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Rencontre avec…

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Jean Mounicq Photographe-poète


Quartiers libres a rencontré Jean Mounicq qui nous a parlé de son art, de Paris et de Belleville.

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Jean Mounicq. Photo : Pierre-Emmanuel Weck.


Q.L. : Jean Mounicq, vous avez vécu à Belleville et vous avez immortalisé par la photographie des rues et des quartiers aujourd’hui disparus. Où habitiez-vous à Belleville ?

J.M. : J’habitais au 40, Rue des Solitaires. C’était un hôtel meublé. Depuis, il a été démoli et reconstruit en appartements.

Q.L. : Vous venez de publier un ouvrage considérable dont les photos ont pour thème les cours et arrière-cours d’immeubles de quartiers. Côté jardin en somme ? [1]

J.M. : Oui, mais je prépare un deuxième volume qui sera le Paris public. Ce sera le plus gros travail qu’on ait jamais fait sur Paris depuis longtemps. Je suis entré partout, j’ai parcouru tous les trottoirs, toutes les rues de Paris.

En l’espace de 10 ans, j’ai photographié tous les lieux, tous les espaces. Toutes les rues, je les ai faites deux fois : un trottoir d’abord, l’autre trottoir ensuite.

Il y a des rues qui sont sur deux arrondissements. La rue de Belleville est sur le 19ème et le 20ème. Alors j’ai fait une partie pour le 20ème et une partie pour le 19ème. J’ai commencé d’ailleurs par le quartier de Belleville. Je ne voulais faire que celui-là. J’ai connu ces lieux en 1958-59. J’ai habité là de 58 à 63. J’ai vu la démolition du sommet, quand ils ont construit ces tours abominables en haut de la rue Vilin, des Envierges. J’ai vu raser toutes ces rues, j’ai pris les dernières photos de la rue Vilin.

C’est à cette époque, quand j’ai vu les choses, les lieux disparaître que je me suis dit "attention !" et que j’ai photographié tous ces endroits aujourd’hui détruits.

J’ai surtout travaillé avec Christiane Rochefort qui habitait là à ce moment. On a fait Requiem pour Belleville, dossier paru dans le magazine ELLE, et une partie des photos que j’avais déjà faites et qu’on a refaites ensemble.

C’est Christiane Rochefort qui m’a vraiment fait découvrir Belleville. Et puis j’y suis revenu, pour faire un travail sur le quartier, dans une unité de temps, de lieu, de tout ce qui me donnait un coup de cœur. Et c’était surtout les cours parce que les cours sont la survivance de la ville.

Il n’y avait pas d’interdits dans les cours, c’était le domaine de tout le monde. On plantait des légumes, on accrochait le linge aux fenêtres.

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Q.L. : Photographiez-vous encore des quartiers de Belleville ?

J.M. : Le marché, les églises. Mais sinon, Belleville maintenant… Tous les lieux que j’ai photographiés il y a quelques années, ou bien n’existent plus ou bien sont inaccessibles à cause des portes codées sur les immeubles. D’ailleurs, je n’ai plus envie d’y aller, c’est trop pénible de voir cela.

Rue de la Mare ! il y avait un puits, il y a encore peu de temps. Le puits a disparu. Il ne reste que la pierre du puits !


Q.L. : ces lieux, on les retrouve dans les livres que vous avez publiés ?

J.M. : Il y aura trois tomes. Le deuxième sera bientôt publié. S’il y en a un troisième, il sera différent. Le thème sera la nausée, la laideur, la fin , l’ apocalypse. Avec ce mobilier urbain épouvantable, immonde. Et il y en a partout ! Et ça, c’est le mépris total de toute intelligence, le mépris des gens, surtout !

Toutes les villes ont été faites pour leurs habitants, mais Paris est fait contre ses habitants.

Parce que c’est le siège du pouvoir, et les parisiens sont les ennemis du pouvoir. Savez-vous pourquoi le canal Saint-Martin a été recouvert entre la Bastille et la République ? Simplement pour que les chevaux des casernes puissent traverser facilement en cas d’émeutes des parisiens !

Bientôt il y aura des miradors pour ceux qui ont encore des logements à Paris.

Je suis très pessimiste sur l’avenir de Paris. Une ville qui se dépeuple ainsi, ce n’est pas bon signe…


Entretien réalisé par Gérard Servigne



Article mis en ligne en décembre 2013.

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[1Jean Mounicq. « Paris retraversé », édité par l’Imprimerie Nationale. 1992.

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