Enquête Historique - Par Denis Goguet

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Le pavillon chinois de la rue de la Chine




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Crédit photo Dg


Avant-propos

J’ai habité 7 années, rue de la Chine au numéro 7. Mes enfants sont nés au numéro 4, à la maternité de l’Hôpital Tenon, dont les fenêtres donnent sur la rue Belgrand.

Avant qu’il n’entre à l’école maternelle de la rue de la Cour-des-Noues, l’aîné était gardé chez une nourrice qui créchait au 136 rue de Ménilmontant.

5 fois par semaine, le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi, nous montions, je redescendais, je montais, nous redescendions la rue de la Chine.

Un jour, sur le trottoir de droite, au niveau du numéro 52, j’ai trouvé cette pagode en plastique, rouge et crème.

Je voulais savoir.


Les livres

Hillairet, bien sûr !

Remontant, la rue de Ménilmontant il écrit [1] :

« N°126. La RUE DE LA CHINE (section comprise entre les rues de Ménilmontant et Villiers-de-l’Isle-Adam) est indiquée sur les plans de 1730 ; son nom actuel est dû à une ancienne construction de style chinois du début du XIXe siècle. »

Et quelques années plus tard [2] :

« CHINE (rue de la) *

XXe Arrondissement. Commence 16r. de la Cour-des-Noues ; finit 126 r.de Ménilmontant. Longueur 750 m ; largeur 12 à 20 m. Ancienne voie des communes de Charonne et de Belleville.

Cette rue était indiquée en 1730 dans sa section comprise entre les rues de la Cour-des-Noues et Villiers-de-L’Isle-Adam comme une partie de la rue de la Cour-des-Noues ou sentier des Hautes-Gâtines. Elle a porté, depuis le début du XIXe siècle, dans sa section comprise entre les rues Villiers-de-l’Isle-Adam et de Ménilmontant son nom actuel, alors étendu à l’ensemble de la voie. Ce nom est dû à une ancienne construction de style chinois située à l’angle de la rue de Ménilmontant. »

Puis Emmanuel Jacomin [3], le grand historien du vieux Belleville :

« Selon certains auteurs, la rue de la Chine, tiendrait son nom d’un pavillon de style chinois, édifié à l’angle de la rue de Ménilmontant ; d’autres prétendent que la rue était ainsi nommée car de nombreux « chineurs » y étaient installés. Mais ces assertions aussi séduisantes que contradictoires, ne reposent sur aucun fondement sérieux. Aussi vaut-il mieux les ignorer. »

C’est grâce à l’opuscule [4] que rédigea Maxime Braquet, au sujet du site du Carré de Baudouin que je découvris l’existence du livre de Philippe Dally « Belleville Histoire d’une Localité parisienne pendant la Révolution » publié au début du siècle dernier [5].

On peut lire dans l’ouvrage du médecin bellevillois à la page 60, ceci :

« Du côté droit (de la chaussée de Ménilmontant), au-dessous de la rue Pelleport, débouchait la rue de la Chine, chantée par Huysmans : elle parait avoir tiré son nom d’un lieu-dit, le Pavillon de la Chine, et peut être d’une architecture chinoise élevée sur la rue Pelleport par la fantaisie d’un propriétaire ».

La note 7 en bas de page indiquait :

« Arch.Seine, Lettres de Ratification hypothécaire 5581 B ».


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Plan de Roussel. Édition de 1731 d’un plan paru en 1730 (détail).


Même si pour Dally, le pavillon chinois se trouvait rue Pelleport et non rue de la Chine il importait sans tarder de rendre visite aux Archives de la Seine (depuis 1964, les Archives de Paris) pour découvrir la fameuse lettre de ratification hypothécaire (procédure facultative qui permettait de s’assurer que le bien acheté n’était pas hypothéqué) numérotée 5581 B.




Pierre Francastel

La lecture de cette lettre du 30 septembre 1790 [6], nous apprenait que :

« Pierre Francastel, Menuisier de notre chambre demeurant à Paris rue du faubourg Montmartre paroisse St Eustache nous a fait exposer que par Contrat passé devant Delamotte et son confrère notaire à Paris du 25 septembre 1790 dument insinué, il a acquis de Jean Louis de Chanaleilles de la Saumés, Major du régiment de l’état-major de France, chevalier de l’Ordre royal et Militaire de Saint Louis demeurant en son château de la Saumés en Vivarais à présent à Paris logé rue Neuve St Augustin, maison du Sieur Leclere Receveur Général des Finances.

Une Maison sise à Ménilmontant ayant son entrée par la rue et ruelle qui conduit à Charonne par une porte cochère consistant en plusieurs corps de logis, Pavillon Chinois, autres pavillons, Cour, Jardin, maison de jardinier, passage commun avec la maison voisine, aisances et autres dépendances plus et deux pièces de terre à droite et à gauche du dit bâtiment, l’un de six perches trois quart et l’autre de cinq perches […] La vente faite […] au prix et somme de 9000 livres ».

La description de l’acte de vente du 25 septembre [7] donnait plus de détails :

« Une Maison sise à Ménilmontant ayant son entrée par la rue et ruelle qui conduit à Charonne par une porte cochère rotonde ensuite de laquelle est une cour. à gauche est le principal Corps de bâtiment composé d’un pavillon Chinois au milieu, élevé de trois étages quarrés compris celui du rez de chaussée et couvert d’ardoises ou épi du côté du jardin et le surplus en plomb de composition sur le comble droit. de chaque côté un corps de bâtiment quarré joignant le d(it) Pavillon et de même élévation et couvert en forme de terrasse en plomb de composition et quelques parties en ardoises ; au- devant du chemin est un pavillon quarré de deux étages seulement de hauteur compris celui de rez de chaussée saillant sur le jardin et couvert en terrasse et en plomb de composition. entre les deux pavillons et au-devant du Pavillon chinois un balcon circulaire au droit du premier plancher ainsi qu’au droit du second ou il est soutenu par des paniers ; le d(it) Pavillon Chinois et les pavillons y attenant décorés de rochers au-devant de la face sur le jardin sous partie desquels bâtiment est un étage sous terrain formant Cellier distribué en plusieurs parties en l’étendue du Pavillon Chinois.

