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Quid de l’Éducation Populaire ?

Son avenir et ses enjeux dans la société actuelle

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Connaissez-vous l’Éducation Populaire ? Ces mots évoquent-ils quelque chose pour vous ? Certains l’ignorent, d’autres l’associent à la soupe populaire ou aux partis ouvriers, et d’autres savent ce que cela a représenté dans notre histoire et ce qu’elle représente encore aujourd’hui.


Qu’est-ce que l’éducation populaire ?

Elle se définit comme un "projet de démocratisation de l’enseignement porté par des associations dans le but de compléter l’enseignement scolaire et de former des citoyens" (G.Pujol) [1]. Elle présente dans ce domaine tout un héritage historique.

L’éducation populaire "se donne comme mission d’ouvrir à la connaissance et à la culture non pas en proposant des "prêts à penser" mais en facilitant l’émancipation de la pensée, c’est-à-dire le développement conjoint des connaissances et des capacités d’expression, de critique, d’analyse et d’invention" [2].

Sa finalité se résume comme suit :

• Que tous et toutes, à égalité, puissent accéder à la connaissance et à la culture.

• Que tous et toutes, individuellement ou collectivement puissent s’engager dans la création et l’interprétation de la connaissance et de la culture.

• Que cette émancipation s’investisse dans l’engagement civique qui permet d’exercer en profondeur les devoirs qu’ouvrent les droits attachés à la citoyenneté.

• L’éducation populaire est une démarche et une méthode inscrite dans une action civile et collective organisées par et pour les membres d’une association [3].

Vaste programme reposant sur des idéaux qui ont suscité et suscitent encore des engagements et des militantismes constants, fidèles et enthousiastes.

Il existe en France un Ministère de la Jeunesse et des Sport et de l’Éducation Populaire. La ministre en charge est Marie Georges Buffet.

Elle a décidé de réhabiliter ce secteur et de lui redonner davantage vie. Pour ce faire elle a organisé des rencontres entre associations, chercheurs, responsables locaux, pour réfléchir sur l’avenir de l’Éducation populaire. Cet avenir est ciblé sur le thème : "le travail de la culture dans la transformation sociale et politique" [4].

Ces rencontres ont été suivies d’une offre publique de réflexion permettant à chaque association de s’exprimer sur ce sujet, (constat, avis, proposition et projets), soit un vaste sondage à la base, dont les résultats ont été publiés récemment dans le Livre blanc de l’éducation populaire, (éditions de l’Atelier, Paris, avril 2001) qui devrait être la référence aux décisions ministérielles futures.


N.B. les données qui vont suivre sont extraites des actes de ces rencontres et du Livre blanc.


Flash-back sur l’histoire de l’éducation populaire [5]

L’éducation populaire a un héritage, une histoire, celle qui tout au long des siècles nous raconte les préoccupations, mobilisations et luttes populaires pour que l’enseignement et la formation soit un bien accessible à tous.

En préambule et en résumé : les points forts ont été propulsés en France par Condorcet, la Commune, les lois Ferry, le Front Populaire, qui ont œuvré à la mise en place de structures permettant l’accès au savoir pour tous. Cette première étape fut surtout centrée sur l’enseignement initial et professionnel.

Une deuxième étape se dessine entre les deux guerres et après la deuxième guerre mondiale où l’aspect culture et citoyenneté deviendra fondamental et prioritaire :

• 1919 : Loi Astier : cours professionnels gratuits et obligatoires pendant la journée de travail.

• 1936 : Le Front Populaire : créations de formations pour les jeunes et les adultes, en provenance de mouvements laïques, religieux ou révolutionnaires.

Exemple : les Eclaireurs de France, la "]OC", les différents mouvements des Auberges de Jeunesse, les CEMEA, l’école centrale du Parti Communiste Français, le Groupe Octobre [6] etc…

• Puis vint la guerre de 1940-1945 où dans les mouvements de résistance se forgeront les idéaux nouveaux d’égalité et d’accès au savoir pour tous, propulsant une solidarité communautaire et le désir fondamental de formation à la citoyenneté et son rapport à la culture.

• A la fin de la guerre furent créés Peuple et Culture et la République des Jeunes à Lyon (qui deviendra la Fédération des Maisons de Jeunes et de la Culture). Citons encore : la Fédération Léo Lagrange, Tourisme et Travail, Travail et Culture.

Sous la Ve République, la Culture fut spécialement privilégiée par Malraux, tant par les créations de Maisons de la Culture que par les subventions, et paradoxalement cela déclencha un mouvement déclinant pour l’éducation populaire.

