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Historique

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Terre d’accueil et de rébellion


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La rue Dénoyez (1ère à droite en remontant la rue de Belleville) doit son nom à une famille qui paraît s’être établie à la Courtille (bas Belleville et Faubourg du Temple) vers la fin du 17ème siècle. À cette époque, la rue Dénoyez n’était qu’un sentier desservant les jardins et les vignes qui proliféraient alentour et qui expliquent le parcellaire actuel.

Au fil des ans, la Courtille devint un fief Dénoyez, une lignée de bouchers, de marchands de vin du crû, de cabaretiers "vendant à l’assiette" et de taverniers "vendant à pot le vin tout crû" mais "sans sièges, ni nappes, ni serviettes". C’ est là que les foules parisiennes venaient festoyer, s’abreuver et se divertir le soir, les dimanches et les jours de fête. On parlait alors d’aller "ramponner".

En 1789, devançant de deux jours la prise de la Bastille, cabaretiers et marchands de vin de Belleville avaient fait leur révolution en mettant à sac, le 12 juillet, les bureaux d’octroi édifiés pour renforcer la perception d’une taxe sur l’entrée des denrées et boissons dans Paris.


Sous Haussmann,
banlieue pour les pauvres, déjà…

En 1848, une vive effervescence animait ce quartier avec la création de clubs révolutionnaires et après l’insurrection de juin, dont Belleville fut le dernier bastion, une répression féroce s’abattit sur ce quartier populaire. La municipalité bellevilloise fut dissoute et Nicolas Dénoyez, marchand de vin, connu pour ses idées conservatrices, fut désigné conseiller municipal de Belleville par le préfet de la Seine. En 1856, Napoléon III le nomme maire de la ville de Belleville et il conservera cette fonction jusqu’à l’annexion de Belleville à Paris en 1860. C’était alors la deuxième ville du département de la Seine et la treizième de France. Ce rôle révolutionnaire, Belleville allait encore le tenir sous la Commune en 1871. C’est d’ailleurs rue Ramponeau que tomba le dimanche 28 mai la dernière barricade de l’insurrection parisienne. Les habitants du quartier payèrent un lourd tribu : outre les victimes des combats de rue, la répression fit plus de 20.000 morts, près de 10.000 fédérés ou présumés tels furent déportés en Nouvelle-Calédonie et de nombreux ouvriers s’exilèrent. L’hémorragie subie par la population bellevilloise apparaissait sur les listes électorales : les 19ème et 20ème arrondissements comptaient environ 50.000 citoyens inscrits en mars 1871, ils n’étaient plus que 20.000 en juillet.

La population de Belleville s’étaient en effet fortement accrue sous le Second Empire. En 1853, elle comptait 45.000 personnes et en 1870, plus de 100.000. C’est que ce lieu commençait à jouer un rôle de terre d’accueil. Alors que le baron Haussmann rénovait le cœur de Paris, une foule de pauvres gens chassés de chez eux par les démolitions refluèrent à Belleville, attirés par le bas prix des loyers et la possibilité d’y trouver du travail en raison d’une activité économique en plein essor (artisanat, bâtiment, etc… ).

Ce rôle d’accueil des populations déshéritées, victimes de la misère ou de brimades, rescapées des ghettos et des génocides, Belleville n’a cessé depuis de le jouer.

Refuge pour les juifs, les arméniens,
les espagnols, les maghrébins

Les juifs ashkénazes fuyant les progroms de Russie et de Pologne au tournant du 20ème siècle ont ainsi élu domicile boulevard de Belleville et une synagogue a été érigée rue Julien Lacroix. À La Lumière de Belleville on mangeait du géfilte fish et du pickel fleich. En 1918, les arméniens qui n’avaient pas mordu le sable du désert d’Anatolie débarquèrent dans le quartier avec leurs machines à coudre et leurs tables de tailleur. Un nommé Artinian ouvrit la première épicerie orientale du quartier, au 26 de la rue Lesage. Ils furent suivis par les grecs, chassés à leur tour de Turquie en 1920, qui amenèrent avec eux leur savoir faire dans la peausserie et la fabrication de chaussures. À partir de 1933, ce furent les juifs d’Allemagne qui vinrent trouver refuge à Belleville et en 1939 beaucoup de Républicains espagnols fuyant la répression franquiste vinrent également s’installer là…

Après, ce furent les algériens, les marocains et les tunisiens, musulmans ou juifs, qui vinrent élire domicile dans le quartier et, rue Ramponeau et boulevard de Belleville, on sent toujours l’ odeur des brochettes et de la kémia.

Les vieux grecs et arméniens sont souvent décédés et leurs enfants ont acquis la nationalité française. Ce rôle d’intégration, Belleville continue de le jouer avec des portugais, des africains et des asiatiques.

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Un atelier de confection dans le quartier - Photo : Sébastien Cailleux.



Article mis en ligne par Mr Antoine Seck, collaborateur à La Ville des Gens. Actualisé en septembre 2013.

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