Remise et écurie et maison pour le jardinier, passage commun avec la maison voisine à gauche avec porte charretière sur la rue.

Plus un jardin clos de murs en trois sens au surplus des bâtiments, le d(it) jardin distribué à l’anglaise en allée gazon, arbustes et terrasse le long du mur en face du Pavillon Chinois, petite grotte avec réservoir, cabinet en kiosque soutenu de six colonnes de menuiserie, grotte au-dessous servant de serre et sous laquelle est un puits avec pompe , dans le d(it) jardin deux figures de Pagodes en plâtre sur leurs pieds d’estain et deux enfants aussi de plâtre [ …] dont un est détruit. »

L’acte se poursuivait par l’énumération des tenants et aboutissants et indiquait :

« Tenant les d(its) maison jardin et dépendances par devant à la ruelle qui va à Charonne… ».

Ces biens vendus le 25 septembre 1790 à Pierre Francastel, menuisier de la chambre du Roi, Jean Louis de Chanaleilles de la Saumés les tenait de sa femme Marie-Madelaine Gerbier, fille du grand avocat Pierre Jean-Baptiste Gerbier.




Gerbier

Voici un panégyrique de l’avocat, daté de 1843, de la plume d’un auteur anonyme.
« Pierre-Jean-Baptiste Gerbier, né à Rennes le 29 juin 1725, doit être compté parmi les plus grands orateurs que la France ait produits. Son père, avocat distingué du parlement de Bretagne, ne voulut pas abandonner son éducation aux instituteurs ordinaires ; Il appela de Hollande des hommes instruits, qui, remarquant dans le jeune Gerbier des talents précoces, s’occupèrent avec beaucoup d’intérêt de les cultiver […]

Gerbier n’entra dans la lice qu’à près de vingt-huit ans. Son début fut éclatant et fit la plus vive sensation. Guéau de Reverseaux, l’un des plus célèbres avocats d’alors, présagea ce que Gerbier devait devenir un jour, le prit en grande amitié, se porta même pour son patron. Dès lors toutes les plaidoiries de Gerbier furent de véritables triomphes, et il se plaça hors ligne à la tête du barreau. L’énergie et la netteté de ses idées, la logique et la clarté de ses raisonnements, la chaleur et la pureté de son style, le sentiment de toutes les convenances, l’art si profond et si difficile de ne paraître qu’à la hauteur de son sujet, même en s’élevant au-dessus, la beauté de sa diction, la véhémence toujours noble, jamais outrée de ses mouvements, et jusqu’au charme de son organe, jusqu’à la magie de sa figure, où son âme semblait respirer, tout annonçait que la nature l’avait fait naître pour réaliser dans notre barreau cet idéal de l’orateur dont Cicéron nous a laissé une si belle peinture dans ses ouvrages.


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Gerbier semblait, en effet, avoir l’ensemble de qualités, soit morales, soit physiques, que les anciens rhéteurs exigeaient de l’orateur. Sa figure était noble ; son regard, plein de feu ; sa voix, étendue et pénétrante ; son élocution, facile ; son geste, élégant et gracieux. Il y avait comme un charme répandu sur toute sa personne, et rien qu’à le voir on devinait l’homme éloquent. Son teint brun, ses joues creuses, son nez aquilin, son œil enfoncé sous un sourcil proéminent, faisaient dire de lui que l’aigle du barreau en avait la physionomie. Comme les orateurs anciens, Gerbier avait besoin d’action et de spectacle, de l’appareil des tribunaux, de la présence de ses adversaires et de ses clients, de l’aspect et du bruit du public assemblé. […]

Le caractère dominant de son éloquence était l’insinuation et le pathétique ; il en trouvait les ressources dans son âme, et personne ne justifiait mieux que lui cette maxime de Quintilien : Pectus est quod disertos facit (c’est du cœur que vient l’éloquence). En parlant, il se tenait droit, mais avec aisance, ferme sans raideur, flexible sans balancement, la tête élevée avec une espèce de fierté ; on le voyait dans la discussion, rester les bras croisés, comme se jouant de sa matière ; puis, lorsque quelque trait de sentiment ou de mœurs l’y sollicitait, lorsque l’indignation l’arrachait à ce calme imposant, il se déployait, il s’élevait, il s’enflammait ; sa belle voix, qui allait au cœur, ne manquait point, quand il le voulait, de faire couler les larmes. […]

On n’a malheureusement imprimé aucun de ses plaidoyers, improvisés pour la plupart. Voici quelques-unes des principales causes plaidées par Gerbier, et dont le souvenir s’est conservé au barreau : la cause des enfants Simonne, défendant leur état contre les créanciers de leur père ; celle des frères Lyoncy contre les jésuites, poursuivis comme garants des lettres de change souscrites par le père Lavalette pour une somme de 1 500 000 livres ; celle du comte de Bussy contre la Compagnie des lndes ; celle des sieurs de Queyssac, trois frères, tous trois officiers, contre le sieur Damade, négociant : s’étant battus en duel, ils s’accusaient réciproquement d’assassinat ; celle du testament de l’abbé Desfiltières, attaqué comme contenant et continuant le fidéi-commis de l’abbé Nicole en faveur des jansénistes : cause dans laquelle Gerbier fit un panégyrique très éloquent de l’illustre maison de Port-Royal. […]

