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Le jardin de la cour du Maroc

Le projet est enfin en voie de réalisation,
à moins que…

(Article paru dans le 18e du mois, journal de quartier du 18e, ami de Quartiers Libres, avec son aimable autorisation)


Après des années de lutte des associations pour qu’un grand jardin public soit créé sur la totalité de la cour du Maroc (qui appartient actuellement à la SNCF), un compromis favorable au jardin a été trouvé. L’enquête publique dans les mairies du 18e et 19e arrondissement est achevée.

Un calendrier a été établi. Mais tout pourrait être remis en question si certaines associations engageaient un recours devant les tribunaux.

Le projet d’un grand jardin public sur l’emplacement de la cour du Maroc, dont on parle depuis dix ans, semble enfin en bonne voie. La plupart des associations de La Chapelle et du quartier Villette dans le 19e (car ce jardin se situera à la frontière des deux arrondissements) se battent depuis des années pour cela.

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Le jardin public occupera la totalité de la surface de la cour du Maroc, mais une partie (en haut à gauche sur le plan ci-dessus) sera surélevée, au-dessus d’entrepôts semi-enterrés. Ces entrepôts pourraient, dans une douzaine d’années, devenir un gymnase.


L’enquête publique

La première étape des procédures légales pour la création du jardin, c’est une enquête publique, obligatoire pour que ce terrain, classé administrativement comme zone d’activité (c’était autrefois une zone de déchargement des trains de marchandises, et d’entrepôts), puisse devenir un espace vert.

Tous les Parisiens ont donc pu se rendre dans les 2 mairies concernées pour inscrire leurs observations, critiques et suggestions dans un registre mis à leur disposition. L’enquête portait sur : "l’inscription d’un espace réservé pour la création d’un espace vert public" .

La Ville de Paris a consulté aussi les habitants sur un éventuel élargissement de la partie nord de la rue d’Aubervilliers, depuis la rue du Département jusqu’au pont de chemin de fer. Cela permettrait d’une part d’agrandir les trottoirs, avec plantation d’arbres, d’autre part de mettre en double sens cette partie de la rue, afin que les camions de Tafanel puissent être évacués vers le nord, où il y a moins d’habitations, donc moins de gênes sonores.


Le cahier des charges

Autre signe : deux réunions de concertation organisées par la municipalité de Paris ont eu lieu en juin sur le "cahier des charges". Que mettre dans ce vaste terrain de 42 000 m2 ? Espaces de promenade, jeux pour les enfants, espaces sportifs… ? L’association Les Jardins d’Éole, qui depuis des années agit pour qu’enfin ce jardin voit le jour, y a été conviée, avec d’autres associations des quartiers concernés et des représentants des deux mairies. D’autres réunions sont prévues.

Enfin un calendrier a été établi. Mais, et là les choses se compliquent, ce calendrier est conditionnel.

Pour comprendre la situation, il faut se rappeler qu’à l’origine la SNCF, propriétaire du terrain, ne souhaitait en concéder qu’une petite partie pour un espace vert. Elle voulait garder à la cour du Maroc, pour l’essentiel, sa vocation industrielle.

Au fil des mois, à la suite des discussions et des actions menées par les riverains, la position de la SNCF a évolué. À l’automne 2001, elle acceptait que, sur les 42 000 m2 de la cour du Maroc, un peu plus de 30 000 soient vendus à la Ville de Paris pour le jardin public. Mais elle se réservait le reste pour agrandir les entrepôts de la société Tafanel, qui se trouvent au nord de ce terrain. (L’entreprise Tafanel commercialise sur tout Paris, à l’aide d’une flotte de camions, des boissons arrivées par trains de marchandises.)


Le jardin par-dessus le hangar

La bataille a continué. Finalement, un compromis a été trouvé : des hangars de stockage supplémentaires seront créés pour Tafanel, comme la SNCF le veut, sur une bande de terrain qui s’étirera au nord-ouest de la cour du Maroc. Mais ces hangars seront semi-enterrés ; l’espace vert pourra être aménagé aussi au-dessus d’eux, et donc occuper la totalité des 42 000 m2.

