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Théâtre cinéma

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Le Berry, un drôle de zèbre


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Quartiers Libres a rencontré Madame Christiane Leproux, directrice du théâtre cinéma Le Berry/Zèbre, un lieu menacé qui mérite d’être défendu.

- 23 décembre - 15 h - Cinquante gamins des centres aérés de Belleville attendent en piaillant devant la porte du cinéma Le Berry ; la fournée de la séance de 13h.45 n’est pas encore sortie.

Madame Leproux, derrière son guichet, surveille d’un œil les enfants et attend le moment de monter dans la cabine de projection pour changer les bobines. Un ami poète est venu aider à canaliser la foule. L’ambiance est gaie et les gamins impatients de retrouver Titi Super Star, Astérix le Gaulois, les Bisounours, ou Dany le Champion. Quelques adultes en service commandés ou recherchant leur enfance accompagnent l’ambiance.

Si nous sommes là devant cette salle de cinéma, c’est pour écouter ce que Madame Leproux va raconter à Quartiers Libres sur ses problèmes de survie. Les bobines sont changées, les échanges de public sont faits. Ça tourne…


Q.L : Madame, Quartiers Libres vient peut-être après la bataille, mais nous avons envie de vous donner la parole dans notre journal de quartier. Si cela peut vous aider à faire vivre encore longtemps cette salle, nous en serons heureux.

C. L : J’ai trouvé pas mal de gens qui ont essayé de parler de moi. D’abord parce qu’ils voudraient que ça reste. Je trouve un peu bête qu’un lieu comme ça, même si ce n’est plus moi qui m’en occupe après, disparaisse. Il y a beaucoup de gens du quartier qui viennent me trouver en disant "on voudrait bien que vous restiez". Il y en a qui ont écrit à la ville de Paris, certains ont reçu des réponses. Le maire de Paris ne semble pas insensible au problème.


Q.L. En fait c’est un problème de bail ?

C.L : Le problème est simple. Le propriétaire des murs ne veut pas renouveler le bail arrivé à expiration, car il a des propositions plus intéressantes. Il y a 150 mètres carrés au sol : en promotion immobilière ça vaut plus d’argent qu’un loyer. Or je ne peux pas donner 20 000 francs de loyer par mois, c’est hors de question. Pour le propriétaire, financièrement parlant, c’est une perte. En plaçant l’argent de la vente à un promoteur, il aura un meilleur revenu.


Q.L. : Vous êtes lucide sur ce problème, mais pouvez-vous trouver une solution ?

C.L : Moi je trouve qu’un propriétaire qui pendant 45 ans a touché un loyer dans un endroit a aussi un devoir moral. Tout d’un coup parce que l’immobilier vaut cher et que c’est la loi, il dit "vous partez". Moi, je trouve que c’est quelque chose de pas propre. Depuis 45 ans, il n’a pas fait de travaux, tout est à la charge de la salle. On lui a même proposé un loyer plus élevé que celui fixé par le tribunal : 100 000 francs par an au lieu des 54 000 estimés. Il ne veut pas …


Q.L : Où en êtes-vous maintenant ?

C.L : C’est terminé, il y a eu un procès. Pour la forme, on a refusé l’arrêté d’éviction. On a discuté. On a perdu. Ça nous a coûté cher. L’appel a été rejeté. Maintenant le propriétaire peut récupérer son bien. En fait, je suis à la porte. Mais depuis le 24 septembre que je suis à la porte le propriétaire ne me donne pas signe de vie. Peut-être que la promotion immobilière étant en panne, il est moins pressé de me faire partir. Il attend un acheteur ou un promoteur, ou bien il est en pourparlers avec la ville de Paris.


Q.L : Avez-vous vous-même des contacts avec la ville de Paris ?

C.L : Je n’en ai pas personnellement, mais j’ai reçu des courriers de la ville de Paris qui dit s’intéresser au dossier. Ils ne sont pas négatifs. Des gens ont reçu également des lettres disant qu’il fallait garder cet espace culturel. Côté Ministère c’est négatif. Jack Lang a d’autres chats à fouetter…Le Berry, ce n’est pas une vitrine pour lui. La Bastille c’est mieux… Il pourrait pourtant très bien classer la façade.


Q.L : Elle est chouette cette façade.

C.L : On peut classer cette façade, mais ça n’empêcherait pas à l’intérieur de changer l’utilité. Pour finir, ça ne servirait à rien. Mais au niveau de la Mairie de Paris, il y a une touche sérieuse.


Q.L : Il ne faudrait pas qu’un matin vous retrouviez votre cinéma muré…

C.L : Je ne pense pas… car il y a des courriers où ils manifestent leur émotion. Ils essaient de voir comment ils peuvent sauver la salle. Ce n’est pas négatif. Je me dis qu’il y a quelque chose puisqu’on ne m’a pas virée. Peut-être que la ville de Paris a fait pression.