Pendant l’exil et l’interrègne du Parlement sous le chancelier Maupeou, Gerbier fut du nombre des avocats qui se laissèrent séduire par le chancelier et qui plaidèrent à la commission remplaçant le parlement de Paris. Le souvenir et le ressentiment de cette défection s’attachèrent à lui lorsqu’il reparut au barreau, devant le Parlement, réinstallé en 1774. Bientôt même le Parlement laissa éclater son hostilité contre Gerbier, en le mettant hors de cour, sur une accusation de subornation de témoins. Dans le même temps, le fougueux Linguet, rayé de l’ordre des avocats, attaquait publiquement Gerbier comme l’instigateur des persécutions qu’il avait à subir, et le noircissait odieusement en publiant contre lui des mémoires, véritables libelles, tissus de diffamations et de calomnies […]

Le chagrin corrompit les jouissances qu’il devait se promettre des succès que son talent ne cessa point d’obtenir, et ses dernières années furent tristes et mélancoliques.

Cependant, à l’exception de quelques ennemis acharnés, il conserva toujours l’estime de l’ordre des avocats, qui l’élut bâtonnier en 1787. Gerbier ne survécut que de quelques mois à ce dernier témoignage. Depuis quelques années, sa santé était fort languissante. Désespérant des médecins, il se mit entre les mains des empiriques qui faisaient profession de magnétisme, et mourut le 26 mars 1788, âgé de soixante-trois ans ».

Voltaire écrit dans sa correspondance :

« Il ne serait pas mal qu’à la porte de tous les ministres il y eût un autre crieur qui dît, à tous ceux qui viennent demander des lettres de cachet pour s’emparer des biens de leurs parents et alliés, ou dépendants : Messieurs, craignez de séduire le ministre par de faux exposés, et d’abuser du nom du roi. Il est dangereux de le prendre en vain. Il y a dans le monde un maître Gerbier qui défend la cause de la veuve et de l’orphelin opprimés sous le poids d’un nom sacré. C’est celui-là même qui a obtenu au barreau du parlement de Paris l’abolissement de la Société de Jésus ».

Gerbier eut un allié de poids dans sa lutte contre la Société de Jésus en la personne de Michel Étienne le Peletier de Saint-Fargeau son contemporain (1736-1778) et voisin à Ménilmontant.

Ce fougueux janséniste, avocat général puis président à mortier du Parlement de Paris est en effet, le seigneur des lieux. Michel Etienne le Peletier de Saint-Fargeau choisit une voie différente de son ainé lors de l’exil et l’interrègne du Parlement sous le chancelier Maupéou. Il fut banni et dut se réfugier à Felletin dans la Creuse en 1771.

Son fils Félix, raconte que lors de cet exil, un homme en habit ecclésiastique lui fit de fréquentes visites. Il offrit lors de l’une d’elles, une boite de dragées à Mme de Saint-Fargeau. Instruit par Paris, de la défiance que devait inspirer cet homme, ils en firent l’essai sur les chiens qui périrent. Ce qui fit écrire à Félix :

« Les Jésuites…n’avaient pas à se louer de mon père. Maupéou ne l’aimait pas non plus ».

Lors de la vente de Mont-Louis en 1763, après l’expulsion des jésuites de France, il est recommandé au nouvel acquéreur de se mettre en contact avec M. et Mme de Saint-Fargeau. En effet, l’eau dont les jésuites avaient abondamment besoin pour leur somptueux jardin et qui était captée sur les hauteurs de Ménilmontant ; Michel Étienne le Peletier de Saint-Fargeau dut dès le commencement des années 1760 en interrompre la distribution.

Si Gerbier, dit-on possédait sur son bureau un exemplaire des Provinciales qu’il lisait souvent et s’il défendit avec grand talent la Maison de Port Royal lors d’un célèbre procès, le Peletier de Saint-Fargeau peu porté sur les chinoiseries avait fait de l’austère façade de son hôtel particulier du Marais, construit par Bullet pour son arrière-grand-père Michel le Peletier de Souzy, l’étendard de ses principes moraux et de sa foi janséniste.


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Cour de l’Hôtel le Peletier de St-Fargeau (Crédit photo Sd)


Gerbier à Ménilmontant

C’est le 28 mai 1784 [8], que Pierre Jean Baptiste Gerbier écuyer du Roi, ancien avocat au Parlement demeurant à Paris rue des St Pères Paroisse St Sulpice acquiert de Nicolas Joseph Maria, sculpteur du Roi demeurant à Paris rue du Temple Paroisse St Martin des Champs :

« …deux portions de terrains d’environ seize perches situées au terroir de Belleville derrière les maisons de Ménilmontant lieu-dit le Ratrait, ensemble tous les bâtiments bâtis sur iceux sans en rien excepter ni retenir consistant en une cave, une cuisine et un petit office par bas, une salle à manger au rez de chaussée, trois pièces au premier et trois au troisième couverts en ardoises ainsi que le tout se poursuit et comporte tenant par devant à la rue ou ruelle qui conduit à Charonne, par derrière à François Boudin et d’autre au terrain du Sieur Moisy, le tout entouré de murs ».

Le prix d’acquisition est fixé à seize milles Livres, neuf pour la maison et les terrains, sept pour les meubles et effets mobiliers dont la liste est annexée au contrat.