Pourquoi ? Parce que l’éducation populaire, dans son militantisme centré sur la formation citoyenne et culturelle pour tous, fut progressivement remplacée par des actions d’animations accomplies par des professionnels dont la formation n’était pas nécessairement reliée à ces idéaux.

Les idéaux de l’Éducation Populaire vont se perdre dans la neutralité du concept "loisir pour tous".


L’Éducation Populaire dans notre société d’aujourd’hui.

La réflexion demandée et en cours est ciblée, rappelons-le, sur "le travail de la culture dans la transformation sociale".

Pour que cette action prenne tout son sens politique, il faut partir de la réalité sociale d’aujourd’hui et des mutations qu’elle est en train de vivre.

Voici deux constats importants qui ont été abordés :

• Une crise de la culture et de la citoyenneté.
• L’émergence de gisements de citoyenneté nouvelle.


1. Une crise de la culture et de la citoyenneté [7]

• Qu’est-ce que l’état culturel d’une société ?
La culture, c’est la civilité, la convivialité, la solidarité et la fraternité et leurs multiples formes d’expression et de manifestation.
La réalité culturelle se mesure aussi dans la capacité revendicatrice de ses membres, dans leur détermination à agir, intervenir et exercer leur citoyenneté, à ne pas s’en laisser conter… Or, a contrario, le renoncement, l’indifférence, la démission, la délégation de pouvoir, l’égoïsme témoignent d’un déficit culturel profond.

• Les membres de nos sociétés se désintéressent de la vie publique. Ils ne sont plus partie prenante de ce qui se décide pour la cité, pour l’organisation économique et sociale dans laquelle ils devront vivre. Si on peut en déduire un "inexorable dépérissement du sentiment de la citoyenneté", on ne peut que constater parallèlement combien les décisions sont prises loin du citoyen, bien loin ailleurs… et on ignore souvent qui décide pour nous.

La population ne se sent pas représentée, les gens ont le sentiment de ne pas exister dans l’espace public. Ils subissent un système en éprouvant une impuissance totale à changer quelque chose. Et le chômage, la précarité, la flexibilité sont des facteurs qui aggravent les renoncements et le repli sur soi.

En parlant culture on peut aussi argumenter du foisonnement des programmes culturels proposés, des politiques culturelles, etc… Certains diront que l’on "baigne" dans du culturel.

Premier constat :

• De quel"culturel" s’agit-il ?
Cette culture est transmise comme "une somme, un patrimoine, une compilation, un avoir empilable, stockable, comptabilisable et capitalisable. C’est une conception limitée souvent aux beaux-arts et aux belles lettres qui ne permet pas d’exercer une pleine et riche citoyenneté".

Il ne suffit plus pour améliorer la société de diffuser cette culture. Il n’y a pas d’interaction entre culture et le progrès social. Les crimes de guerre et les actes de barbarie comme l’indifférence cruelle à l’égard de la pauvreté et de l’exclusion, en témoignent chaque jour.

La démocratisation culturelle telle qu’elle est aujourd’hui, "est impuissante à assurer l’équité sociale, à traduire l’opinion publique et l’aspiration à une meilleure vie".

Deuxième constat :

• L’intégration culturelle actuelle s’opère par la consommation.
L’existence du citoyen est assimilée pour une très large part à la sphère de consommation et à son idéologie dominante. J’achète donc je suis. Le repli individualiste est tout entier dans cette assignation, cette exhortation à consommer.

Didier Lapeyronie, sociologue et professeur à l’université de Bordeaux I, commente ces faits :

"Dans certains quartiers vous existez par votre capacité à faire circuler les signes de la consommation et les marchandises… "

"Les populations de banlieues d’aujourd’hui sont beaucoup moins marginales par rapport au reste de la société que ne l’étaient les ouvriers par rapport à la bourgeoisie. Le problème actuel provient de l’adhésion du plus grand nombre à un modèle de consommation, dont la plupart ne possèdent pas les ressources sociales et culturelles pour y participer pleinement… "

"Cette situation aboutit au développement d’une délinquance et d’une violence de prédation. La délinquance n’a plus pour fonction d’assumer des besoins vitaux mais de s’accaparer des signes extérieurs de richesse."

"L’intégration par la consommation aboutit également à l’atomisation de la classe populaire qui se transforme en monde de catégories moyennes prolétariennes… "

"Enfin… les gens sont définis par le regard extérieur qui est porté sur eux et ils finissent par intérioriser la catégorisation dans laquelle on les enferme.

Ceci devient une colonisation par l’extérieur.

Ces mécanismes sociaux enferment les individus dans le silence."

