Paillards, anars, révoltés, vandales, subversifs, stupides, scandaleux…certes… mais aussi drôles, ironiques, inattendus, pleins d’humour et
d’impertinence – LES GRAFFITIS n’ont pas fini de nous étonner.
On aime rire, sur les murs, et de bien des façons. La ville, lieu de révolte et de violence, est aussi un terrain de jeu où mots et images clignent de l’oeil au passant. Brinquebaler les mots ou les lettres, cela donne cocasseries et bizarreries comme : « COIFFURE POUR AMES » sur une boutique de coiffeur en démolition à Clichy. Ou plus direct « ÉRECTIONS, PIÈGES À CONS » (au moins à double sens) Ou encore : « SATAN BUSH un coin » L’affaire n’est pas nouvelle. Victor Hugo raconte dans CHOSES VUES (1847-1848) que « sur une affiche des ATELIERS NATIONAUX, un passant avait ajouté au crayon, un R. Cela faisait « RATELIERS NATIONAUX ». Cela lui a assez plu pour qu’il le consigne dans son journal.
Des conseils pleuvent : « JE PARDONNE À CEUX QUI M’ONT OFFENSÉ, MAIS J’AI LA LISTE »
« SOIS PAS BRANQUE BRAQUE TA BANQUE », très vite effacé sur une banque parisienne
« ATTENTION CE BÉTON EST ARMÉ » devant un immeuble en construction
« JAMAIS DANS LA TENDANCE MAIS TOUJOURS DANS LA BONNE DIRECTION »
Et, définitif, et tout à fait évident : « LES CARESSES SONT LE MOYEN DE TRANSPORT LE PLUS SÛR »
A-t-on vraiment envie de : « FAIRE L’AMOUR DANS UNE JARRE DE BLÉ » ? ce qui semble plutôt inconfortable, à moins qu’on ne joue sur le sens de BLÉ/ ARGENT. Que ne feraient certains pour en avoir ! ! ! ! !
Et pourtant pour d’autres : « LA VIE PALPITE SOUS VOS YEUX PAS DANS LE TIROIR CAISSE »
Les dialogues eux aussi s’en donnent à
cœur joie, poussant à l’absurde la phrase du
premier graffiteur, qui ne s’y attendait sans
doute pas :
« J’ENRAGE »
« CRÊVE »
« JOUIR OU MOURIR »
« Concerné  »
« VIVE LE ROI  »
« Des cons  »
« Mon voisin sent le putois  »
« on te plaint  »
(dans un lycée parisien)
« Les mecs , c’est comme le métro
« t ‘en rates un , tu prends
le prochain  »
« t’es bon toi, GARY » (métro Liberté)
Autre cible de choix, l’affiche, qui ne sort pas indemne de ses démêlés avec les
graffiteurs. En général, ce sont eux qui ont le beau rôle car ils substituent l’essentiel aux oripeaux du marché :
VIE
« CHANGEZ DE CHAUDIÈRE »
(Le mot est barré par le graffiteur).
Sur une affiche d’agence de tourisme offrant « Vol à 1 euro pour la 2ème personne », est rajouté à la craie blanche « 6 mois fermes Ou encore : « Ils écrivent dans nos têtes Écrivons sur leurs murs . Signé Défonce Graffiti »
« Déboutonnez vos cerveaux aussi souvent que vos braguettes  » de mai 68 est repris en 2005 sur le macadam parisien : « CERVEAU ON – PUB OFF »
Au chambardement des lettres répond la conquête de l’espace :
Un « J’AI PAS FAIM », sous une indication de cantine ;
Sur un bout de planche la mention :
« BUREAU POLITIQUE » ;
Un sac en papier jeté dans un coin devient : « JOLI SAC DE VOYAGE » ;
Un transformateur EDF est rebaptisé « SEXE à PILE », etc.
Le jeu n’est pas si gratuit qu’il y paraît, la critique est bien là : la pertinence de la phrase et du support du détournement amorce aussi bien la réflexion qu’un cri de révolte. Faire rire passe souvent mieux que faire grincer des dents.
« Prestidigitateur de l’instant » (D.Biloteau, étudiant les graffitis québecois) le graffiteur s’amuse en profitant de l’occasion, d’une idée qui passe, d’une impulsion. Un chanteur célèbre n’avoue-t-il pas récemment : « prendre plaisir à graver un nom sur le comptoir « de ses amours », virtuellement sans doute. Et je crois qu’il jubilait le NARCIS qui étala ainsi son bonheur, en grosses lettres, sur un muret de Vitry : « JE T’M MA MIENE,NARCIS »
Il serait bien dommage que disparaissent, à force de brimades et d’amendes, ces « moqueuses vermines insolentes » [1] qui épinglent avec tant d’à propos les torts et les travers de l’époque.
Claire GUINCHAT - Texte et photos


L’exposition « La vie Graffiti », réalisée par le CAES du CNRS, présente plusieurs centaines de graffitis, regroupés par thèmes. Vous pouvez la réserver gratuitement auprès du service Culture-Communication du CAES.
Tél. 01 49 57 50 26 (madame Dagens) E-mail : marie-claudedagens@caes.cnrs.fr
[1] André Pyere de Mandrague
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Le rire graffiti - 2010-05-22 09:42:54 - EcrireJ AI 50 ANS J AI VECU PARTOUT OU IL Y AVAIT QUELQUE CHOSE A VOIR J AI BEAUCOUP ECRIT SUR LES MURS ; ma "devise" était "GRAFFITIS,ART DE LA NUIT’ j ai expose a cambrai aveec mon ex beaufrere, allez jeter un oeil a son site :"jj dorne.com ;;maintenant je vis le plus possible dans les montagnes thailandaises
Le rire graffiti - 2010-06-21 16:46:06 - Ecrire
Merci pour votre message, envoyez-nous un graph de Thaïlande à l’occasion
Cordialement
L’équipe de la Ville des Gens
Le rire graffiti - 2012-01-28 10:59:03 - Ecrire
bonjours .
vraiment c’est un bon sujet .
je mène une etude socioenthropologique sur cet phénomène depuis qulques années.
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