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Saturnisme infantile

DANGER !

Dans notre précédent numéro 66/67 nous parlions de l’action sociale de la Bellevilleuse sur le terrain du Bas-Belleville. Dans le cas du saturnisme qui accompagne parfois le logement insalubre, cette association a travaillé avec Médecins du Monde, qui vient à l’occasion d’une conférence de presse largement évoquée par les journaux et la TV, de publier un rapport dont voici un résumé.

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Maladie connue depuis l’Antiquité, le saturnisme frappe aujourd’hui essentiellement les enfants habitant dans des logements insalubres. Dans ces très vieux appartements, la première couche de peinture, qui peut être très ancienne, est aussi riche en plomb. Peu chère, ayant un fort pouvoir couvrant, elle a été largement utilisée jusqu’en 1948. Lorsque sous l’effet du temps, de l’humidité elle se dégrade, toutes les couches se détachent simultanément. Les enfants avalent avec plaisir ces écailles au goût sucré
et respirent la poussière imprégnée elle aussi de plomb.

JPEG - 79 koOr l’exposition au plomb, même à faible dose, est responsable de troubles de la croissance et du développement du système nerveux central : diminution du QI, des capacités d’apprentissage, retards psychomoteurs. Les troubles peuvent être irréversibles. Des plombémies chez la mère peuvent provoquer des troubles chez l’enfant à naître. Des petites filles intoxiquées aujourd’hui, même guéries, pourront demain intoxiquer leur enfant pendant sa vie intra-utérine.

Le seul traitement actuel dans les fortes intoxications est la chélation, (injection d’ions positifs), qui nécessite une hospitalisation mais qui n’enlève pas les séquelles. Mais Médecins du Monde, qui depuis 4 ans travaille dans le Bas-Belleville avec l’aide permanente de l’association La Bellevilleuse, auprès d’enfants atteints souligne l’absurdité et le scandale de la situation. Ces enfants sont surveillés, soignés, reçoivent des conseils, mais doivent retourner chez eux, où ils continueront à s’intoxiquer. Cette maladie des taudis requiert plus qu’un traitement médical, elle relève d’un traitement social. Pour l’éradiquer, il faut reloger les familles qui habitent des logements insalubres, au moins provisoirement, pendant la durée des travaux nécessaires, faute de quoi les efforts des médecins sont vains.

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Aux USA, depuis les années 70 des mesures draconiennes ont été prises (même si dans les quartiers pauvres de NewYork le saturnisme continue ses ravages) [1] : dépistage systématique de tous les enfants dans certains États, obligation faite aux propriétaires des logements incriminés de procéder aux travaux sous peine d’astreintes sévères.

JPEG - 54.2 koLa France a 20 ans de retard. Il a fallu attendre 1992 pour que soit mis en place un Système de Surveillance du Saturnisme Infantile en Ile de France (SSIILF). Les données qu’il a recueillies montrent l’importance du phénomène : 35% des enfants (soit 2893) qui ont été prélevés se sont révélés touchés. D’autres sources avancent le chiffre de 70000 enfants menacés par le plomb en Ile-de-France. Le SSIILF relève également les graves dysfonctionnements du système actuel de soins. Médecins du Monde, pour sa part a expérimenté, pendant 4 ans, la faiblesse du dépistage, son caractère aléatoire, le découragement des services de soins qui conduit à un non dépistage des frères et sœurs des enfants atteints et des autres enfants de l’immeuble, le manque d’information des familles, les jours, les semaines les mois de démarches nécessaires auprès de la Mairie de Paris pour obtenir un relogement vital.

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Une situation incompréhensible et scandaleuse en 1997 dans la cinquième puissance mondiale. Il faut protéger les enfants sans attendre l’intoxication avérée. L’action préventive passe par le dépistage systématique par le bâti sur tous les immeubles dégradés d’avant 1948, le relogement immédiat des familles habitant les immeubles à risques pendant la période des travaux et en attendant que ce système se mette en place le dépistage systématique des enfants vivant dans ces logements. Pour Médecins du Monde ces mesures passent par une loi. Elle n’est pas de la compétence des médecins. Le combat contre cette maladie de la misère relève aujourd’hui de la volonté politique.


M. A. Piazza

Dessins : honoré Daumier extraits d’une série : "Locataires et propriétaires" - 1870.

Les propriétaires qu’ils soient institutionnels ou privés n’ont pas changé !

La Bellevilleuse
33, rue Ramponeau Paris 20e



Article mis en ligne en janvier 2014.

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[1cf. Jonathan Kozol : Amazing grace - ed. Harper-Perennial. 1996.

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