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Quels arbres aux Buttes-Chaumont


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Tilleul argenté coupé en février 1995 - S.M.

Les Buttes-Chaumont, comme le suggère le pluriel, sont multiples. C’est l’intérêt du parc, on ne s’y ennuie jamais. Ça monte et ça descend tout le temps. La promenade y a un côté montagnes russes, sans la précipitation. Les points de vue ne ménagent par leur surprise. La traversée des ponts peut même flanquer le vertige.

Les arbres sont à l’avenant. Si tout jardin se veut microcosme de la nature, celui-là s’enfle emphatiquement, avec sa franche gaieté Napoléon III, de l’univers tout entier.


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Effets de reflets dans l’eau - Sylviane Martin.

Si vous entrez par la porte principale place Armand-Carrel, descendez l’allée de la grotte. Laissez le kiosque à musique derrière vous et engagez-vous sur la route circulaire, qui fait le tour du lac. Devant vous, ce roc - cinquante mètres faits d’un vrai front de taille de carrière et de faux rochers de ciment - est couronné d’un édifice évoquant davantage les dais miniatures posés sur les pièces montées de communions que le temple antique de la Sybille à Tivoli.

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Sur la berge, l’immense sophora date de la création. Sa ramure presque à l’horizontale et son port retombant donnent au paysage une allure japonisante, très à la mode en 1867, qu’accentue le jeune cerisier voisin.

Sophora pleureur - D.C.

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Cerisier du Japon - D.C.

Arrivée par la place Armand-Carrel - S.M.


Un peu plus loin, presque au droit du pont des Suicidés, ce nuage vaporeux gris argenté est le feuillage d’un saule à feuilles de romarin qui se penche sur l’eau.

Après la visite de la grotte, tout droit sortie des illustrations d’un livre de Jules Verne, et avant d’attaquer la montée de l’escalier en rusticage très Forêt-Noire d’opérette, le ginkgo nous ramène à l’Extrême-Orient. Son caractère sacré - il était planté auprès des sanctuaires - l’a sauvé de la disparition. Il n’existe plus, depuis longtemps, à l’état sauvage.

Une fois au sommet, dédaignez le sinistre araucaria, qui me navre autant que les singes dont c’est, paraît-il, le désespoir empêchés qu’ils sont de toute tentative d’escalade par ses écailles acérées. Son aspect de porc-épic végétal blesse le regard. Mais, avec un peu d’obstination, vous trouverez les hêtres tortillards. Vous ne serez pas déçus. Leurs branches fantomatiques offrent, en bordure de précipice, un repaire idéal pour les génies du lieu.

Après avoir admiré du belvédère la vue sur Paris, redescendez par le chemin abrupt des aiguilles et prenez le pont suspendu. Etretat et l’esthétique des bains de mer ne sont pas loin.

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D.C.

Prenez maintenant l’allée Alphand, tout de suite à gauche au débouché du pont. Admirez les platanes d’Orient au tronc boursouflé et au houppier généreux. Empruntez, sur la gauche en contrebas, la sente qui traverse le ruisseau et remontez de nouveau. Admirez au passage le liquidambar, au nom d’ambre et aux fruits étoilés.

Au séquoia virez à gauche et continuez à grimper. Ces arbres, qui ressemblent à l’olivier, sont des poiriers mais à feuilles de saule, rareté qui nous vient de Sibérie.

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Arrivés en haut, reposez-vous en appréciant le chemin parcouru. Vous n’avez plus qu’à descendre doucement par l’allée de la cascade jusqu’au vallon de l’ancien chemin de fer de ceinture.

N’hésitez pas à dévaler en contrebas, au creux, là où personne ne va et où le train ne passe plus. Les prunus pissardi, car variété rapportée d’Iran par monsieur Pissard, jardinier du shah, s’habillent au printemps de rose pâle. Quand - après les fleurs - il apparaît, leur feuillage grenat donne à la promenade sous leur couvert un éclairage de cathédrale.

Il ne vous reste plus qu’à revenir à votre point de départ. Je vous conseille de vous engouffrer dans un chemin de degrés, passage dérobé au travers des buis qui vous ramènera au kiosque à musique, délicieusement désuet.

Terminez en imaginant l’Orphéon, le clinquant de ses cuivres et la moustache des musiciens.

Ce circuit géographiquement très central néglige infiniment de sujets intéressants. Je pense en particulier à l’oranger des Osages, dont une tribu américaine tire la teinture de ses tatouages ou au savonnier de la Chine, arbre aux lampions qui, l’été, ressemble au mimosa ; ou encore au noisetier de Byzance dont le fruit ressemble à la chevelure d’une fée qui vient de s’éveiller.

Et même si Aragon raconte joliment dans son roman Le paysan de Paris qu’il fit le tour des Buttes en une nuit avec deux amis surréalistes, je vous conseille plutôt, quant à moi, d’y revenir deux jours de suite.


Noëlle Roy

Photos : Dominique Chassaing - Sylviane Martin


Noëlle Roy est historienne d’art, conférencière, elle est spécialiste du Marais. Elle travaille pour le service des visites des parcs et jardins de la ville de Paris et s’occupe du musée Valentin-Hauy consacré aux aveugles. Elle a récemment fait une conférence dans le cadre de l’A.H.A. V. sur les jardins du 20e arrondissement.


Article mis en ligne en 2010 par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en janvier 2014.

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