de réaménagement qui l’accompagnent soient transférés dans le Bas-Belleville.

Jugeant cette suggestion "intéressante" (cela arrive suffisamment rarement pour mériter d’être mentionné), M. Bariani annonce à la Bellevilleuse dans un courrier daté du 25 octobre 1991 qu’il a demandé à ses services qu’un local soit aménagé à cet effet dans le quartier. Ce local n’ayant toujours pas été installé dans le quartier à la fin janvier, la Bellevilleuse réécrit au Maire du 20e pour lui dire " il serait souhaitable, si l’on veut que ce lieu puisse remplir son rôle, que (le local) soit (installé dans le quartier) avant que la concertation ne prenne fin".

La Mairie s’est alors enfin décidée à installer cette fameuse boîte à idées - qui se résume en fait à une simple boîte aux lettres on ne peut plus discrète - au 43 rue Ramponeau. Quant au local, également fort discret puisqu’aucun panneau ne signale son existence, il a enfin été ouvert il y a quelques semaines mais en dehors du quartier, au 11 rue Bisson.

Il aurait en effet été trop simple que la Ville utilise un des multiples lots (quelques centaines) qu’elle a acquis dans le quartier dans le cadre de la préemption… Décidément, l’apprentissage du dialogue est difficile du côté de la Ville.



Ateliers et Usines de Belleville en photo
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Photo : Sylvain Richir - Atelier de Jean-Pierre Seurat - 44, rue des Cascades, Paris 20e.


L’Association des Ateliers d’Artistes de Belleville, la Bellevilleuse et la Société Française de Photographie avaient lancé un concours sur "les ateliers et les petites usines de Belleville" pour faire découvrir tout un monde de création et d’activités où se côtoient vieux Parisiens et nouveaux émigrants, mais aussi pour faire prendre conscience des menaces que les opérations immobilières et de rénovation urbaine font peser sur cet univers en faisant disparaître des pans entiers de ce coin de Paris.

Faisant preuve d’une résistance étonnante, ces ateliers et ces petites usines continuent néanmoins de vivre, car tous les personnages qui les occupent aiment ce qu’ils font et n’ont nullement envie d’aller ailleurs. Il y a donc là un univers à rapidement découvrir et à faire découvrir par la photographie.

Ce concours était ouvert aux photographes amateurs et professionnels. Il était doté de nombreux prix dont un premier prix de 10.000 F. Près de 70 photographes ont participé à ce concours et envoyé 350 clichés.

Le jury a rendu sa copie ce printemps. Une cinquantaine de photographies tirées du concours sont actuellement exposées à la galerie de la Société Française de Photographie, la plus vieille institution photographique en France.


Société Française de Photographie (SFP), 17 rue Ramponeau, Paris 20e

La Bellevilleuse, 33 rue Ramponeau



Les Bellevillois veulent garder leurs Folies

Le bar "Les Folies", au 8 rue de Belleville, est ce qui reste du célèbre théâtre des Folies, un haut lieu de la culture bellevilloise à la fin du 19e siècle et pendant la première moitié du 20e. Le reste a été transformé en poissonnerie et en une moyenne surface "Ed".

Ce bar, un lieu de rencontre et d’échanges privilégié du Bas-Belleville, est aujourd’hui menacé de démolition dans le cadre du projet de ZAC Ramponeau-Belleville.

L’immeuble de six étages qui l’abrite est pourtant en parfait état.

Les habitués des Folies se sont donc mobilisés et ont fait signer une pétition pour qu’il soit préservé. Ils ont recueilli plus de 500 signatures et ont envoyé cette pétition aux Maires de Paris et du 20e arrondissement.

La SAEMAR Saint-Blaise, la société d’économie mixte pressentie pour l’aménagement de la ZAC Ramponeau-Belleville (et présidée par le Maire du 20e) a alors donné rendezvous le 18 mai à une délégation pour discuter de l’avenir des Folies. Une trentaine de personnes se sont présentées mais la Mairie a refusé d’en accueillir plus de cinq, prétextant qu’il n’était pas possible de parler sérieusement lorsque l’on est trop nombreux.

Voilà un discours novateur car la Ville de Paris avait jusqu’à présent refusé toute réunion en petit comité pour discuter de l’avenir du Bas-Belleville, préférant des grandes messes réunissant des centaines de personnes qui lui permettaient d’éviter de répondre aux questions précises qui lui étaient posées.

Le directeur général de la SAEMAR-Saint-Blaise qui a reçu la délégation n’a malheureusement pas pour autant pris d’engagements précis, se réfugiant derrière des arguments techniques, mais les habitués des Folies ont eu le plaisir d’entendre de sa bouche que "ce bar, que je connais bien, a quelque chose de pittoresque et de caractéristique de Belleville" et que la Ville a envie "de faire quelque chose de bien"…

Affaire à suivre donc et les afficionados des Folies devraient en savoir plus sur le sort de leur bar préféré le 15 juin, à l ’occasion de la deuxième réunion de concertation organisée par la Mairie du 20e sur le réaménagement du Bas-Belleville.



