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Fréhel avec nous !


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Fréhel à l’aube de sa carrière, en 1907 - coll. Jacques Primack.

Par délibération du 16 septembre 1997, le Conseil Municipal de la Ville de Paris a donné le nom de Fréhel, l’immortelle interprète de La Java bleue, à la placette qui marque l’angle des rues de Belleville et Julien-Lacroix. Ce retrait, vous savez, qu’ornent une fresque à l’image de Rouletabille et les deux faux-vrais peintres juchés l’un sur un palan et l’autre au bord d’un toit. Tout d’abord bravo à nos édiles car une artiste de l’importance de la Bretonne Marguerite Boulc’h - ainsi que Fréhel s’appelait à l’état civil - méritait amplement d’inscrire son nom sur une plaque de voirie parisienne. On peut même faire l’observation que cela a un peu tardé car cette artiste nous a quittés il y a une cinquantaine d’années…

Cela dit, nous, les Bellevillois, on est très heureux de recueillir ainsi la mémoire de la grande prêtresse de la chanson réaliste sur notre colline. A côté des places Maurice Chevalier (rue Etienne-Dolet) et Edith Piaf (rue Belgrand), celle de Fréhel, pour sûr, est très bien à sa… place. Surtout par rapport à Chevalier, qui fut le grand amour (contrarié) de la vie de notre chanteuse. Maurice ayant été un enfant de la rue Julien-Lacroix, ne faudrait-il pas voir, d’ailleurs, une intention sentimentale et délicate dans le choix de la localisation de la place Fréhel fait par l’administration municipale ? En tout cas, c’est Montmartre qui pourrait se montrer jaloux parce que Fréhel a quand même davantage roulé sa bosse par là (elle y est d’ailleurs décédée) que chez nous. Mais, bon, tant mieux pour Belleville.

Nous n’avons pas beaucoup de témoignages précis du passage de la chanteuse dans un café-concert ou sur une scène de notre butte. Clément Lépidis, indigène et romancier du terroir bellevillois des années 1930-1970, la cite à l’affiche des Folies-Belleville (près de la rue Dénoyez) vers 1941. Mouloudji, tout gamin, a entendu son récital à la salle des fêtes de la maison syndicale (aujourd’hui disparue) de la rue de la Grange-aux-Belles autour de 1933. Dans son récit autobiographique Le Petit Invité, il rapporte : "je vis Fréhel, un soir, à la Grange-aux-Belles, complètement ivre. Le public, furieux de l’avoir trop longtemps attendue, la prit à partie. Elle, plantée sur la scène dans une pose de matrone, l’insultait. Le charivari se calma et elle finit tout de même par chanter. Retournée par son talent ! la foule l’ovationna : une voix d’orgue de Barbarie sortait de sa face de gargouille, bel canto du ruisseau, présence atroce et déchirante ! voix pareille à celle de Piaf qui touchait le public au cœur et au ventre.

En 1947, elle passe au Palais des glaces (37, rue du Faubourg-du Temple) : c’était un gala que des amis de Fréhel, dont Suzy Delair, avaient organisé pour la soutenir parce que, à cette époque, elle ne trouvait plus d’engagement auprès des patrons de scène.

Mais, de manière"off", Fréhel a dû pousser bien plus souvent la chansonnette dans les bistrots et bals musette de Belleville. En effet, la star de music-hall adorait faire des extras dans de tels lieux de contact direct. C’était son bain de peuple vital, sa drogue, si on peut se permettre ce mot à propos d’une femme qui a beaucoup sacrifié au culte de la cocaïne, au point de se détruire : "je prends de la coco ! ça trouble mon cerveau !", confessa-t-elle dans l’un de ses plus grands succès. Deux des chansons de Fréhel mettent d’ailleurs notre village en scène : "C’est à Belleville ! dans un musette / Que j’ai connu l’grand Léon", confie-t-elle à une galette enregistrée en 1928 sous le titre Dans une guinguette. Et, dans Derrière la clique, un tube de 1938, elle évoque le peuple bellevillois applaudissant au défilé des troupes des bataillons disciplinaires d’Afrique.

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Fréhel au soir de sa vie,en 1948 - Photo Doisneau.

Fréhel était une rebelle, c’est sans doute pourquoi on l’a tant aimée. C’est pourquoi beaucoup se sont reconnus dans ses chansons, qui parlent des humiliés, des réprouvés, des spoliés de l’amour. C’est pourquoi elle n’a pas d’âge. Même les jeunes des générations rock ou raï la considèrent encore comme une grande sœur. Allez, au final, tous en en chœur pour un petit couplet de Fréhel :

Y en a qui vous parlent de l’Amérique,
Ils ont des visions de cinéma.
Ils vous disent : "Quel pays magnifique !
Notre Paris n’est rien auprès de ça."
Ces boniments-là rendent moins timide ;
Bref l’on y part un jour de cafard.
Ça fera un de plus qui, le ventre vide,
Le soir, à New York, cherchera un dollar
Au milieu des gueux et des proscrits
Des émigrants au cœur meurtri…

Maxime BRAQUET


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Fréhel (1911).


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Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en janvier 2015.

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