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La grande voirie de Monfaucon



Trouvaille chez un bouquiniste : un livre consacré à « La salubrité, les fosses d’aisances et les égouts »· La partie la plus importante de l’ouvrage a été publiée en 1821 mais elle est accompagnée, dans la reliure, d’autres mémoires sur le même sujet datant, pour le plus ancien , de 1785, le plus récent étant de 1877.


Il relate un événement à l’origine de la plupart des études concernant « La Grande Voirie de Montfaucon », située alors dans ce qui est une partie du 19ème arrondissement actuel.

En 1818, dans un navire de commerce chargé de « poudrette », sorte d’engrais, une moitié de l’équipage périt, l’autre moitié arrive à destination dans un état de santé déplorable, les gens chargés de débarquer la cargaison éprouvent aussi de graves malaises.

Monsieur Parent-Duchâtelet, docteur en médecine, fait des recherches pour comprendre le phénomène.

Il se trouve que cette « poudrette », importée de France, des environs du Paris d’alors, plus précisément de la « Voirie de Montfaucon » rapporte un revenu très important à la ville de Paris et est, par ailleurs, entr’autres utilisations indispensable pour « régénérer le sol appauvri de nos colonies des Antilles ».

Mais les « courtilliers », petits récoltants de vergers et jardins potagers occupant environ deux hectares dans l’Est de Paris, eux aussi, fumaient leurs terres à l’aide des matières de vidanges apportées des fosses d’aisances, desséchées naturellement et transformées en poudre fine à la Voirie. Celle-ci, après déménagements divers et agrandissements, se situait depuis 1772 près de la rue de Meaux et de l’actuel bassin de La Villette, dans les environs de l’ancien gibet de Montfaucon, englobant le marché Secrétan, le lycée Bergson, l’école Jacquard, la rue Pailleron, la rue Armand Carrel, l’avenue Laumière…



Description :

• Six bassins se succédaient, superposés en gradins, l’un au dessus de l’autre. Les charrettes à bras et voitures à cheval de vidange déchargeaient leurs immondices dans le premier et le deuxième bassin et les liquides passaient ensuite par des rigoles dans les bassins suivants. Un trop plein
existait dans le troisième bassin et se vidait dans le grand égout de ceinture. près de la rue de Lancry.
• Sept terrains d’épandage permettaient d’étaler et de faire sécher les matières extraites des bassins.
• Trois collines étaient formées par l’accumulation des matières desséchées.
• Deux emplacements recevaient les chevaux qui mouraient tous les jours dans Paris.
• Des hangars et des maisonnettes contenaient le matériel pour faire fondre la graisse des chevaux.
• Un bâtiment spécialisé servait à faire cuire et torréfier le sang de bœuf pour la fabrication du « bleu de Prusse ». Tout autour étaient les terrains cultivés des jardiniers et des horticulteurs.


La quantité des matières amenées était de 16 000 voitures (à cheval !) environ par année (exemples de 1810-1811-1812), soit 498 700 tinettes (récipients utilisés dans les lieux d’aisance, sans fosse ni tout à l’égout) .

25 chevaux par jour, soit 9125 en 1784, jusqu’à 15000, selon les femmes chargées de les écorcher, après être laissés parfois plusieurs jours serrés les uns contre les autres pour ne pas tomber, quel que soit le temps ou la température, sans nourriture, sans eau… jusqu’à leur abattage !

On en récupérait la crinière, les crins de la queue, la peau, éventuellement la chair s’ils avaient été condamnés à la suite d’une fracture.


Chaîne sans fin :

• Sur les cadavres : des vers pour les pêcheurs…
• Rapidement des rats par milliers, pouvant dévorer en une journée 20 chevaux laissés après abattage (rats : 5 à 6 portées/an de 14 à 18 ratons chacune)
• Les chats… Les humains récupéraient pour leur hiver les peaux des matous qu’ils trucidaient. Mais, écrit M.Parent-Duchâtelet on laissait malgré tout perdre beaucoup de produits utiles : la graisse et les os des chevaux dont on aurait pu tirer du noir animal indispensable pour certains arts et le raffinage du sucre.
• Des vapeurs dangereuses se dégageaient de cette zone, surtout vers Belleville où en raison des vents, la commune était atteinte par ces odeurs, au moins 75 jours par an.


Déménagement et évolution :

En 1844 le dépotoir est déplacé à la Petite-Villette sur l’actuel quai de Metz. Puis en 1850 « un système réparateur » permet de laisser s’écouler, après traitements par des moyens chimiques les produits liquides dans les caniveaux et les égouts. En 1900, par jour, 300 à 400 « voitures-citernes de vidange » vont déverser à la Petite-Villette leurs produits. C’est un dépôt provisoire pour les matières solides envoyées ensuite par le canal à Bondy, dans des tonneaux, toujours pour la fabrication de la « poudrette » encore utilisée en agriculture, sur un terrain de 30 hectares.

Pour les chevaux un abattoir spécial fonctionnera plus tard dans le 15ème arrondissement, au lieu-dit des Morillons.

Et le navire de commerce :

M.Parent-Duchâtelet explique ainsi les causes des intoxications et accidents mortels : l’humidité, la chaleur provoquant une fermentation de la « poudrette », celle-ci pouvait exploser si un marin descendait dans la cale , avec sa pipe ou même si le gaz (le méthane, pas encore connu) atteignait 6 à 16 % de l’air, comme dans les coups de grisou des mines.

Pour éviter ces catastrophes il suffisait d’utiliser le plâtre des carrières d’Amérique (situées dans le Parc des Buttes-Chaumont actuel), pour absorber l’humidité de la cargaison et empêcher ainsi la fermentation.


Depuis cette époque :

Les engrais naturels (fumier… ), verts (luzerne), ont remplacé la « poudrette ». Même les déjections canines qui étaient autrefois utilisées pour la tannerie n’ont plus d’usage autre que… d’être ramassées par les propriétaires des chiens ou… de coûter aux contribuables l’achat et l’entretien des « motos-crottes ».


André NICAUD
Jacqueline HERFRAY


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Le gibet de Montfaucon : le gibet a gardé son nom bien que déplacé en 1760 du quartier de la Grange aux Belles au quartier Secrétan. Il a été remplacé en 1792 par la guillotine.


Article mis en ligne en juillet 2014.

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