« …au rez-de-chaussée deux statues de Mercure et de Vénus, dix tabourets couvert de sparterie verte, deux arrosoirs en cuivre rouge, deux bêches [ …], une pelle en bois, deux ratissoires et un houilleau […] Trois tables à manger dont une de noyer […] un buffet couvert en marbre de Flandre […] Au premier dans l’antichambre six chaises en moquette, une armoire dans le salon, six girandoles à trois bougies chacune en fleur d’émail de toutes couleurs, une console de marbre brèche d’Alep dont le pied est orné de fleurs d’émail, un canapé chinois en satin brodée de perles de toutes couleurs, un autre canapé aussi en satin uni, six chaises chinoises garnies en perle, deux fauteuils pareils, trois grandes glaces de la hauteur de l’appartement. Dans trois petits cabinets joignant au dit salon, trois glaces, un canapé en étoffe de soie façon de Chine, six chaises en étoffe de soie, quatre en perse avec un lit complet de perse, un feu doré avec pelle, tenaille et pincettes.

Au deuxième appelé l’appartement avec trois glaces de la hauteur de l’appartement. Cinq chaises torques en taffetas jaune ornées de perle et de franges d’or. Un fauteuil pareil, quatre girandoles en fleur d’émail, un lit complet en alcôve orné de perles de toutes couleurs, toute l’alcôve garnie en glaces, deux couvertures de laine, une de taffetas avec galon et frange d’or. Dans les deux petits cabinets à côté trois chaises façon de Chine et deux armoires en chêne.

Enfin dans le jardin deux statues de terre représentant des amours portants des corbeilles de fleurs ».

Le même jour, Gerbier achète à Nicolas Couteux [9], vigneron de Ménilmontant,

« …une maison située au Ménilmontant dans la rue ou ruelle qui conduit à Charonne, ayant son entrée par une porte charretière commune donnant sur la dite rue ou ruelle composée d’une cuisine au rez de chaussée un cellier à côté, grenier au-dessus, une chambre au-dessus du passage de la dite porte charretière le tout couvert de paille. Une petite cour close de murs dans la dite petite cour et une écurie avec petit grenier au-dessus et un poulailler couvert de paille… ».

La vente est conclue pour la somme de 3 milles Livres.

La maison tient d’un côté au Sieur Moisy, de l’autre à la veuve Ambroise Le Couteux, d’un bout par devant sur la rue ou ruelle qui conduit à Charonne et de l’autre au jardin du sieur Le Moine maître maçon.

Le 15 juin de la même année [10], Gerbier rachète pour 1300 Livres, les onze perches du terrain du Sieur Moisy « …dans lequel il y a quelques arbres fruitiers ».

Il est indiqué dans l’acte que ce terrain est situé sur la rue ou ruelle qui va de Ménilmontant à Charonne, « …tenant à la dite ruelle, au levant au Pavillon Chinois, d’autre à Nicolas Couteux, et au midy aux terres de la campagne, enfermé sur trois côtés de murs ».

Bien que l’acte de vente entre Maria et Gerbier ne le précise pas, il est évident que le Pavillon Chinois mentionné dans la vente Moisy du 15 juin 1784, préexistait à l’acquisition de Gerbier du mois de mai de la même année et était le bâtiment de trois niveaux dont nous avons, tout à l’heure, détaillé le mobilier.

Gerbier par ses différents achats agrandit son domaine qui, si l’on estime la superficie de la maison et la cour de Nicolas Couteux à une dizaine de perches devait représenter en 1786 environ 40 perches, soit un peu moins de 1350 mètres carré ; un espace suffisant pour bâtir encore et dessiner sur les pentes de Ménilmontant, un jardin à l’anglaise.

L’avocat a été un des premiers, en France à être sensible aux formes irrégulières de ces jardins qui rompaient avec l’ordonnancement classique du jardin à la française. Propriétaire du château d’Aunoy, en épousant en seconde noces Marie-Perpétue Favre d’Aunoy [11], il modifie entre 1760 et 1775, date à laquelle le château est revendu à la vicomtesse de Broglie, ses parterres et bosquets et créée un nouveau parc à l’anglaise.

Le chroniqueur mondain Bachaumont écrit en 1770 :

« …Il y a quelque temps que M. le Prince de Conti, qui honore le sieur Gerbier, fameux avocat, d’une confiance particulière, est allé le trouver à la terre d’Aunoy, où malgré ses grandes occupations, il passe la plus grande partie de la belle saison. L’orateur confondu d’une telle visite, mit dans sa réception toute l’éloquence dont il est capable. Mais le prince exigea que l’on oubliât tout le cérémonial dû à son rang et qu’on le traitât comme un ami de la maison. Son premier soin fut de parcourir les délicieux jardins du château. Ces jardins sont créés en quelque sorte par le nouveau maître, et c’est un jardinier anglais qui a traité cette partie dans toute la singularité du costume de sa nation. »

Panseron, jardinier au service du Prince de Conti, protecteur de Rousseau, publiera en 1783 un recueil des jardins anglais et chinois. Le premier cahier du second volume est titré : « Sur des petits terrains tant réguliers qu’irréguliers ».

Gerbier vend sa propriété de Ménilmontant le 28 décembre 1786, 31 mois après l’avoir acquise, [12] à Guillaume Duffour de Rinquet l’un des administrateurs du doublage des vaisseaux de la Marine. La vente est réalisée pour la somme de 25 milles Livres, 13 pour la maison et les terrains et 12 pour le mobilier.