En outre, un déménagement de la totalité de l’entreprise Tafanel est envisagé, à échéance de dix ou onze ans. L’espace semi-enterré pourrait alors être aménagé en gymnase. C’était l’ultime concession de la SNCF. À prendre ou à laisser.

Après débat parmi leurs adhérents, l’association Les Jardins d’Éole, et la plupart des autres associations qui s’étaient battues sur ce dossier, ont accepté cette solution, qui a été entérinée par le Conseil de Paris.


La SNCF met une condition

Le calendrier est donc le suivant :

• Fin août, la SNCF devait déposer une demande de permis de construire pour les nouveaux hangars de Tafanel semi-enterrés. La demande de permis de construire concernerait également des modifications dans l’aménagement des entrepôts actuels de Tafanel (au nord du pont Riquet), modifications liées à l’extension.

• Les délais d’examen du permis de construire, et de recours éventuels, sont de cinq mois. À l’issue de ces cinq mois, la SNCF cédera le terrain à la Ville pour la création du jardin.

• Les travaux commenceraient en 2003. Ce sont des travaux importants. Le jardin pourrait ouvrir pour sa plus grande partie à l’été 2006, et en totalité en mars 2007.

Mais si des recours devaient être déposés devant les tribunaux contre le permis de construire qu’aurait obtenu la SNCF, et compte tenu du fait que ces recours entraîneraient pour l’ensemble du projet des retards considérables (jusqu’à deux ans), la SNCF a annoncé clairement que dans cette hypothèse elle retirerait complètement ses billes et ne céderait plus le terrain à la Ville de Paris.

Certains parleront de chantage, mais c’est ainsi. Le droit est du côté du propriétaire : rien ne peut obliger la SNCF à vendre le terrain si ça doit se faire dans des conditions dont elle estime qu’elles lèsent ses intérêts.


Une position extrémiste

Or, une des associations du quartier de La Chapelle a fait savoir qu’elle envisage de déposer un recours. C’est Gare aux pollutions.

Gare aux pollutions s’était créée, à l’origine, pour lutter contre la pollution atmosphérique engendrée par les locomotives diesel du dépôt situé en bordure du quartier de La Chapelle. Cette bataille, elle l’a en grande partie gagnée : la pollution diesel dans ce secteur a fortement diminué, elle n’est plus significative. Les pics de pollution enregistrés étaient dus en effet aux opérations de station-service et de préchauffage des locomotives de la ligne Paris-Bâle, qui se font maintenant ailleurs, hors de Paris et loin de toute habitation.

Gare aux pollutions s’est aussi fixé comme objectif d’appuyer la demande de création d’un jardin public sur la cour du Maroc.

Jean-Claude Duflo, président de l’association, a pris une position extrémiste : pour lui, pas question d’accepter un agrandissement, quel qu’il soit, des entrepôts Tafanel ; il n’est même pas question d’accepter que les entrepôts Tafanel actuels restent là. Tout ce qui peut contribuer à leur départ rapide doit être entrepris.

Cette position extrémiste, qui ne tient pas compte des rapports de force juridiques, risque d’empêcher complètement la réalisation du grand jardin public. On verra quelle voie les adhérents de Gare aux pollutions choisiront finalement. [1]


Noël MONIER
Le 18e du mois N° 86 Juillet/ Août 2002

N.B. Le Jardin d’Éole nous communique : le rapport du Commissaire-enquêteur est disponible depuis fin septembre. Aux dernières nouvelles, il serait favorable au projet sous quelques réserves.



Article mis en ligne en janvier 2015.

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[1Depuis la parution de cet article, l’association "Gare aux pollutions" a demandé que paraisse dans le 18e du mois de septembre un droit de réponse. Celle-ci confirme sa position.

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