Q.L : Et au niveau public, comment marche la salle ? Avez-vous assez de fréquentation ? J’ai vu qu’il y avait beaucoup d’enfants…

C.L : Au niveau cinéma d’enfants, on en a pas mal, et pour le théâtre on a un bon public. Mais comme tous les petits théâtres, on a des difficultés. Rien n’est simple, les charges sont lourdes. On a dû faire beaucoup de travaux pour la sécurité etc. Tout cela coûte cher. On a quand même un public, surtout de jeunes. Ce n’est pas une salle de grand confort, mais ils viennent pour l’ambiance, ils aiment les spectacles.

Ce sont des spectacles faits par des jeunes compagnies. Ce sont des jeunes qui viennent découvrir des auteurs inconnus, et des créations de jeunes troupes. [1] C’est que c’est la seule salle de Paris où on ne fait pas payer les artistes. On prend 50% de la recette. C’est unique ! Pour le cinéma, ce sont des films d’art et d’essai.


Q.L : Vous êtes classés dans les salles Art et Essai ?

C.L : Non. Pour cela, il faut un nombre de séances tellement important ! Comme on a beaucoup de films pour enfants, qui ne sont pas Art et Essai, et comme d’autre part, on a le théâtre, le cinéma c’est surtout pour boucher les trous. Pour ne pas perdre de l’espace, dès qu’il Y a une place sur le planning on met un film ; s’il y a 10 ou 20 personnes, cela aide un peu la salle à vivre.


Q.L : Vous n’avez pas de problème pour avoir de bons titres ? Je trouve que dans l’ensemble vous passez des films de qualité.

C.L : Non, je n’ai pas de problème pour cela.


Q.L : Pourquoi votre salle a-t-elle deux noms : le Berry et le Zèbre ?

C.L  : Oh, alors ça , le zèbre, c’est vraiment une blague ! En 1987, il y a un monsieur qui est venu se présenter, il était à l’époque au théâtre du Ranelagh.

Interruption de l’interview, on vient chercher Mme Christiane Leproux pour recaler l’image. Elle s’occupe de tout , et cela dans la bonne humeur….
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Photo © Antoinette Angénieux - La façade pourrait être classée.


C.L : Il est venu me voir, disant qu’il connaissait plein de gens, qu’il amènerait plein de monde… Je l’ai accepté comme partenaire. Il a trouvé que le nom de Berry faisait ringard, qu’il fallait trouver un nom plus branché : ça a été le Zèbre. Le zèbre il n’a couru que du 1er mai au 31 décembre. On s’est séparé… Il m’a défendu de me servir du zèbre… Mais comme il faut le décrocher de la façade avec une grue, il est encore là.


Q.L : Vos plannings sont-ils faits longtemps à l’avance ?

C.L : Oui, mais les jeunes troupes ont du mal à se programmer et c’est assez difficile d’être précis longtemps à l’avance. On passe toutes les semaines dans la semaine de Paris - Pariscope avec les horaires et tous les programmes, dans la section XIème arrondissement pour le cinéma, et dans la rubrique cafés-théâtres, pour les spectacles.


Q.L : Si du jour au lendemain, on vous oblige à partir, que feriez-vous avec les contrats en cours ?

C.L : Je peux faire un référé qui me donnera 6 mois pour les terminer . J’ai des contrats au minimum jusqu’en juin. Mon grand désespoir serait de partir de là après 40 ans d’activité dans le spectacle sans avoir laisser la main à de plus jeunes prêts à travailler. Il y a plein de gens qui sentent que ce lieu pourrait être encore plus intéressant avec plus de promotion. Des artistes comme Higelin et Borhinger me soutiennent.


En lisant ces paroles de Christiane, en sentant, malgré les difficultés, son enthousiasme à faire vivre des spectacles populaires , on a envie comme ses copains de lui donner un coup de main.

Pour commencer, il faut aller aux spectacles et aux séances de ciné du Berry, puis, si parmi les lecteurs de Quartiers Libres il y a des amis du Berry qui ont des lettres de la mairie de Paris, ce serait bien de nous les communiquer pour pouvoir poursuivre dans les colonnes de Quartiers Libres la vie de ce ciné-théâtre.


Entretien réalisé par Antoinette Angénieux

Photo : Antoinette Angénieux. La façade du Berry pourrait être classée.


« Le Berry-Zèbre » est aujourd’hui métamorphosé en une salle de spectacle devenue incontournable : Le Zèbre de Belleville - 63, boulevard de Belleville - 75011 Paris - M° Belleville.


Article mis en ligne en 2011 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2013.

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[1C’est au Berry que Ph. Decouflé le chorégraphe des spectacles des jeux olympiques a découvert les "champêtres de joie".

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