Si Gerbier a bien été payé comptant des 12 milles livres du mobilier, il ne verra pas intégralement la couleur des 13 milles Livres de la maison et c’est sa fille Marie-Madelaine Gerbier épouse du Comte Chanaleilles de Saunés qui en héritera, en partie au décès de son père, le 26 mars 1788, puis intégralement après une sentence du Châtelet de juin 1789 [13]. La propriété est alors, comme nous l’avons vu, revendue à Pierre Francastel le 25 septembre de l’année suivante.




Le Ratrait

C’est, nous dit l’acte de vente du 28 mai 1784, le lieu-dit où se trouvaient les 16 perches de terrain sur lesquelles a été construit le Pavillon Chinois.

La rue du Retrait se souvient de ce lieu-dit qu’on pourrait délimiter aujourd’hui, par la rue de la Chine à l’est, la rue du Retrait à l’ouest, la rue de Ménilmontant au Nord, le passage des Soupirs établissant la frontière méridionale.

Si Emmanuel Jacomin [14] retrouve ce canton, mentionné dans un acte dès 1435, il semble que le « Ratrais » concerné soit plus à chercher vers la rue des Envierges comme permet de le penser la lecture du Censier de la seigneurie de Marcadé établi en 1497.

C’est, que ce terme de « Ratrait » est en fait un terme générique lié à la culture de la vigne dont la signification est assez obscure. On retrouve en Ile de France (Suresnes, La Courneuve) plusieurs toponymes similaires.

Il apparaît, pour ce qui nous concerne, le long du chemin de Ménilmontant, au milieu du 16ème siècle.

La rue du Retrait, présente sur des plans terriers depuis la fin du 17ème siècle [15] permettait de relier Ménilmontant à Charonne. Elle relie aujourd’hui la rue de Ménilmontant à la rue des Pyrénées mais, avant que cette dernière ne soit ouverte, continuait son chemin par l’actuelle rue du Cambodge, puis par la rue du Cher avant d’atteindre la rue de la Chine à l’endroit où cette dernière rejoint la rue de la Cour des Noues.

La rue des Pyrénées, l’avenue Gambetta et la rue Belgrand ont coupé sa course à trois endroits.


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Plan Parcellaire de la Ville de Paris (2013) disponible sur le site www.paris.fr


C’est, déjà en 1730, sur le plan de Roussel (ci-dessous) un chemin important qui permet de relier Ménilmontant au Grand Charonne.


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Plan de Roussel. Édition de 1731 d’un plan paru en 1730 (détail).


La première flèche en haut figure son départ rue de Ménilmontant, celle du bas, sa rencontre avec l’actuelle rue de la Chine à l’endroit où cette dernière rejoint la rue de la Cour des Noues. On remarque également sur ce plan la présence de l’actuel passage des Soupirs (sous le L de MENILMONTANT) qui reliait alors les actuelles rues de la Chine et du Retrait.

La rue du Retrait, permettait d’aller de Ménilmontant à Charonne, mais son lotissement est très tardif ; le pavillon chinois et le jardin à l’anglaise ne peuvent se trouver ici…


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La rue du Retrait toujours non lotie en 1808-1825, d’après le premier plan cadastral napoléonien


…mais plutôt au hameau de Ménilmontant dont un des centres névralgiques s’établissait au carrefour de la rue du même nom avec les actuelles rues de la Chine et Pixérécourt. Une croix de pierre y était dressée qui fut détruite à la Révolution.


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Plan de Jouvin de Rochefort de 1672 (détail)





Nicolas Joseph Maria, sculpteur du roi

Le terrain de 16 perches sur lequel était bâti le Pavillon Chinois que Nicolas Joseph Maria vendit à Gerbier le 28 mai 1784, avait été acquis en deux fois. Le 7 décembre 1771 Maria acheta la première parcelle de 8 perches [16] devant le notaire bellevillois Rouveau à Noël Huchet et Marie Geneviève Coconnier, héritiers de feu Laurent Couteux lors du partage de ses biens effectué entre ses quatre héritiers le 13 juillet 1738 [17].

Il acquerra la seconde parcelle auprès de Nicolas Samson Lenoir le 3 juillet 1776 [18].Ce dernier en était propriétaire depuis le 18 avril 1773, date à laquelle les héritiers Couteux la lui avait vendue.

« Nicolas Joseph Maria , sculpteur sur bois, nous indique une notice qui lui a été consacrée [19], fut reçu à l’Académie de Saint-Luc le 15 janvier 1751 et en devient directeur le 19 octobre 1763.Il exécuta en 1765, moyennant 900 livres, un cadre en bois pour un grand tableau de Loutherbourg, représentant le Rendez-vous de chasse du cerf à la Table, qui fut placé dans la salle à manger du château de Chantilly. Le 28 août 1774, il perdit sa femme, Anne Callas ; il demeurait alors rue de Temple. En 1782, il travailla, en collaboration de son confrère Bocquet, à la décoration de la nouvelle salle provisoire de l’Opéra, construite par l’architecte Lenoir à la Porte Saint-Martin. Il mourut en son domicile, 138, rue du Temple, le 4 prairial an X ».

On trouve sa trace à Belleville dès le vendredi 19 septembre 1755, date à laquelle se promenant depuis les Picpus de Belleville (le Couvent des Franciscains se trouvait au carrefour des actuelles rues des Fêtes, du Pré St Gervais et de la rue de Belleville de côté des numéros pairs de cette dernière) jusqu’à son domicile rue du Temple, il perd sa montre en or.


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Le 8 mars 1758 [20], il loue à Jacques Hallé, marchand farinier et propriétaire de nombreux moulins à Belleville, un corps de logis situé à l’angle des rues de la Villette et de Belleville, un murier se trouve dans le jardin. La rue de la Villette avait pour nom à la fin du 18ème siècle et au début du suivant, la rue Hallé.

