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Une vie… Une mémoire

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Paul Adnot


Paul Adnot est connu des lecteurs du journal, puisqu’il a présenté des dessins à la plume du quartier de la Place des Fêtes. Aujourd’hui, il raconte sa vie dans ce quartier qu’il a aimé et qu’il ne reconnait plus…

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Place des Fêtes, avant la rénovation, d’après un tableau aérien.


On commence par quoi ? On commence par ma naissance : c’est pas compliqué. Je suis né dans une annexe de l’hôpital Tenon en 1919, et mes parents habitaient Passage du Puits, qui se trouve en bas de Belleville.
Mon père avait fait la guerre de 14-18, comme tout un chacun, comme tous les lampistes, il a été fait prisonnier par les allemands en 18, et quand il est revenu, il a cherché du travail, et il est entré dans les formes en bois pour faire des chaussures.

On faisait de 48 heures à 56 heures de travail par semaine.

Puis ma mère y est rentrée, puis mon frère aîné, ma sœur, et moi par la suite. J’ai commencé à travailler à l’âge de 13 ans, l’année du certificat d’études, et je me souviens qu’en 1936, ma mère travaillait jusqu’à 9 heures du soir, et on faisait de 48 heures à 56 heures de travail par semaine. Toute la famille travaillait dans les formes de chaussures. L’usine se trouvait au 50 rue de Crimée ; maintenant, elle a disparu. C’était une petite usine avec un petit jardin ; on était une quarantaine d’ouvriers et c’était important comme usine de chaussures.

À Belleville et Ménilmontant, c’était surtout la chaussure et les vêtements. Les Grecs et les Arméniens étaient les principaux travailleurs dans la chaussure, il n’y avait pas ou peu de Français. Quand j’ai commencé, a, travailler en tant qu’apprenti, j’ai eu mes premières culottes longues ; je suis pas grand maintenant, mais à l’époque j’étais encore plus petit. Vers 14 - 15 ans, on m’a mis à travailler sur machines. Ça commençait à devenir plus sérieux : on faisait du talon en bois, du bottier, du Louis XV sur des petits tours,on mettait des pièces de bois d’un côté, et le moule de l’autre, et au fur et à mesure, le talon se dégageait, on faisait uniquement les formes, pas de chaussure. On travaillait avec les artisans de Belleville, les Greco-Sarradjian. Impasse Compans, il y avait une fabrique de pantoufles de luxe : c’était Stagni.


TRENTE-SIX

En 1936, j’étais ici, Place des Fêtes. J’ai fait grève, comme les copains. J’avais 16 ans… c’était merveilleux ; tout le monde en avait marre d’être exploité. Je gagnais 40 sous de l’heure, mais je m’occupais pas du loyer, c’était ma mère, qui était veuve de guerre sans pension, qui s’en occupait, et nous étions quatre enfants à la maison.

Avant 36, on n’avait pas de vacances…

En 36, ça a été les premiers congés, les patrons n’étaient pas d’accord -d’ailleurs, les copains et mes frères avaient enfermé le patron dans l’usine- les flics se dérangeaient pas, c’était comme ça dans toute la France, mais il n’y a pas eu de heurt. On avait installé un piquet de grève et les chalands mettaient leurs oboles dans un tronc devant les grilles de l’usine. Il y avait des gens qu’on avait jamais vu qui venaient nous apporter à manger, c’était le coude à coude.

Pour les congés payés qu’on a eus en 36, je suis parti, non pas à la mer, mais à Cosne, dans la Nièvre, avec ma mère. C’était la grande fête et à cette occasion j’ai eu mon premier complet neuf, un complet d’homme, c’était la joie !

Avant 36, on n’avait pas de vacances ; si on n’était pas trop mal avec le patron, on demandait quelques jours mais sans être payé… on travaillait beaucoup le samedi matin compris, et j’ai pris pas mal de coups de pied aux fesses.


Déracinement

J’ai été deux fois déraciné. J’ai été élevé à la campagne à Nogent-Sur-Seine. J’avais une nourrice. Ma mère travaillait, donc on m’a mis en nourrice ; j’avais quinze jours, et j’y suis resté jusqu’à la mort de mon père en 1926. J’avais à peine 6 ans, et j’étais déjà déraciné : j’aimais la campagne, j’étais habitué au grand air, aux champs. J’ai toujours voulu rester à la campagne et encore aujourd’hui j’y pense. Et on m’a ramené à Paris, dans cette ville incroyable, j’étais perdu, affolé, on m’a mis à l’école avec des instituteurs qui était des peaux de vaches. Il étaient très durs : ceux du coin, c’était pas de la crème. Là j’ai été déraciné pour la première fois, et mon début à l’école n’a pas été très probant, et j’aurais bien voulu retourner à la campagne.