Il faut éviter le contresens absolu de croire que nous sommes confrontés à des problèmes d’intégration ! Au contraire les gens sont confrontés à la "sur-intégration" et à la "sur-identification".


2. L’émergence de gisements de citoyenneté.

Soit de nombreux groupes de réflexion et d’actions pour une nouvelle solidarité (cf. le mouvement des chômeurs, des sans-papiers, Droit au Logement, etc… ) ou de lutte contre la pensée unique et la mondialisation telle qu’elle se construit (ATTAC, la coordination contre l’AMI, l’association des économistes contre la pensée unique, Raisons d’Agir, la Fondation Copernic, la Fondation Marc Bloch, la Confédération Paysanne) avec les nombreuses associations internationales et citoyens du monde qui se sont exprimés lors des sommets de Davos, Seattle, Prague, Nice, et plus récemment Gênes…

Ces groupes expriment le désir de voir se construire une politique axée sur la qualité de vie pour tous.

Car le Nord comme le Sud vivent la même angoisse devant les processus de développement d’une mondialisation néo-libérale imposée et montrée comme inéluctable, par quelques décideurs économistes et financiers (qui n’ont aucune légitimité démocratique, rappelons-le) suivis cependant par les hommes politiques devenus, disent-ils, sans pouvoirs d’action, laissant s’accomplir la concentration de richesses pour certains et la précarité pour les autres .


Champ d’action de l’ Éducation Populaire :

Pour une alternative culturelle.

Il importe aujourd’hui de travailler à une définition du sens de la culture, pas pour l’instrumentaliser ou la caporaliser, d’autres malheureusement s’en chargent, mais au contraire pour l’affranchir et la libérer. Cela nécessite de reconsidérer de fond en comble notre relation à la culture, c’est-à-dire d’aborder celle-ci en termes d’enjeux et de citoyenneté. Ceci demande une réflexion et une action commune et concertée, un dialogue inter-associatif.

Pour l’éducation populaire, l’alternative culturelle pourrait se dire : la culture ne procède pas du verbe avoir, mais du verbe "être". Elle est ce combustible, cette force, ce besoin, cette envie, cette "merveille que l’on peut ajouter à soi-même". Comme le dit si bien Philippe Meirieu’ : "C’est retrouver une histoire qui laisserait entendre qu’on n’est ni le premier, ni le seul à affronter ce monde. Retrouver par elle les œuvres qui brisent la solitude, les rites qui apprivoisent les passions, les concepts qui aident à comprendre".

Langage et expression de la participation citoyenne.

Il serait primordial de mettre en place un dispositif qui pourrait permettre de reconstruire un langage qui serait propre aux citoyens et de transformer des situations vécues en revendications exprimées dans l’espace public.

Il n’est pas facile de s’exprimer "juste". Cela s’apprend, cela doit s’apprendre…

C’est ici que l’éducation populaire peut accomplir sa mission :donner la possibilité d’une pensée critique qui n’est pas le choix d’un "prêt à penser" aussi bien intentionné soit-il. (…) La finalité essentielle de l’éducation populaire est de faciliter l’émancipation de la pensée, c’est-à-dire le développement conjoint des connaissances et des capacités d’expression, de critique, d’analyse et d’invention. (Luc Carton)

C’est un projet porteur de changements qui demande pour être efficace un dialogue inter-associatif :

que ceux et celles qui se sentent motivés par cette démarche prennent contact avec Quartiers Libres

qui se propose de centraliser les demandes et d’organiser une première réunion informelle. À bientôt !


Malou HENCKENS
Association REGAIN- Ile de France



Article mis en ligne en mars 2015.

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Consultez nos archives sur :
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[1G. Pujol- dossier-document. INJEP 1999.

[2Evelyne Dupont-Lourde/ - l’Éducation populaire et ses structures, entre pressions économiques et utopies, in "La Lettre Peuple et Culture", juillet 2001.

[3Luc Carton- Les défis de l’éducation populaire, "Actes des rencontres de la Sorbonne", ed. Ellébore, p 21 27.

[4Rencontres des 5 et 6 novembre 1998, La Sorbonne / université d’automne à Landes-les-Maures 2000.

[5voir "Éducation Populaire, dossier doatmentaire", INJEP, novembre 1999.

[6Créé en 1931-1932, il fut animé Jacques Prévert, Raymond Bussières, Jean-Paul Le Chanois, et Jean-Louis Barrault. Il regroupait des pacifistes, des anarchistes, des communistes, hostiles au fascisme, au militarisme et au cléricalisme.

[7Le Livre Blanc. op.cit.chapitre 4

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