Le 7 décembre 1771, il se décide donc à acheter huit perches de terrain (un peu plus de 270 m2) à Ménilmontant, présentées dans l’acte de vente ainsi :

« C’est à savoir une portion de jardin contenant huit perches sur laquelle portion est un cellier avec grenier au d(it) mur couvert de paille, situés derrière les maisons de Ménilmontant dans la ruelle tendant du d(it) lieu au grand Charonne tenant d’un côté aux enfants du premier lit de Jean Simon Rousseau d’autre aux représentants de la veuve honoré Chevalier d’un bout par derrière où est un mur de clôture sur la campagne et d’autre par-devant sur le d(it) sentier qui conduit au grand Charonne ».

Le 18 avril 1773 [21], Nicolas Samson Lenoir achetait à Jean Simon Rousseau :

« C’est à savoir huit perches faisant moitié de seize perches de terre et jardin clos de murs d’un côté et des deux bouts situé au terroir de Belleville derrière les maisons du Ménilmontant lieu d(it) le Ratrait tenant d’un côté au Sieur Maria propriétaire de la moitié de la d(ite) pièce d’autre à la dame Cornet, ab(outissan)t par derrière à François Boudin et autres, et par devant sur la Ruelle qui conduit à Charonne ».

Ce dernier document est très important car il est le premier qui, en plus de mentionner le lieu-dit « le Ratrait », précise que le terrain se trouvait sur le terroir de Belleville. Car le chemin qui conduisait au grand Charonne, l’actuelle rue de la Chine, effectuait sur une partie importante de son tracé (de l’actuelle rue Villiers de l’Isle Adam jusqu’à la rue de Ménilmontant) la frontière entre les paroisses de Belleville et de Bagnolet.

Les 16 perches de terrain sont sur le terroir de Belleville, à gauche en montant l’actuelle rue de la Chine, au niveau des numéros impairs, soit par ici :


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Plan de Roussel. Édition de 1731 d’un plan paru en 1730 (détail).


La ruelle de la Chine

Nicolas Joseph Maria perdit sa femme le 28 août 1774. Leurs trois enfants, Charles Joseph, Charles et Nicolas se posent en héritiers par bénéfice d’inventaires, procédure qui leur est accordée le premier février 1775 [22]. Une estimation des biens du couple est effectuée.

C’est ainsi que le 8 mars 1775 [23], Pierre Taboureu, architecte expert des bâtiments de Paris, se déplace rue du Temple dans la résidence principale du couple, puis à Ménilmontant.

« Bien de Ménilmontant

La maison dont est question n’est pas encore achevée entièrement. Elle est construite sur un terrain d’environ huit perches d’étendue, aboutissant d’un bout sur la ruelle de la Chine, qui est la première à gauche après le carrefour de la Croix en haut de la montagne du Ménilmontant.

Ledit terrain est clos en toute sa longueur à l’orient d’avec le terrain voisin, appartenant au sieur Lenoir, architecte, par un mur de clôture de construction nouvelle ; au fond par un mur de clôture au long d’une sente, dans lequel est une porte de sortie avec partie circulaire de chaque côté. Il est séparé en sa longueur à l’occident par une simple charmille nouvellement plantée.

A l’extrémité du côté de la ruelle d’entrée est le pavillon qui compose une charge chinoise dont le symbole représente les forges de Vulcain. Le soubassement au-devant de ce pavillon est un rocher avec des antres, et deux rampes par lesquelles on communique au sommet, où se trouve un repos en forme de terrasse, sur laquelle sont des plantes et arbrisseaux chinois.

Derrière ce rocher est un pavillon élevé d’un étage souterrain, trois étages carrés au-dessus, avec un couronnement en amortissement servant de couverture. Le souterrain est distribué en trois pièces carrelées, le plancher haut à solives apparentes. Sur celle vers la ruelle est retranché un cabinet d’aisance. Celle à droite, vers le rocher, sert de cuisine avec cheminée et fourneau potager. La 3e est une serre. Le tout éclairé par trois soupiraux. Les baies encore sur la porte et fermetures.

Le premier étage est à niveau de la ruelle par laquelle est l’entrée. Il communique aussi au moyen d’un perron de deux marches sur la terrasse du rocher.

Cet étage est une salle sous le symbole de l’atelier des forges de Vulcain, dont les murs et cloisons au pourtour sont revêtus, d’un côté du rocher, des antres duquel sortent différents groupes de génies qui forment autour de ce rocher des trophées avec les armes qui y sont forgées par Vulcain. Il sort aussi des plantes et guirlandes, des palmiers et des bouts de glaçons. Le fond des faitières du rocher est garni de différents morceaux de glaces qui font la charge des percées. Les génies tiennent des torches qui renferment des lampes pour servir à éclairer cet atelier. D’un côté même, est l’Amour pareillement juché sur un des côtés du rocher, et derrière est l’aigle de Jupiter. De l’autre côté paraît Mercure qui vient prendre les ordres de l’aigle de Jupiter.

Au fond vers la ruelle est un antre dans lequel les côtés du rocher forment une forge qui sert de cheminée. Sur cette forge sont des génies pour attiser le feu, faire mouvoir le soufflet et fabriquer les armes. A droite, sont deux antres qui forment deux retraites également entourées de rochers. A gauche un autre antre par lequel est l’entrée sur la ruelle et l’escalier intérieur. On communique de la plateforme du rocher dans cet atelier par une ouverture dans le roc, laquelle est fermée de porte à barreaux à deux vantaux. Le plancher bas est couvert de carreaux à bandes et dalles de pierre. Sous le plancher haut, s’étendent les pointes du rocher et au milieu d’une un plafond sur lequel est peint un bout de ciel.

