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Coup de cœur

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Les Magasins Généraux


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Incendie des magasins généraux de la Villette.



À travers la destruction physique des Magasins généraux, c’est un concept culturel qui brûlait. L’association Quai de Seine quai de Loire se mobilise pour défendre ce lieux contre des projets immobiliers spéculateurs.

Le 10 février 1990 l’un des Magasins Généraux de la ville de Paris, situé 68 quai de Seine, a été entièrement détruit par un incendie. Au bord du canal reste aujourd’hui une ruine dont l’image rappelle en rien ce lieu qui constituait sans doute " l’une des plus fortes concentrations européennes d’activités artistiques ", comme l’écrivait Le Monde en août 1987.

Ce lieu, qui regroupait les deux bâtiments quai de Seine et quai de la Loire, s’est constitué au fil des ans en juxtaposant des activités culturelles très variées. Architectes, peintres, sculpteurs, photographes, graphistes, artisans y côtoyaient gens du théâtre, de la vidéo et des industries culturelles comme le Printemps de Bourges. Ce voisinage multiculturel représentait un espace rare de liberté créative hors de toute institution.

Malgré la croissance organique du lieu, sa vocation culturelle a été arrachée de haute lutte à la Ville de Paris par ses occupants . Très tôt déjà, dès 1980, les locataires se sont regroupés pour créer l’association Quai de Loire quai de Seine, dans le but précis de faire reconnaître par la Ville et par la société de gérance, la Société Entrepositaire Parisienne (SEP), cette nouvelle vocation des lieux. L’association oblige alors la SEP à modifier les statuts des locaux, jusqu’alors considérés comme des locaux entrepositaires.

Trois années plus tard, en août 1983, suite à des travaux mal réalisés, plusieurs locaux sont inondés et endommagés lors d’un violent orage. L’association demande des réparations à la SEP et fini par la poursuivre en justice. La SEP est alors condamnée à faire les réparations qui s’imposent. En Juin 1985, l’association organise des portes ouvertes, durant lesquelles le Maire de Paris, Jacques Chirac en personne, vient sur place exprimer son soutient et reconnaître la réussite culturelle des lieux .

En décembre de la même année le Conseil de Paris confirme la vocation culturelle de l’ensemble des bâtiments quai de Seine quai de Loire . Un troisième avenant est rédigé , il n’y aura plus de surfaces entrepositaires dans les Magasins Généraux.

Juste avant la catastrophe environ cinq cents personnes travaillaient en permanence dans les deux bâtiments. L’incendie, qui s’est déclenché le 10 février au début de l’après-midi a ravagé l’intégralité du bâtiment 68 quai de Seine . Les 260 personnes qui y travaillaient, dans 63 ateliers, ont tout perdu. Sous les décombres, des années de travail, d’innombrables œuvres, des millions de francs de matériel et le souvenir d’un lieux pour lequel tous se sont battus, dans lequel tous ont investi tant au plan matériel qu’au plan affectif. " Une part de moi est morte sans laisser de traces ", dira quelques jours plus tard le sculpteur Michael Grossert, qui a vu disparaître en cendres trente ans de travail. " Toutes les racines de mes recherches ont disparu. Tous les documents ont brûlé." " Quand j’ai un rendez-vous dans le quartier, raconte une locataire du 68, je fait des détours démentiels pour ne pas passer à côté des ruines ".

Traumatisés, les locataires sinistrés s’organisent. Ceux qui ont tout perdu et ceux d’en face qui craignent pour l’avenir du second bâtiment, ont relancé l’association Quai de Seine quai de Loire dès le lendemain de la catastrophe.

La situation est complexe, le combat est difficile. Bien que d’origine accidentel, rien n’a été fait par la société gestionnaire, la SEP, pour éviter cet incendie ; et bien au contraire prétendent certains… Les pompiers, dans l’analyse du déroulement du sinistre (" Allo 18 " du mois d’avril 1990 ) démontrent que la propagation de l’incendie est réellement dû au mauvais état des lieux, (absence d’extincteurs, pas de trappes anti-fumée, plafonds coupe-feu non conformes, etc.) Une situation qui avait été dénoncée par les locataires à plusieurs reprises.

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Aujourd’hui, après trois mois de luttes et de négociations, le bilan est négatif. Dans le dernier manifeste de l’association : " Les ruines amorales " on peut lire que seul 11 artistes sur les 24 ont été relogés. Les 40 entreprises fonctionnent comme elles le peuvent hébergé chez des confrères, dans des appartements particuliers… conjuguant la difficulté de travailler avec celle de chercher à se reloger. L’association déplore que les promesses faites aux sinistrés au surlendemain de l’incendie par Monsieur Rabut, directeur de cabinet de M. Jacques Chirac n’ont pas été tenues. Ainsi l’ensemble des locataires devait être relogé dans un délai de trois semaines. Une indemnisation de 30000 francs par atelier devait être allouée à titre d’avance sur assurance par la SEP sur simple constitution de dossiers. Malgré les envois de dossiers pas un seul atelier n’a reçu la moindre indemnisation. L’association des sinistrés a porté l’affaire devant la justice pour faire valoir ses droits. Le bâtiment détruit devait être reconstruit et affecté en priorité aux anciens locataires. Les hypothèses de reconstruction du 68 quai de la Seine n’envisagent la présence des anciens occupants que s’il reste de la place après réalisation des nouveaux projets de la Mairie. Ce lieu culturel peut-il renaître sans les artistes qui en ont été les créateurs ?

Mardi 22 mai, 10 heures du matin, plus de soixante membres de l’association occupent le Siège de la SEP situé dans les locaux du groupe Courrèges, au 40 avenue François 1er. Ils y tiennent une assemblée générale, devant la mine ébahie des employés et y dénoncent la situation scandaleuse des sinistrés et des actuels locataires des Magasins généraux.

Pour le mardi 19 juin l’association prépare une journée : " ruine ouverte ". Une manifestation qui permettra aux parisiens de visiter le bâtiment encore existant, d’y rencontrer les artistes et de s’associer à leur combat. Cette journée sera ponctuée d’interventions artistiques sur le site des deux bâtiments , une manière pour les occupants d’exprimer leur attachement et leurs inquiétudes pour l’avenir de ce lieu culturel.


B. W.


Article mis en ligne par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2013.

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