Près de 50.000 personnes aux journées
portes ouvertes des artistes de Belleville

L’Association des Ateliers d’Artistes de Belleville a pour la troisième année consécutive organisé ses "journées portes ouvertes". Du 15 au 18 mai, près de 200 peintres, sculpteurs, photographes, etc., ont ainsi ouvert leurs ateliers au public, attirant de très nombreux parisiens.

Une initiative comme on voudrait en voir plus souvent.

Le nombre de personnes qui ont visité Belleville à cette occasion a en effet été estimé par l’association des artistes à près de 50.000, contre 20.000 en 1991, ce chiffre ayant été calculé en comptant deux personnes par plan du quartier (comportant les adresses des artistes) distribué au point d’accueil.

Des pétitions pour sauvegarder les ateliers d’artistes et pour un réaménagement du Bas-Belleville qui permette à sa population actuelle de rester sur place ont été signées par des milliers de personnes (le nombre exact n’avait pas encore été comptabilisé au moment de la confection de ce journal). Les personnes qui ont visité les jardins, cours et rues de Belleville se sont en effet montrés étonnamment sensibilisées aux menaces immobilières qui pèsent sur ce coin de Paris et ont manifesté ouvertement leurs inquiétudes face à un urbanisme trop souvent sans nuance.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Maire du 20e a choisi ces journées portes ouvertes pour rendre visite à trois artistes dont les ateliers sont menacés de démolition, dont celui du souffleur de verre, rue des Cascades (voir photo). Là encore aucun engagement autre que "nous réhabiliterons si cela est possible" n’a été pris mais cette simple visite montre que la ville commence à sérieusement s’inquiéter de l’image désastreuse qui commence à lui coller à la peau en matière d’urbanisme. Il était grand temps…



La Forge, un lieu de création
au cœur de Belleville
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La "Forge" 23, rue Ramponeau.

Fin octobre 1991, une entreprise commanditée par la Ville de Paris commence, au petit matin, à démolir une usine désaffectée que la Mairie venait de préempter au 23 rue Ramponeau, au cœur du Bas-Belleville.

Problème : la Ville n’avait pas sollicité un permis de démolir.

A l’appel de la Bellevilleuse et de l’Association des Ateliers d’Artistes, une centaine d’habitants du quartier se rendent sur place, appellent un huissier pour constater l’illégalité de la démolition en cours et décident de bloquer cette dernière.

Aujourd’hui, ce lieu, baptisé la Forge, accueille une trentaine d’artistes regroupés dans l’association Artclé Ils ont décidé d’en faire un lieu de travail avec de multiples ateliers, un lieu d’apprentissage à l’art pour les élèves du quartier et un espace d’exposition pour permettre aux artistes du quartier et d’ailleurs de faire connaître leurs œuvres.

Plusieurs grandes expositions ont depuis été organisées, dont une regroupant 50 œuvres de 50 artistes du 14 au 17 mars 1992. Artclé a également participé aux dernières journées portes ouvertes de Belleville.

Artclé, l’Association des Ateliers d’Artistes de Belleville et la Bellevilleuse ont par ailleurs décidé de porter plainte contre la Ville de Paris pour démolition illégale.

Il apparaît en effet de plus en plus clairement que la stratégie de la Ville consiste à pourrir le quartier pour rendre irréversible un projet de réaménagement lourd. C’est ainsi qu’elle démolit systématiquement les parcelles dont elle est propriétaire dans leur intégralité et qu’elle mure (après les avoir rendus inhabitables en arrachant toute la plomberie et l’électricité) tous les lots qu’elle préempte sur le périmètre concerné pour vider le Bas-Belleville de sa population, désespérer les habitants qui restent et bloquer les velléités de réhabilitation des copropriétés.

Une telle politique, au-delà de son caractère souvent illégal (le murage d’un appartement dans une copropriété ne peut se faire qu’après autorisation de l’assemblée générale des copropriétaires, démarche que la Ville ne respecte pas), est une véritable aberration sociale et économique.

Sociale, parce que, d’un côté, la Ville se plaint de ne pas disposer de suffisamment de logements sociaux pour répondre à la demande alors que de l’autre, elle gèle des milliers d’appartements sur Paris en les rendant inhabitables et en les murant.

Economique, parce qu’en louant ces appartements et ces locaux, la Ville de Paris aurait une nouvelle source de revenus. C’est donc toute cette politique du fait accompli qu’il faut aujourd’hui remettre en cause.

La Ville de son côté a engagé un référé, une procédure d’urgence, pour obtenir l’expulsion d’ Artclé. Le jugement devait avoir lieu le 20 mai dernier, mais le juge a décidé de repousser l’audience pour être en mesure d’ examiner l’affaire au fond. C’est là une première victoire car la justice aurait pu assimiler les artistes d’ Artclé à des squatters et demander leur expulsion immédiate de la Forge.

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Article mis en ligne en juillet 2015.

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