Le deuxième étage compose un petit salon chinois octogone, dont les cases intérieures sont marquées par des palmiers en plâtre. Dans le fond est un manteau de cheminée. Dans la face sont deux portes croisées et au milieu une grande croisée. A droite un renfoncement en niche destiné pour un canapé. De l’autre côté, une petite garde-robe. Le tout fermé de châssis avec carreaux en compartiments chinois et sous verres. Cet étage n’étant pas encore achevé, le plancher bas est carrelé, le plancher haut plafonné. Au-devant de ce salon est une petite terrasse formant balcon, dallée en pierre, portée sur la saillie de la tête du grand rocher extérieur.

Sur cette terrasse s’élèvent huit principaux corps de palmiers dont les branches forment des voussures en plâtre destinées à recevoir des bas-reliefs chinois. Au pourtour de ces palmiers sont d’autres campanes et ornements dans le même caractère.

Sur cette terrasse ou balcon, il sort de la tête du grand rocher des plantes et arbustes chinois et des plantes de différentes natures, dans des caisses cachées.
Le troisième et dernier étage est destiné pour chambre à coucher de forme circulaire, avec niche pour le lit et deux garde-robes éclairées sur la ruelle. Dans la partie du côté du rocher sont deux croisées et deux portes croisées avec leurs châssis vitrés à compartiments chinois. Le plancher bas est carrelé de terre cuite, le plancher haut plafonné. Cette chambre, préparée pour être traitée dans la coutume chinoise, n’a encore aucun ornement intérieur exécuté.

Au-devant de cet étage est un balcon chinois en galerie, couvert de dalles de pierre et garni de rampe de fer à panneaux, ornements et écailles de fer blanc, dans le genre chinois.

La calotte au-dessus de cet étage est une toque chinoise, avec des pentes et ornements dans ce genre, qui sont en fer blanc peint et attaché sur l’ardoise. Le tout couronné de girouettes symboliques. De chaque côté est un palanquin avec ses pentes en draperies de fer blanc peint.

Le derrière du côté de la ruelle forme un comble couvert d’ardoises.

Dans l’intérieur de ce pavillon est un escalier à deux noyaux, limons droits et marches de charpente, garni de quelques bouts de rampe de fer et de parties de rocher » [24].

Ce document du 8 mars 1775 est le premier, à notre connaissance, à mentionner « la ruelle de la Chine » en référence bien sûr à cette étonnante construction dont la description précise de Taboureu corrige l’absence de dessins et de plans la représentant.

Si nous ne connaissons pas de la date de achèvement de l’édifice, nous savons que le Pavillon Chinois situé rue de la Chine a vu le jour à partir du 7 décembre 1771. Le 8 mars 1775, il était au moins pour sa partie extérieure en bonne voie de réalisation.




Nicolas Samson Lenoir dit le Romain

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Portrait par Henri Pierre Danloux (Château de Versailles)


Architecte de renom de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, Nicolas Lenoir construisit à Paris à partir de 1763, de nombreux hôtels particuliers, dans le quartier d’Aligre et le faubourg Poissonnière. On lui doit aussi la construction expresse (moins de trois mois) du nouvel Opéra (à l’emplacement du Théâtre de la Porte St Martin) après le second incendie du Palais Royal en juin 1781 et ce qui nous intéresse plus encore, en 1787 celle des « Bains chinois » sur les boulevards à l’angle de la rue de la Michodière. Lenoir, architecte et promoteur, profita pleinement de la frénésie de bâtir à Paris à partir des années 1760.


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Bains chinois par Nicolas Samson Lenoir, Boulevard des Italiens (Musée Carnavalet)


Il est probable que Maria et Lenoir se connaissaient bien avant qu’ils ne se rencontrent devant notaire le 3 juillet 1776 et sans doute avant le 18 avril 1773, date à laquelle Lenoir acquerrait à Ménilmontant les 8 perches du terrain mitoyen de celui de Maria. Nous savons aussi qu’ils travaillèrent ensemble avant 1782, date à laquelle Maria collabora à la nouvelle salle provisoire de l’Opéra construite par Lenoir.

Un contrat d’apprentissage est signé le 6 juin 1751 entre Nicolas Joseph Maria et Nicolas Henri Lenoir qui pourrait être l’un des frères de Nicolas Samson.

Si nous ne pouvons pas établir avec certitude que Nicolas Samson Lenoir est bien l’architecte du Pavillon Chinois construit pour Maria, nous savons par contre qu’il a été, au milieu des années 1780, à Ménilmontant, en relation avec Gerbier.

Il est en effet cité [25] au sujet d’une expertise d’ouvrages de maçonnerie, qu’estimant fautifs, Gerbier n’a pas payé. Le maçon Héraut par la voix de son avocat indique que ces travaux ont été réalisés en « … avril, mai et juin 1785 sous la conduite du Sieur Lenoir le Romain architecte… ». Nicolas Joseph Maria apparaît aussi dans ce document « … en qualité d’entrepreneur de la grotte pour les agencements et les décorations d’icelle… ».




Epilogue

Du Pavillon chinois et du jardin à l’anglaise, il ne reste rien au 57 et 57 bis de la rue de la Chine.


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Crédit photo Dg


Quand le menuisier Pierre Francastel et Marie Anne Charlotte Margueris sa femme revendent la propriété, le 17 brumaire de l’An II (7 novembre 1793) à Louis Lemercier citoyen et Marguerite Ursule Pigory son épouse [26], demeurant à Paris rue Jean-Jacques Rousseau, section du Contrat Social, le Pavillon Chinois est encore debout.