La deuxième fois que j’ai été déraciné, c’est quand ils ont foutu notre quartier en l’air.

La deuxième fois que j’ai été déraciné, c’est quand ils ont foutu notre quartier en l’air. Tout le monde se connaissait avant : c’était un village, c’était notre campagne à nous.C’est pas comme maintenant, on passe à côté des gens sans les voir, personne vous voit, vous voyez personne non plus.

Place des Fêtes, c’était des petites maisons, les plus grandes de 4 ou 5 étages, mais pas plus ; certaines étaient vétustes, surtout dans la rue Compans, mais d’autres auraient pu rester ; mais surtout, il y avait d’anciennes fermes : vous passiez sous le porche, et là, surprise, on trouvait un jardin, des cerisiers. La rue des Lilas portait bien son nom, mais maintenant, ils peuvent la débaptiser !

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Rue des Lilas - ici était un petit bistrot de campagne… - Dessin Paul Adnot.


Le point central, c’était la Place des Fêtes quand j’étais gosse…

Mon frère avait loué une toute petite maison, avec une pièce en bas et une pièce en haut, avec un petit escalier de bois, et on montait dans le pigeonnier, et tout autour, il y avait un jardin avec des lilas, des cerisiers et beaucoup de verdure.

Le point central, c’était la Place des Fêtes quand j’étais gosse ; il y avait des baraques foraines dans le square "Monseigneur Maillet", il y avait la fête, des parades foraine Le square n’a pas bougé depuis 1900. Le marché autour du square était couvert et en métal, comme des coursives, pas larges ; il y avait juste des colonnes, les marchands étaient protégés par un toit.

Sur la Place des fêtes, il y avait des petites baraques d’un étage, des bistrots, dont le "Bouquet" et un petit cinéma. Après 1936 au retour des vacances, les gens étaient satisfaits, les salaires améliorés, on faisait 40 heures, et les conditions de vie étaient meilleures. On pouvait faire plus, mais en heures supplémentaires, et puis on avait un délégué syndical, Félix, des cuirs et peaux de la C.G.T.


La Guerre !

Puis la fête de 36 s’est calmée, la fureur populaire est tombée, c’était terminé. Peu après il y a eu le bruit des bottes au-delà du Rhin. On se doutait que quelque chose de grave se passait, mais on ne savait rien de précis.Il y avait la radio qui faisait entendre la voix d’Hitler et toute les conneries des gouvernements anglais et français. Blum a été renversé en 37, on a eu Daladier notamment, mais c’était plus des socialos. En 38, mon frère aîné a été mobilisé et puis on l’a plus revu pendant cinq ans puisqu’il a été fait prisonnier. Mon autre frère est parti en 39 à la mobilisation générale, et moi je suis parti en 40.

Et pendant ce temps, sur la Place des Fêtes, d’après ma femme, les allemands quand ils sont arrivés, ont installé une cantine à l’école des garçons, mon ancienne école, et puis il y avait des gens qui venaient chercher à manger. Moralement, le fait que la France soit battue, tout le monde était à plat. Moralement, le fait que la France soit battue, tout le monde était à plat. Puis, quand je suis revenu, il n’y avait plus rien à bouffer… Je me souviens quand j’ai été mobilisé, je suis revenu à 5 h du matin ; ma mère faisait la queue devant un commerçant : ils ouvraient à 9 h quand ils avaient quelque chose. Puis, quand je suis arrivé à la maison, elle m’a fait un œuf au plat… c’était déjà quelque chose, mais j’avais 20 ans ! Et cela a duré comme ça pendant toute la guerre.

Toutes les industries s’étaient arrêtées mais en 41 l’activité reprenait déjà ; quand je suis arrivé à Paris j’ai refait une partie de la Libération dans le 19e.

Après 45, je suis revenu. J’ai cherché du boulot avec mes papiers, feuille de démobilisation, etc… Je faisais voir mes papiers aux patrons, ils voulaient personne. On nous avait reçus à bras ouverts, on nous avait couverts de fleurs, on nous embrassait quand on était soldats et après, c’était terminé !

