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Facteur de Piano

Fred Attal, facteur sans lettres

Facteur accordeur de piano est un métier artisanal rude soumis à la concurrence des grands groupes de l’industrie du piano. Fred Attal, dans le métier depuis 40 ans, continue d’officier dans l’un des plus petits ateliers de Paris.

Dimanche soir, 19h30, avenue Corentin Cariou, dans le 19e arrondissement de Paris. Les boucheries de la Villette ferment tandis que les restaurants chinois aux enseignes criardes tentent d’attirer le chaland. Fred Attal retire son casque de scooter et dévoile un visage un peu bourru mais souriant. Ça fait deux semaines qu’il n’a pas mis les pieds dans son atelier, où quelques carcasses de piano l’attendent.

« J’ai été hospitalisé pendant 6 ans, entre 1994 et 2000, mon téléphone a été coupé et j’ai perdu tous mes clients. » Voilà 40 ans qu’il est accordeur de piano, mais depuis 8 ans, après son accident de moto et ses 14 opérations, il s’est retrouvé sans clients ou presque. Les huissiers ont même percé sa porte, mais n’ont pas trouvé grand-chose à prendre. Depuis il travaille au ralenti entre le domicile de ses clients et ce qu’il qualifie fièrement de « plus petit atelier de Paris ».

Pas bien grand en effet : 13 m2 au fond d’une cour, remplis à craquer de petits marteaux, de chevilles, et d’autres morceaux de piano éparpillés. « Vous voyez cette corde, elle peut supporter une pression de 25 tonnes, un semi-remorque. Avec ça, les pécheurs se régalent, ça tient le coup pour les poissons », explique-t-il, amusé, tout en tournant sa clef sur les chevilles du piano pour trouver le la.

Accordeurs aveugles, un cliché ?

Fred Attal admire ses confrères non-voyants, il faut dire que la plupart le sont. « Certains font des prouesses que même les plus qualifiés ne font pas ».

Il n’a guère de contact avec les autres facteurs, hormis son fournisseur, et puis Monsieur Defougère, « le dernier réparateur de marteaux de piano en France. » « Mais c’est un métier à la fois solitaire et convivial, parce qu’on va chez les clients. »

M. Attal trouve le quartier « plutôt sympathique », mais ne fréquente que peu les habitants, « car son atelier ne donne pas sur la rue. » « C’était beaucoup moins cher que dans le 17e, mais là-bas, j’étais beaucoup plus implanté. »

Il joue distraitement un petit air de classique sur le piano qu’il n’a pas fini de réparer.

« C’est Chopin qui m’a fait entrer dans le métier ».

Il jouait tant qu’il pouvait pendant ses études de comptabilité et faisait quelques « petits boulots » pour se payer des leçons. Puis il a suivi un vieil accordeur qui l’a pris comme apprenti pendant 12 ans. Un « très bon accordeur » qui ne savait pourtant pas jouer un seul air de piano.

« Regardez mon Saint-Hubert », dit-il en désignant un petit casier en bois sur lequel sont entreposés quelques outils. « Il a 40 ans, je l’ai construit quand mon patron m’a pris en apprentissage. » Une tradition chez les facteurs de piano.

Maintenant, la concurrence est rude, les gros vendeurs de piano s’attirent tous les clients. Lui, il fait payer un accordage 70 euros « quand les gens marchandent », et parfois, quand ils n’ont vraiment pas d’argent, il le fait gratuit. « L’autre jour, un type m’a même payé en cartouches de cigarette ». Il touche quelques aides et s’occupe surtout de réparer le vieux piano à baïonnette de son fils. Il a traversé quelques années de déprime, « je passais mes journées au lit, à rien faire, puis j’ai découvert que j’avais du diabète », raconte-il.

Maintenant, il se soigne et ça va mieux. Il a retrouvé quelques clients réguliers avec lesquels il se garde bien de tomber en désaccord.
Antoine Bouthier, octobre 2008
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