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Crédit photo Dg


Le fils de Louis Lemercier, le poète et dramaturge Népomucène Lemercier, à qui Victor Hugo succéda à l’Académie française, hérita en 1809 de la maison de son père et la revendit le 4 mai 1811 [27], pour l’usufruit à Louis François Boizon et pour la nue-propriété à sa sœur Jeanne Boizon. Les trois corps de logis, le jardin et la grotte sont toujours là.

Il est, par contre plus difficile de déceler, dans l’acte du 8 novembre 1822 [28], lors de la vente Boizon à Gérard, la présence du Pavillon Chinois qui semble avoir disparu, corps et âme, entre les années 1811 et 1822.

Denis Goguet - Avril 2016

Toute utilisation en dehors du cadre privé ou scolaire doit faire l’objet d’une demande auprès de l’association la Ville des Gens : info chez des-gens.net qui transmettra à l’auteur.


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Crédit photo Dg


Chronologie
 
7 décembre 1771 : Nicolas Joseph Maria achète 8 perches de terrain au lieu-dit « le Ratrait » derrière les maisons de Ménilmontant.
Du 7 décembre 1771 au 8 mars 1775 : Il fait bâtir sur ces 8 perches, certainement par Nicolas Samson Lenoir, un Pavillon Chinois, construction non achevée au printemps 1775.
3 juillet 1776  : Nicolas Joseph Maria achète 8 perches supplémentaires de terrain, mitoyennes des 8 perches précédentes, auprès de Nicolas Samson Lenoir, qui les avait acquises le 18 avril 1773.
28 mai 1784 : Pierre Jean-Baptiste Gerbier acquiert le Pavillon Chinois et les 16 perches de terrain.
28 mai 1784 et 15 juin 1784 : Pierre Jean-Baptiste Gerbier achète une maison et un terrain mitoyen, portant la superficie de la propriété à près de 40 perches (plus de 1350 m2).
28 décembre 1786 : Guillaume Duffour de Rinquet achète la propriété de Gerbier.
Courant 1787 : Gerbier entame une procédure judiciaire pour recouvrer ses biens suite à un défaut de paiement de Duffour de Rinquet.
 : Gerbier achète de nouveau 12 perches de terrain en deux lots.
26 mars 1788 : Décès de Pierre Jean-Baptiste Gerbier.
15 juin 1789 : Par une sentence du Châtelet sa fille, Marie-Madelaine Gerbier, unique héritière, épouse non commune en biens de Jean Louis de Chanaleilles de la Saumés, recouvre la propriété de la maison et des terrains.
25 septembre 1790 : Jean Louis de Chanaleilles de la Saumés, certainement après le décès de sa femme, vend la propriété à Pierre Francastel.
Entre 1811 et 1822 : Disparition probable du Pavillon Chinois de la rue de la Chine.



Pour revenir à l’endroit où vous lisiez le texte, cliquez sur le numéro de la note de bas de page.

[1Jacques Hillairet « Évocation du vieux Paris. Les villages » Les Éditions de Minuit 1954.

[22. Jacques Hillairet « Dictionnaire historique des rues de Paris » Les Editions de Minuit 1957.

[3Emmanuel Jacomin « n° 45 du magazine trimestriel 7520 daté de décembre 1979, janvier et février 1980. p.56 » disponible à la Médiathèque Marguerite Duras.

[4Maxime Braquet « Le site Carré-de-Beaudouin » Trois cents ans d’histoire d’un lieu inspiré de Ménilmontant. Bulletin n° 35 de l’AHAV 3è trimestre 2006.

[5Docteur Philippe Dally « Belleville histoire d’une localité parisienne pendant la révolution ». Editions Schemit 1912, disponible à la bibliothèque Place des Fêtes.

[6Archives de Paris DQ16 991.

[7Arch.nat.,MC/ET/LIV/1050.

[8Arch.nat.,MC/ET/XLVIII/287.

[9Arch.nat.,MC/ET/XLVIII/287.

[10Arch.nat.,MC/ET/XLVIII/287.

[11Voir Jacques Moulin « Le château d’Aunoy et l’apparition en France du jardin à l’anglaise » in Bulletin Monumental. Tome 149 n°2, année 1991.pp.201-204.

[12Arch.nat.,MC/ET/XLVIII/310.

[13Arch.nat.,Y//3831.Arch.nat.,Y//3831.

[14Emmanuel Jacomin « Les origines du village de Belleville » p 53. Ouvrage non édité et non daté disponible à la Médiathèque Marguerite Duras.

[15Arch.nat.,N/II/ SEINE/15.

[16Arch.nat.,MC/ET/XXXVII/109.

[17Arch.nat.,MC/ET/XXXVII/76.

[18Arch.nat.,MC/ET/XXXVII/118.

[19Stanislas Lami « Dictionnaire des sculpteurs de l’école française au 18è siècle » Tome 2. Honoré Champion 1911.

[20Arch.nat.,MC/ET/XXXVII/96.

[21Arch.nat.,MC/ET/XXXVII/112.

[22Archives de Paris DC6 19.

[23Arch.nat.,Z/1j/989.

[24Je remercie Claire Delagneau pour sa parfaite transcription de ce texte.

[25Arch.nat.,Z/1j/1147.

[26Arch.nat.,MC/ET/LXXVIII/980.

[27Arch.nat.,MC/ET/XCI/1491.

[28Arch.nat.,MC/ET/XXXVII/308.

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