J’ai trouvé enfin une place comme argenteur. On faisait des couverts en argent (par électrolyse). Là, je suis resté deux ans et puis après, je suis retourné à mon premier métier (les formes). S’il n’y avait eu que moi, j’aurais toujours fait de la peinture ; le travail forcé, c’est pas bon. Mais à tout prendre, je préférais retourner à mon ancien métier et puis, c’était moins dangereux qu’argentier.

L’usine des formes marchait bien, mais le propriétaire est mort, et son fils a hérité, je crois, et il a déménagé de la rue de Crimée et s’est installé en bas de Ménilmontant, avenue Jean Icart.


Après les cinés…

Tous les samedis et dimanches, on se retrouvait Place des Fêtes, je rencontrais des copains, on était tous du quartier, on allait boire le pot de l’amitié ensemble. Le soir, avant qu’il y ait la télévision, on se promenait l’été, tout autour de la Place des Fêtes, les uns assis, les autres marchant, les gosses courant partout, c’était incroyable !… Ils ont foutu les cinémas en l’air.

Aux entractes, il y avait une ou deux attractions…

Il y avait beaucoup de cinémas : le Floride, le Provence, l’Alcazar, le Danube, le Fééric (cinéma bourgeois du quartier) d’ailleurs le rideau du Fééric a dû être racheté par la télévision (un rideau rouge cramoisi avec des festons d’or autour et des franges en bas). Au cinéma, aux entractes, il y avait une ou deux attractions, avec des vedettes débutantes ou connues comme G.Noël avec son orgue de Barbarie au Danube, ou Doumel, un vieil acteur.

Mais avant guerre, il y avait le vieux théâtre de Belleville et surtout les Belles-villes : des revues de nues, ça attirait beaucoup de monde, et des chanteurs comme Fréhel, Jean Lumière, André Claveau débutaient, et puis aussi les chansonniers Roméo Carlès, Raymond Souplex, et le Théâtre de Belleville faisait des opérettes légères.

… La Télé !

Une nouvelle époque est née lorsque sont apparus les frigidaires, les télévisions, tout le confort, quoi… Çà s’est compliqué, on avait l’eau à la bouche. J’avais un copain d’enfance, on allait le voir tous les vendredis soir. Nous allions prendre le café. On arrive : OOH !… Il s’était acheté un frigidaire … Le lendemain, on achetait un frigidaire. Un soir, j’avais acheté une lanterne à films à mon fils. Tiens je me dis voilà : on va projeter un film, on va se faire une petite séance de cinéma. On arrive… il avait acheté la télé : c’est pas vrai !…

On s’emmerde pas, ici !

Moi, je l’ai achetée un ou deux ans plus tard. Quand le type est venu à la maison avec l’antenne et la télé, les voisins ont dit : "On s’emmerde pas, ici !" Mais çà a été dommage : on était collé dessus Vous vous rendez compte : le cinéma à domicile, on se dérange plus !…

Maintenant, je suis plus sélectif, je ne regarde pas n’importe quoi. Les premiers temps, je l’ai beaucoup regardée, puis après, je me suis dit C’est dangereux ce truc là ; il faut l’utiliser comme un poste T.S.F.


Le dessin de mes débuts…

Depuis l’âge de 37 ans, tous les soirs, j’allais prendre des cours de dessin gratuits. Pendant la guerre, quand je m’emmerdais, je prenais des bouquins à la bibliothèque qui expliquaient la peinture, les pigments. Aussi, quand je suis arrivé au cours de dessin, j’étais pas plus godiche qu’un autre, parce que moi, j’étais ouvrier, et c’était pas facile de se retrouver avec des jeunes étudiants. Ça posait des problèmes. Maintenant, il y a peut-être moins de fossé entre les étudiants et les ouvriers. À cette époque, tous ceux que j’ai connus qui étaient aux Beaux-Arts, c’était des mômes de bourgeois. Ce qui était curieux : j’étais le seul à être écouté quand le prof n’était pas là. J’y suis resté pendant 4 ans, et maintenant, je continue depuis une dizaine d’années.

