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1913-1943

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France Bloch-Sérazin

Résistante décapitée en prison à Hambourg

Un ami allemand, né à l’époque où les nazis opprimaient l’Europe nous envoie ce texte.

France Bloch-Sérazin. Le 12 Février 1943, dans la prison de Hambourg, France Bloch-Sérazin écrit ses dernières lettres à ses parents, ses amis et à son mari Frédo.

Ce matin du 12 février, un procureur allemand venait de lui lire le texte de sa condamnation à mort par décapitation, exécution qui aurait lieu le même soir à 21 heures.

Mes amis,
Ce soir, je vais mourir, à 9 heures, on m’exécutera. Je n’ai pas peur de quitter la vie, je ne veux seulement pas attacher ma pensée sur la douleur atroce que cela m’est de vous quitter tous, mes amis.

J’écris en même temps deux lettres, à papa et maman et à Frédo… - arriveront-elles ? - Je pense aussi à Berthe et à tous ceux que j’ai aimés. Madame Dreyfus est la dernière amie que j’ai vue avant de quitter le sol français. Je l’embrasse. Beaucoup de camarades vous renseigneront sur ce qu’a été ma captivité. Je ne vous la raconte pas. Je n’en ai d’ailleurs pas envie. Ce que je veux, C’est vous dire au revoir. Je meurs sans peur. Encore une fois, la seule chose affreuse, C’est de se quitter. Je serai très forte jusqu’au bout. Je vous le promets. Je suis très fière de tous ceux qui sont déjà tombés, de tous ceux qui tombent chaque jour pour la libération.

Je vous demande tous d’entourer maman et papa, de rester près de Frédo, de m’élever mon fils adoré. Il est à vous. Si tante Maimaime continue à avoir Eliane j’en suis heureuse, une vie dont je n’ai rien, rien à regretter. j’ai eu des amis et un amour, vous le savez, et je meurs pour ma foi. Je ne faillirai pas. Vous verrez tout ce que je ne verrai pas. Voyez-le, et pensez à moi sans douleur. Je suis très, très calme, heureuse, je n’oublie personne. S’il y en a que je n’ai pas nommés, cela ne veut pas dire que je les oublie. Je pense à vous tous, tous. Je vous aime, mes amours, mes chéris, mon Roland.

Ce 90ème anniversaire et la 60ème année de sa mort, nous donnent l’occasion de nous souvenir de cette femme hors du commun et résistante courageuse.

France Bloch est née à Paris, le 21 février 1913, dans une famille d’intellectuels juifs. Son père, Jean-Richard Bloch, écrivain antifasciste, sera conseiller de la République en 1946. Sa mère, Marguerite Herzog, sœur de l’académicien André Maurois (pseudonyme de Emile Wilhelm Herzog) sera membre du Conseil National des Femmes françaises après la Seconde guerre mondiale.

France Bloch fait ses études secondaires au Collège Sévigné, passe une licence de physique- chimie. Parallèlement, elle s’engage dans des actions de solidarité avec la jeune république espagnole et adhère en 1937 au Parti communiste français. Elle y rencontre Frédo Sérazin, ouvrier métallurgiste et responsable syndical. Ils se marient en 1939, et un an plus tard ils ont un enfant, Roland. En février 1940, son époux Frédo est arrêté avec d’autres communistes (il sera assassiné en 1944 par la milice à Saint-Etienne). En octobre de la même année, la promulgation du statut des juifs interdit à France de travailler dans un institut d’État. Elle se réfugie alors à Bordeaux avec son fils, puis regagne la capitale. [1] De retour à Paris, elle reprend contact avec les communistes entrés dans la clandestinité et s’engage dans un des premiers groupes de Francs Tireurs Partisans (F.T.P.). A l’aide d’une ronéo installée dans sa cave, elle reproduit des tracts puis s’engage totalement en prenant part à la diffusion de la littérature clandestine contre l’occupant allemand.

Mais ce sont surtout ses connaissances de chimiste qui serviront la Résistance. Dans son appartement parisien du 19e arrondissement, place du Danube, elle installe un véritable laboratoire dans lequel elle fabrique des détonateurs, des explosifs et des poisons. Elle n’hésite pas à participer aux actions armées lorsqu’il manque un partisan : aussi se joint-elle à l’attaque d’une cartonnerie de Saint-Ouen qui travaillait pour les Allemands, elle accompagne encore les premiers F.T.P. qui dynamitent les voies ferrées, sous prétexte de vérifier la qualité de son explosif.

JPEG - 42.2 koLe 16 mai 1942, France Bloch-Sérazin est arrêtée par la police française à son domicile, puis emprisonnée quatre mois à la Santé avant de comparaître devant un tribunal allemand. Elle est jugée en septembre 1942 à l’hôtel Continental de Paris avec de nombreux résistants qui seront tous condamnés à mort et fusillés. Puis elle est déportée en Allemagne, et suite à plusieurs passages dans différentes prisons, elle est enfin transférée à Hambourg pour y être exécutée.

La France a honoré ses actions de résistance. A Poitiers, où elle passa une partie de sa jeunesse, un lycée porte son nom, mais les témoignages écrits sont aujourd’hui dispersés et restent souvent introuvables. En allemand - la langue de ses bourreaux une petite biographie a été publiée dans laquelle des témoins, des combattants français et allemands parlent et racontent les étapes de sa courte vie. Son fils Roland en a écrit la préface.

Il est consolant de penser que Madame Sommer, directrice de la section des prisonnières "NN" de la prison de Hambourg - section "Nacht und Nebel" - "Nuit et Brouillard" - dont les noms des détenus ne devaient jamais être connus, a assisté France Bloch-Sérazin pendant ses dernières heures. C’est elle qui, après la guerre, fera parvenir ses dernières lettres à sa famille, touchée par la force et la personnalité de la condamnée. Elle recopia pendant la nuit les lettres écrites par France, sachant que les originaux seraient détruits au matin. Preuve, qu’au cœur même du système pénitencier, au centre même du Mal, quelques individus étaient encore dignes d’une certaine humanité.


Hans LÖSER


Bibliographie :"France Bloch-Sérazin- Lebensstationen einer franzosischen Widerstandskämpferin Konkret Literaturverlag", Ham burg 1986.

Pour tous ceux qu’intéresse tout particulièrement ce sujet, nous conseillons une publication récente : "Les femmes dans la Résistance en France" Actes du colloque international de Berlin, oct. 2001 organisé par le Mémorial de la Résistance allemande de Berlin et par le Mémorial du Marechal Leclerc de Hauteclocque / Musée Jean-Moulin, Paris. Éditions Tallandier ; Paris 2003.



Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2014.

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[1Elle confie son fils à Antoinette Touchet et son mari

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