J’expose à « ART 19 » tous les ans, et en ce moment à l’atelier. Il y a des dessins ou des peintures que je donne, d’autres que je conserve, d’autres que je vends. Moi, je tiens à ce que je fais. Même quand je vends, je suis content, mais ça m’ennuie de le voir partir : c’est mon sentiment qui fout le camp !…


PLACE DE FÊTES

Çà a commencé avec les types qui ont commencé à prendre les métrés, les géomètres. Mais les gens du quartier ne savaient rien. Encore que ma femme a tenu une boutique dans la rue des Bois, et les promoteurs sont venus voir la propriétaire de la boutique. Alors nous, on l’a su dans les premiers et çà a fait du bruit, surtout quand tous les commerçants se sont ligués contre les promoteurs, pas pour sauver le quartier, mais pour leurs propres intérêts. Ils ont été largement indemnisés, je le sais !

Puis après, on a vu arriver les engins avec leurs grosses boules d’acier qui abattaient les murs. Çà nous a fait mal au ventre.

On ne sait pas ce qu’on va devenir, c’est effroyable !

Vous savez que maintenant, des jeunes des villes, quelquefois sorties des grandes écoles, se remettent à faire du sabot : c’est un retour en arrière ? Pour moi, maintenant, mon sentiment c’est de se retrouver devant un mur : on ne sait pas ce qu’on va devenir, c’est effroyable !

Il y a vingt ans, on voyait l’avenir loin comme sur une grande route qui se perdait à l’horizon, une route d’échappée, alors que maintenant, c’est fermé. Il y avait beaucoup d’espoir ; on était ravi de voir le modernisme arriver, de façon à ce que pour l’homme, ce soit moins pénible dans le travail et dans sa vie de tous les jours ; et on s’aperçoit aujourd’hui que plus on avance, et plus ça devient difficile. L’espoir est parti. Maintenant on attend. On ne sait plus. On attend quoi ?… Les fusées ! C’est pas drôle ! Je sais pas ce qu’on va devenir.

La couronne de la Place des Fêtes, c’était les bistrots qui en faisaient les fleurons…

À Belleville, ou Place des Fêtes, on allait voir les potes - on les appelait pas les copains, car ils auraient été vexés : c’était titi, gavroche ! Place des Fêtes, c’était que des petits artisans, des imprimeries, de la chaussure, des chaussons, des petites fabriques de meubles et des artisans travaillant seuls. La couronne de la Place des Fêtes, c’était les bistrots qui en faisaient les fleurons, et des petites épiceries en pagaille, et puis il y avait des restaurants, et tout çà c’était plein, et le tabac, on pouvait pas l’approcher le dimanche : c’était plein de monde.

Le dimanche, les cafés étaient pleins ; ils restaient ouverts jusqu’à près de
minuit ; bien sûr, il y avait quelques ivrognes. L’été, on sortait du boulot, on avait soif, on allait boire un pot chez Dupont, au coin de la rue Pré-St-Gervais et de la Compans. Le haut de la rue de Belleville, situé entre l’église de Belleville et la Place Levert, c’était le quartier bourgeois. Ce sont de belles maisons construites au début du siècle.

Au 160 rue de Belleville, il y a les jardins des Moines de Picpus, avec une ou deux baraques, mais tout cela va disparaître.

15 ans de chantier !

Toute la Place des Fêtes a été en chantier depuis une quinzaine d’années. Les premiers bâtiments construits sont les "paquebots", rue de Bellevue. Après, ils ont foutu en l’air l’école de garçons : j’en ai bavé dans cette école, mais ça m’a fait mal au ventre quand ils l’ont démolie, c’était mon passé.

Quant à moi, j’habite dans des HBM (habitations bon marché), les HLM d’autrefois qui ont été construits en 1921 et finis en 27. J’avais un oncle,peintre en bâtiment ; quand il a vu mon appartement. il n’en revenait pas : vous vous rendez compte, les W.C. chez soi !

Quand on a vu la hauteur des constructions, alors là, ça nous a déchiré !

La "Place des… " comme on l’appelait autrefois entre potes, ils ont commencé à la démolir vers 1960. Le quartier a été morcelé, puis on a vu la pampa et ils ont commencé à construire. On ne savait pas ce qu’ils allaient construire… Quand on a vu la hauteur des constructions, alors là, ça nous a déchiré !… C’était affreux… Quand on sortait du métro tous les gens s’arrêtaient et regardaient, et comptaient les étages en espérant chaque jour qu’ils s’arrêteraient. Par rapport à ce qui était prévu,ils ont changé quatre fois les plans, mais les tours y étaient toujours. Pas mal de gens sont partis (ceux qui ont été expulsés) en banlieue ; d’autres ont été relogés prés des casernes entre la Porte des Lilas et de Bagnolet ; c’est pas beau, je voudrais pas y habiter.

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Pour qui ces orgueilleux bâtiments ! - (la Cité Henry) - Dessin Paul Adnot.


La peinture

La peinture, c’est mon point faible. J’ai toujours peint pendant mes loisirs. La notoriété, si elle était venue, m’aurait peut-être gâché. Je fais de tout, les portraits, les paysages. Je suis spontané, mais c’est plus difficile qu’il n’y paraît. En peinture, il faut toujours franchir deux ou trois obstacles.

Je me fies plus souvent à des personnes qui n’y connaissent rien en penture, ils voient juste en principe. Ma femme, c’est ma première critique. Quelquefois, je reprends des dessins que ma femme n’estime pas bons. Ça me pique un peu, mais après, j’avoue qu’elle a raison ; ça ne me plait pas toujours d’être critiqué, mais il faut toujours dire si ça ne va pas. C’est plus difficile d’avoir un œil critique sur ce que l’on fait que sur le travail des autres.

Picasso, c’est un dessinateur, pas un peintre…

Mais critiquer un autre, j’ai horreur de ça. J’ai entendu l’autre jour le peintre Dali dire des critiques (professionnels) :"Moi, ce que je n’apprécie pas chez les critiques, c’est leur sens critique ; mais si c’est un homme de la rue qui critique ma peinture, alors là, je comprends et j’admets ; ces gens-là (la critique) ne connaissent pas ; ces gens-là sont pourris par tout ce qu’ils ont vu ou cru voir."

C’est un grand artiste et un mauvais clown. Picasso, c’est un dessinateur, pas un peintre ; d’ailleurs il se faisait aider, c’est authentique. Gris ou Miro ont été les précurseurs du cubisme, mais pas Picasso. Moi, je suis naturaliste, voire écologiste. J’ai fait un peu d’abstrait, mais juste pour savoir. Mais ça m’empêche de me détendre, de me déborder. Je préfère peindre par sentiment. Je commence par un trait, et je ne sais pas ce que je vais faire. Et puis ça part. Je me délivre de certains fantasmes dans ma peinture.

Un jour, j’ai fait un cauchemar : je voyais une rue assez étroite, comme un paysage, des maisons de chaque côté, la nuit, un ciel sombre, et puis des maisons qui faisaient comme une grande muraille, et le ciel descendait sur l’horizon et sur cette bande de ciel, on voyait passer des fusées, mais lentement, tout doucement, et les gens étaient figés, immobiles. Je me suis réveillé, j’étais en nage, et je me suis dit qu’il fallait que je me délivre de ce fantasme.

Le lendemain, j’ai été à l’atelier, j’ai pris un papier, du fusain et j’ai refait mon rêve ; et le dessin donnait bien cette impression de terreur. C’est comme ça que j’ai pu me délivrer de ce fantasme.


Souvenirs

En 1936, on avait monté un numéro de music-hall. Nous étions trois ; on a commencé par le répertoire populaire. On chantait dans les goguettes.
On chantait Georgius, puis Gilles et Julien, c’était déjà plus évolué, et enfin on a fait nos propres chansons. On était des copains d’école, et le plus vieux avait 18 ans…

Les potes, la plupart ont disparu.

On s’est jamais quitté. Mais un des copains, qui était un bon peintre, est mort il y a onze ans … Les potes, la plupart ont disparu. Soit ils sont morts à la guerre, soit ils ont été déplacés, ils sont partis. Je n’en ai plus qu’un dans le quartier, c’est Dédé Courtilly, et puis c’est tout, les autres potes ont disparu.

Je me souviens, en 1927, quand on est arrivé dans le quartier, l’été toute la famille allait manger sur les forts. C’était la campagne. On descendait la rue des Bois, on était à la campagne. Il y avait un chevrier, des guinguettes, des fermes… tout ça a été balayé par la guerre.

Dans le temps, on prenait le temps ; on était chaland. On flânait ; C’était chouette ! Maintenant, tout le monde est pressé !…


Les deux dessins illustrant
cette page sont évidemment de Paul Adnot


Article mis en ligne en 2012 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens, actualisé en octobre 2013.

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